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Publié : 10 septembre 2025

Le Bison Blanc

En 2011, invité à parler au congrès ostéopathique de Montréal, j’ai pu faire une conférence et donner mon stage sur le Corps Tenségritif. Au delà de ce qui a été dit, au delà de l’acceptation franche de ce que j’ai pu présenter [1] j’ai trouvé des gens ouverts et heureux de vivre ce moment, un vrai bol d’air..

Et, ce qui m’a le plus frappé, ce sont les commentaires de nos amis Québécois [2] qui n’ont pas seulement porté sur le contenu de ce qui a été dit, mais sur la qualité d’être de celui qui parlait, et quand il s’est agit de moi, j’ai été très touché et surpris de la profondeur à laquelle cela m’a atteint.

Jamais en France je n’ai eu cette impression là, ou bien peut être n’ai je jamais été capable de le lire ou de l’accepter.

Je vous remercie donc tous : Isabelle, Jean Luc, Chantal, Alice, Jean Pierre, Françoise et les autres....

Puis, après le congrès proprement dit, il y a eu cette journée auprès d’un des 49 sages amérindiens du canada, une cassure apparente, un autre monde, mais en fait une simple continuité...

Nous étions invités à passer deux nuits sous le teepee (- 23 °C la première nuit...) et invités la journée à écouter Dominique Rankin nous parler de sa vie qui aurait pu être gâchée par les missionnaires blancs : arraché à sa famille, viols et violences, fugues et vols et nous narrer la sublimation de ces épreuves grâce au chemin qu’il a suivi sur la voie de ses ancêtres rouges. [3].

Puis, il nous a aussi parlé du message du bison blanc, celui qui dans la légende indienne apparait épisodiquement pour rappeler aux hommes qu’un temps viendra, le temps du 7 ième feu où les hommes seront à nouveau réunis et d’une seule couleur, ou l’équilibre sur la terre sera rétabli... Peut-être cela vous parle-t’il, vous paraît si lointain en ce monde de violence, violence faite à l’Homme, violence faite au règne animal, violence faite au règne végétal, violence faite à la terre mère, violence faite à soi même... L’histoire du bison blanc qui nous vient des indiens Lakota est un message de paix et d’amour de la part de ceux que notre civilisation d’hommes "civilisés" a sauvagement combattus....

Cela pourrait être vu comme un épisode "new age", mais la qualité d’énergie qui présidait à la journée l’exclut totalement, c’était vraiment un message "aux hommes de bonne volonté".

En quelque coups de tambours et un chant, un petit feu de sauge purificateur... la stabilité atteinte rendait l’énergie du groupe solide... Impressionnant !! Chacun a alors dit et reçu ce qu’il devait avec une justesse incroyable....

Pour ma part, le mot de "bison blanc" résonnait tellement en moi, provoquait une émotion si intense, que j’ai décidé de passer les trois jours qui me restaient dans cette belle province à coucher sous le teepee à côté du troupeau de bisons des bois dans lequel pour la deuxième fois était né un bison blanc. Un bison blanc, n’est pas un bison albinos, il a les yeux marrons, il nait blanc puis change de couleur au cours de sa vie, passant par le jaune, le rouge et le noir des quatre directions indiennes, des quatre "couleurs" de l’homme, avant de redevenir blanc au moment de mourir. une femelle il y a cinq ans et un petit mâle au mois d’août 2010...

Vous n’en verrez pas la photo, c’est comme tout objet sacré, il est interdit de déranger son esprit par une photographie, j’ai donc effacé consciencieusement les quelques photos où il était dessus.

En lui même il n’est rien d’autre que l’émanation d’une idée, une idée simple, si simple qu’elle semble impossible à réaliser :

La paix entre les hommes et la venue d’un monde d’équilibre avec la terre mère....

J’ai passé trois jours, et, trois nuits chauffé au poële par -XXL° dans le Teepee de la Tortue fasciné par la découverte de ce monde où chaque geste prend du sens....

De longues heures à observer le troupeau de bisons, ou bien à marcher dans le froid et dans la neige, ou encore à savourer la chaleur et l’ouverture de Cœur des gens du lieu [4], à entretenir le feu la nuit entre deux rêves dans un teepee froid , à découvrir la part Indienne qui est en moi...

Les enseignements ont été très riches et pas tous intellectuellement transcriptibles en mots.

Mais au monde qui m’occupe régulièrement, c’est à dire celui de la santé, je voudrais retranscrire quelques pensées et expériences :

 Contrairement aux animaux domestiques, avides d’une main ostéopathique et d’un chant qui semble leur donner un bol d’air par la cohérence qui s’établit pendant quelques minutes et se répand en vagues successives dans l’espace et dans le temps, l’animal sauvage qu’est le bison n’avait que faire de cela et j’obtenais juste éventuellement un silence poli et un répit dans son activité tranquille connue de lui seul ... Et surtout, j’avais le message que même concentré à l’écoute, il me manquait encore beaucoup pour ÊTRE simplement et quitter ce monde de pouvoir qui nous envahit tous les jours, ce rapport de force entre différents courants ou origine d’ostéopathes, entre médecins et ostéopathes, entre vétérinaires et ostéopathes....

Il a ainsi fallu les trois jours de présence et d’apprentissage pour que le troupeau s’écarte et accepte de laisser le petit bison blanc venir à deux mètres de mes chants...

Un des bisons était malade, à sa toux, à sa respiration dyspnéique il me fût évident que la pneumopathie, pleurésie était importante. J’ai chanté pour lui ... Et même si au cours des trois jours, j’ai bien eu l’impression que la dysfonction voyageait comme il se doit à travers le poumon puis dans le méridien poumon et enfin dans celui qui lui est couplé, le méridien Gros intestin, comme dans les livres... L’intérêt de ce moment fût bien au delà...

Il fallait non pas s’occuper du symptôme mais de l’animal, ce que nous ostéopathes nous nous targuons de faire tous les jours, c’est notre globalité... Mais il fallait aussi replacer ce bison dans le troupeau. Ce bison là semblait condamné à disparaître dans les prochaines semaines pour faire la place au petit bison blanc, porteur du message de paix. On ne pouvait que le soulager et surtout pas essayer de l’empêcher de mourir, en tous cas pas moi avec mes petites capacités. C’est une globalité de clan que nous devrions explorer plus souvent...

Mais surtout il fallait avoir pour préoccupation la VIE... Cette roue aux quatre directions qui tourne dans un cycle de vie et de mort ... C’est bien pourtant de cette globalité dont il faut nous occuper et d’elle seule me disait le chant devant les bisons....

Alors que notre préoccupation sociétale est de combattre un rhume et son microbe, alors que notre préoccupation est de retenir une jeunesse que nous voudrions sinon éternelle mais la plus persistante possible, alors que notre préoccupation est de repousser la mort dans ses retranchements au lieu de l’accepter et de la comprendre....

Cela fait maintenant 38 ans que je soigne, 34 ans que j’ai "découvert" l’ostéopathie, je me suis heurté comme un papillon sur une vitre à des gens persuadés de connaître la réalité, de savoir la vérité fût elle scientifique ou non. J’ai réagi, j’ai écrit, j’ai essayé d’expliquer... Certains ne m’écoutent même plus tellement mes propos même modérés les agacent.

Pourtant je peux maintenant écrire ce que je commençais à dire parfois à mes clients... La santé est quelque chose de bien trop précieux pour la confier entièrement à un expert, fut-il professeur, médecin ou ostéopathe, il est une aide, bienvenue, une grande aide, mais ne doit pas être tout... La santé est quelque chose qui se gagne de l’intérieur et qui n’inclut pas seulement les bobos physiques ou les terreurs émotionnelles, mais notre nourriture : celle que l’on mange, mais aussi le milieu dans lequel on vit [5]... Ne l’abandonnons jamais sans aucune garantie au "pouvoir" médical aussi bien intentionné soit-il ... Je m’inclus évidemment dans ce "pouvoir" médical.

Aussi dans ces discussions sans fin sur qui peut ou qui doit faire tel ou tel geste thérapeutique, sur quelle place telle profession, etc. Ainsi, en ce moment :
 Où par exemple les ostéopathes français luttent pour ce qu’ils pensent être leur survie..
 Dans cette lutte ou chacun pense être le meilleur pour sauvegarder l’intérêt du patient... Médecin, vétérinaire, ostéopathe exclusif...
 Où même un simple massage est revendiqué par une corporation alors qu’il devrait être un acte quotidien de partage....

Il me semble humblement qu’il ne faudrait pas oublier deux choses :

 Le patient est sûrement d’abord le seul en dehors des états de crises aiguës à savoir ce qui est bon pour lui. Il n’est pas seulement cet inconséquent qui ne peut pas s’empêcher de boire, de fumer à moins de sciemment le déresponsabiliser et le culpabiliser.
 L’ostéopathie de Still était transcendante [6] et non technique, philosophique et non science pure. On a sciemment oublié que Descartes a eu l’intuition de son discours de la méthode dans un rêve, que Newton était alchimiste, que Léonard de Vinci était mystique. La science se nourrit du pays du rêve et de l’intuition, mais le scientisme ambiant semble le vivre comme un artéfact quand c’est en fait un mode normal de fonctionnement : aller au pays de l’intuition, de l’inconscient collectif, de la transcendance et en matérialiser une idée et la prouver scientifiquement... Capturer dans l’attrape-rêve une idée qui passe, et, comme Archimède dire Eureka et savoir la bonne formule, la retranscrire.

Ainsi est le petit Bison Blanc, émanation d’une idée de paix et d’équilibre, simple avatar de quelque chose de plus grand. Le bison accompagne l’homme depuis le début, sa sagesse est respectée par ce monde amérindien...

Tout ce long texte, non pas pour déplorer ce capharnaüm qu’est le paysage médical, ou le capharnaüm sociétal, non pas pour donner une leçon, loin de moi cette idée, même pas pour rien expliquer. Juste un témoignage, une retranscription de ce que j’ai vécu dans ce séjour et libre à chacun qui aura lu jusqu’au bout de s’en servir à sa guise en pour ou en contre, d’aimer ces propos ou de pester contre ce salmigondis...

Pour ma part je vais essayer tout simplement de vivre le plus longtemps possible ce paquet ramené pour être passé à travers l’œil du bison en compagnie duquel je vous laisse.

Portfolio automatique :

Post-scriptum

J’avoue que, le personnage qui parle ici, me semble bien stressé et que 15 ans plus tard, j’aimerais bien lui faire dire les choses plus calmement et un peu autrement. Mais, il m’a permis d’être ce que je suis aujourd’hui. Merci à lui.

La pomme et la fleur...<<<****>>>Chouette, alors !
 Silence, On écrit : sommaire : La vie Kaléidoscope.

Version du 10/09/25

Notes

[1Tenségrité, FTM, hélices et chant diphonique

[2Et ce n’est pas un simple effet de style...

[3Hélas très courantes jusque dans les années 80 (Et maintenant ?), au Canada mais aussi en Australie, et qui ne nous honorent pas du tout. Pour ma part j’étais sur les bancs de l’école en train d’écouter parler d’humanisme par les athées et d’union des hommes autour de la religion par les autres... une certaine nausée vous dis-je ...

[4Avec leur dissensions sous jacentes sûrement comme dans toute société

[5"Ce n’est pas signe de bonne santé que d’être bien intégré dans une société malade." Krishnamurti

[6Quel que soit ce que chacun met derrière ce mot

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