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Publié : 13 septembre 2014

Ostéo4pattes,

http://www.revue.osteo4pattes.fr

Revue d’ostéopathie comparée, rassemblements d’ostéopathes, édition de contenu sur l’ostéopathie, rencontres annuelles d’ostéopathie.

  • Osteo4pattes-SDO N°53ABC

    10 septembre, par Jean Louis Boutin, Ostéo4pattes-Vetosteo — Au présent...
    « Après une petite pause estivale, nous voici reparti pour un tour de cadran jusqu'aux nouvelles rencontres. Celles de Juin ont été un franc succès, le noyau de l'Ostéo4pattes SDO ayant cette année trouvé de l'aide avec Natacha Schlusselhuber qui a concocté le programme et L'UFEOA qui a aidé l'équipe de la ferme dans l'organisation. Un grand merci à eux, un grand merci à tous ceux qui ont participé. Nous voilà donc tous dans cette aventure éditoriale qui cherche depuis 16 ans à réunir ceux qui font de l'ostéopathie et à réunir toutes les ostéopathies. Vous le savez, dans un monde morcellé et cloisonné, où chacun a du mal à lever la tête du guidon, des pages blanches comme celle du 4pattes ou du site de l'Ostéopathie ont du mal à percer car forcément hors cadre et hors chapelle. Pourtant notre monde a besoin de débats et de reflexions hors corporation et indépendantes et à la frontière... Alors encore et toujours, je vous invite cette année à venir poser sur nos pages votre point de vue, fussent-ils largement différent du mien. Je vous encourage à vous abonner, à participer, à ne pas laisser l'inertie décider pour vous ... Ceci est vrai sur un sujet comme l'ostéopathie, mais sans doute cela est-il vrai sur beaucoup de sujets sociétaux, n'est-ce pas ? Patrick Chêne - contact chez patrick-chene.eu Nous vous souhaitons une belle lecture de ce numéro de reprise et à Bientôt ! Vous pouvez consulter ce numéro en format PDF à télécharger ici : http://www.vetosteo.fr/SDO4pat11_53A.pdf Ou bien le lire sur écran ici : Les pages à consulter pour retrouver les nouveautés : l'agenda : https://www.revue.sdo.osteo4pattes.eu/spip.php?page=agenda les articles nouveaux : https://www.revue.sdo.osteo4pattes.eu/spip.php?page=resume les plus lus : https://www.revue.sdo.osteo4pattes.eu/spip.php?page=statistiques Bibliothèque : http://biblioboutik-osteo4pattes.eu/ L'abonnement : https://www.revue.sdo.osteo4pattes.eu/spip.php?article1570
  • 2e Congrès National de la FédEO

    9 septembre, par FédÉO — Formations et stages,
    Sommaire Samedi 21 septembre 2019 Dimanche 22 septembre 2019 Pratique Samedi 21 septembre 2019 8h-9h : Accueil des participants + petit déjeuner. 9h-9h10 : Ouverture du 2e Congrès National de la FédEO. 9h10-10h10 : Être un étudiant de 2mains, s'engager, apprendre et comprendre. - Les actions du réseau de la Fédération Nationale des Étudiants en Ostéopathie. - Transmettre son savoir et aider les étudiants en devenant tuteur avec le Tutorat National en Ostéopathie. - S'investir dans des actions solidaires et humanitaires étudiantes avec OSD-France. - Comprendre le fonctionnement et l'évolution de l'ostéopathie animalière avec l'Union Française des étudiants en Ostéopathie Animalière. 10h1O-10h50 : Renouvellement des agréments des écoles et organisation de le formation : que disent les décrets. Pierre-Adrien LlOT 10h50-11h10 : Pause. 11h10-12h : Organisation de la vie institutionnelle, scientifique et professionnelle de l'ostéopathie, FEDEOLD 12h-13h : Repas. 13h-14h : Speed-dating des Associations socioprofessionnelles - Qui êtes-vous ? - Que faites-vous ? - Combien êtes-vous ? - Un événement cette année ? - 10 minutes par structure. 14h-16h : Table ronde - L'ostéopathie de demain (avec les associations représentatives auprès des pouvoirs publics). - 1er thème : L'évolution de la démographie et des revenus des ostéopathes. - 2ème thème : Installation en maison de santé, cabinet de pluriprofessionnel et les discriminations professionnelles à l'embauche. - 3ème thème : La déontologie, un ordre ou pas d'ordre des ostéopathes ? 16h-15h15 : Pause. 16h15 - 19h15 : Formation en libre accès, roulement toutes les 30 minutes par domaine. - Devenir un ostéopathe solidaire et faire de l'humanitaire : FÉDÉSOLI. - Organisations régionales des structures de santé : Hervé DUMANS. - L'expertise judiciaire, quand le patient se retourne contre l'ostéopathe : CEJOE. - Comment faire de la recherche en ostéopathie ? : Cyrille CLOUZEAU. - Faire de l'ostéopathie dans le milieu du sport : SNOS. - Ostéopathie périnatalité : SEROPP. - Un ordre pour une déontologie : ROF - L'histoire de l'ostéopathie et de notre académie : AO. - Évolution et concept philosophique de l'ostéopathie : Bruno DUCOUX. 21h Gala. Dimanche 22 septembre 2019 9h-9h45 : Petit déjeuner 9h45-13h : Assemblée générale Ordinaire 2019 - Bilan politique et événementiel 2018-219 - Bilan financier de la structure - Bilan des adhésions et de la représentativité de l'association - Bilan moral des membres du Bureau - Bilan de la FEDEOLD du TNO et des commissions de l'association. - Démission du bureau - Présentation des listes et élections du nouveau Bureau - Vote des statuts, du règlement intérieur et du projet 2019- 2020 - Présentation et élections des membres d'honneurs 2019 - élection du référent FEDEOLD - Point politique générale - questions réponses - amendement de l'assemblée 13h-14h : Repas 14h - 14h15 : Présentation de la FAGE - Fédération des Associations Générales Étudiantes 14h - 16h30 : L'ostéopathie et interprofessionnnalité : quand les amis de la FédEO se mobilisent ! - Les Sages-Femmes en ont dans le ventre avec l'Association Nationale des Étudiants Sage-Femmes (ANE5F) - Les Kinés se bougent avec la Fédération Nationale des Étudiants en Kinésithérapie (FNEK) - Ca roule du coté des ergothérapeutes - Union Nationale des Associations Étudiantes en Ergothérapie (UNAEIF) - A fond la forme avec le sport et Association Nationale des Étudiants en STAPS - Qu'en pense JAMMY et la science avec l'Association Française Nationale des Étudiants Universitaires en Science (AFNEUS) - Que peut bien nous concocter l'Association Nationale des Étudiants en Pharmacie de France (ANEPF) Pratique Lieu Campus Lyon Ouest Ecully, 13 Chemin du Petit Bois Pour s'inscrire Inscription au 2e congrès de la FéDEO Page Facebook de la FéDEO Page Facebook de la FéDEO Site de la FéDEO https://www.helloasso.com/associations/fedeo-federation-nationale-des-etudiants-en-osteopathie Voir en ligne : Fédération Nationale des Etudiants en Ostéopathie (FédEO)
  • Stage "Cheminer vers soi pour communiquer avec « l'Autre »"

    3 septembre, par Véronique Zenoni — Formations et stages, ,
    - Formations et stages / Agenda, exclu_sommaire
  • Stage "Cheminer vers soi pour communiquer avec « l'Autre »"

    3 septembre, par Véronique Zenoni — Formations et stages, ,
    - Formations et stages / Agenda, exclu_sommaire
  • Stage "Cheminer vers soi pour communiquer avec « l'Autre »"

    3 septembre, par Véronique Zenoni — Formations et stages, ,
    - Formations et stages / Agenda, exclu_sommaire
  • Stage "Cheminer vers soi pour rencontrer « l'Autre »"

    3 septembre, par Véronique Zenoni — Formations et stages, ,
  • Les Français et l'Ostéopathie

    23 août, par Jean Louis Boutin — Dans la presse....
    Sommaire Les Français plébiscitent (...) L'ostéopathie à travers les (...) Ostéopathes de France (UFOF) a initié un sondage IFOP dont on peut consulter les résultats Les Français plébiscitent l'ostéopathie Plus de neuf Français sur dix ont une bonne image de la profession d'ostéopathe (91%) : c'est le grand enseignement de cette enquête Ifop réalisée pour les Ostéopathes de France. Dans le détail, on relèvera que 3 Français sur 10 en ont même une « très bonne image » (30%), une proportion qui atteint 48% chez les personnes ayant consulté un ostéopathe au cours des trois dernières années. À cette très bonne image globale de la profession, il convient d'ajouter que 9 Français sur 10 reconnaissent l'efficacité des soins dispensés par les ostéopathes (90%) et 87% y voient des professionnels dans lesquels ils ont confiance (dont 30% leur font même « tout à fait confiance »). - Télécharger les résultats de l'étude (pdf, 224 ko) - Télécharger l'annexe de l'étude (pdf, 1359 ko) Sondage IFOF pour Ostéopathes de France (UFOF) => Les francais et l'ostéopathie ifop ostéos de france présentation from Atlantico FR tab Réactions des médias L'ostéopathie à travers les médias Les divers médias français ont largement commenté ce sondage. France TV Info - L'ostéopathie plaît aux Français L'ostéopathie séduit de plus en plus les Français. Ils sont nombreux à consulter pour un torticolis ou des vertiges. La profession bénéficie d'une image très positive. => Lire ou écouter le reportage : www.francetvinfo.fr/sante/l-osteopathie-plait-aux-francais_1533881.html (durée 1:09 min) Atlantico - Peut-on avoir confiance dans les ostéopathes malgré les "doutes" de la médecine officielle ? Selon un sondage de l'IFOP commandé par l'association Ostéopathes de France, publié en exclusivité par Atlantico, 91% des Français ont une bonne image de cette profession. Pourtant et s'ils sont de plus en plus nombreux à s'installer, le statut d'ostéopathe fait toujours débat. Voici comment bien choisir le vôtre si votre dos vous fait souffrir. L'article donne la parole au Docteur Morand, médein rhumatologue et à Dominique Blanc, Ostéopathe, Président de l'UFOF => Lire l'article d'Atlantico : www.atlantico.fr/decryptage/peut-on-avoir-confiance-dans-osteopathes-malgre-doutes-medecine-officielle-bernard-morand-dominique-blanc-2755038.html Madame Le Figaro - Ostéopathes ou kinésithérapeutes : quand les consulter ? Les deux professions se font tant la guerre que l'on ne sait plus à quel professionnel se vouer pour dire bye bye à son lumbago récurrent. Le médecin rhumatologue Clémentine Jacquier revient sur les deux pratiques et nous éclaire. Interview du Dr Clémentine Jacquier, médecin rhumatologue à l'hôpital militaire Percy, à Clamart. => Lire l'article de Ophélie Ostermann(4 juillet 2016) : http://madame.lefigaro.fr/bien-etre/osteopathe-ou-kine-quand-les-consulter-040716-115195 BFM TV - Le boom de l'étiopathie L'étiopathie est une thérapie de médecine douce très en vogue. Elle compte parmi ses adeptes Nicolas Sarkozy et Alain Delon. L'étiopathie est une thérapie manuelle qui chercher à remonter les causes de la souffrance. Son nom provient d'"aitios", qui signifie la cause en grec, et de "pathos", qui signifie la souffrance. "Et en traitant la cause, on réduit la souffrance", explique Jean-Paul Moureau, dont le livre Soigner Autrement (Éditions du Seuil) a connu un vrai succès en librairie. => Lire l'article de K. L. avec Margaux de Frouville et voir la vidéo : www.bfmtv.com/sante/le-boom-de-l-etiopathie-999076.html News Monkey Be : Humour avec de petites vidéos illustrant les 17 trucs…. Ok, tu es ostéo par passion. Passion du corps, passion de l'humain, passion de ton métier tout court. Mais c'est pas facile tous les jours, entre fantasmes des gens sur la profession et situations pas toujours évidentes... Alors si tu vois de quoi on parle, tu reconnaitras sûrement ces 17 trucs que les ostéos vivent ! => Voir l'article et ses vidéos : http://fr.newsmonkey.be/article/4326
  • Perception de la mobilité et de la motilité des tissus en ostéopathie (IV)

    12 août, par Alain Abehsera — Généralités Ostéo.
    Alain Abehsera D.O. - IV Perception de la mobilité et de la motilité des tissus en ostéopathie - Physiologie des mouvements tissulaires dits ‘spontanés' ou ‘involontaires'- 1ère partie Alain Abehsera D.O. Un grand nombre d'ostéopathes pratiquent une forme de traitement qui consiste à poser la main sur leurs patients, sans la bouger. Ils affirment écouter. Quand on leur demande ce qu'ils ‘écoutent', ils décriront, dans leur jargon, plusieurs types de perceptions : des mouvements de va-et-vient, des mouvements asymétriques, des torsions, une motilité spontanée ou induite par la pensée de l'opérateur etc. Plus curieux encore, non seulement, ils prétendent écouter mais en même temps, soigner. Sans pour autant bouger les mains de manière différente… Dans nos trois précédents articles concernant ce sujet sur le Site, nous avons évoqué les racines historiques de ces 'perceptions' et 'affirmations'. Nous avons également proposé une analyse des mécanismes de perception du point de vue de l'ostéopathe : la fusion entre le toucher et le regard, donnant ce que nous appelons la ‘visualisation'. Dans les deux articles qui suivent, nous nous pencherons sur la question des mécanismes du point de vue du patient : quelle physiologie peut expliquer ces mouvements spontanés ? Une question difficile alors que l'existence objective de ces mouvements est loin de faire l'unanimité dans le milieu ostéopathique, et, a fortiori, en dehors. En outre, en supposant qu'on les aura identifiés, que peut-on comprendre de leur valeur diagnostique et thérapeutique ? La question importe car l'efficacité de nos techniques, l'étendue des pathologies qu'on peut espérer traiter avec l'ostéopathie, dépendent beaucoup du modèle qui nous inspire. L'auteur, praticien régulier de ces techniques, se penche ici sur diverses possibilités de répondre. Il ne s'agit, bien entendu, que de réponses partielles à l'immense question de ce qu'est le vivant. Des réponses qui essayent de ‘coller à la pratique' … Cet article fait suite aux trois précédents publiés sur le Site sur la Perception de la Mobilité et la Motilité en Ostéopathie. Alain A Abehsera DO - Perception de la mobilité et de la motilité des tissus en ostéopathie (3) https://www.revue.sdo.osteo4pattes.eu/spip.php?article2242 Alain A Abehsera DO - Perception de la mobilité et de la motilité des tissus en ostéopathie (2) https://www.revue.sdo.osteo4pattes.eu/spip.php?article2241 Alain A. Abehsera D.O. - Perception de la mobilité et la motilité des tissus en ostéopathie - (1) : Et moi, et moi et moi ! https://www.revue.sdo.osteo4pattes.eu/spip.php?article2207 Écouter, c'est soigner L'ostéopathie cranio-sacrée n'est pas qu'un savoir-faire. Elle possède ses propres explications physiologiques et sa biomécanique. Aux débuts, dans les années 70 où l'on commençait à entendre parler de ces pratiques en Europe, tout ce domaine s'appelait : ‘ faire du crânien'. Plus récemment, probablement pour éviter de rapporter ces mouvements dits ‘involontaires' uniquement au crâne et au sacrum, on a diversifié les noms avec : approche myofasciale ou tissulaire, écoute, fascia, biodynamique etc… Ce sont des dénominations qui montrent qu'on touche à l'ensemble des tissus du corps mais à un, tout particulièrement, le fascia, du fait de son ubiquité. Un des traits communs à toutes ces approches est que le diagnostic et le traitement tendent vers la fusion, deviennent Un. En effet, selon leurs praticiens, bien percevoir les mouvements profonds des tissus, sans interférer, c'est déjà traiter la personne. Ecouter, c'est soigner, un peu comme dans la psychanalyse, où, là aussi, on écoute, sans interférer avec le discours du patient, et ce faisant, on soigne. La fusion entre le diagnostic et le traitement distingue ces formes d'ostéopathie des méthodes dites structurelles où les deux temps sont distincts : on y fait des tests de mobilité, puis, à l'issue d'une lecture soigneuse – la phase diagnostique – on pratique la manipulation, qui représente le temps thérapeutique. De plus, pendant la phase diagnostique comme thérapeutique, le patient et l'opérateur bougent. Tout à fait à l'inverse, en ostéopathie dite d'écoute, chaque instant de la perception des mouvements tissulaires agit comme un traitement, et, le plus souvent, ni le praticien ni le patient ne bougent. L'opérateur prétend percevoir des mouvements, mais un observateur extérieur ne verrait rien qui se déplace : ni la main, ni les tissus. Tout est dans le ressenti, dans le secret de chacune des deux parties impliquées, le praticien et son patient. Nous nous proposons, dans cet article, de considérer les mécanismes physiologiques en jeu dans ces mouvements. Ces explications m'ont servi de modèle dans la pratique, et continuent de bien servir. Je les ai trouvés utiles car ils permettent de faire la jonction entre ce que nous avons appris dans les livres et ce que ressentent nos mains ou nos patients. Nous passerons d'abord à travers le prisme de l'histoire propre à l'ostéopathie, car les sources historiques ont joué, et continuent de jouer, un rôle fondamental dans notre art. Puis nous aborderons les mécanismes physiologiques qui peuvent expliquer : 1) l'existence de ces mouvements, 2) leurs caractéristiques dans l'espace et le temps et, finalement, 3) leur valeur diagnostique et thérapeutique L'histoire ostéopathique des mouvements spontanés des tissus On peut distinguer deux courants principaux dans le passé des explications données pour l'ostéopathie d'écoute tissulaire. Ils continuent à être enseignés dans nos écoles, non sans raison, et il importe de les citer. Le premier courant, que nous nommerons mécaniste, correspond aux écrits et recherches de WG Sutherland dans la première partie de sa vie professionnelle. Il a été diffusé ensuite par des praticiens comme H. Magoun, B. Arbuckle ou H. Lippincott. On devra citer également, les travaux moins connus, mais très intéressants de Charlotte Weaver, élève de Still, qui étendit les techniques de l'ostéopathie au crâne, traitant ce dernier comme un groupe de vertèbres. Dans ces courants mécanistes, les techniques privilégient la matière des tissus, solide ou liquide, qui se déplace sous la main ou qu'on peut déplacer avec la main. Les explications qu'ils donnent pour ces mouvements sont diverses. Pour H. Magoun, les tissus, en particulier la boule crânienne, sont mus par des mécanismes physiologiques concrets, manifestés par des rythmes dus à des ‘fluctuations' du liquide céphalo-rachidien, aux effets répandus dans tout le corps. Beryl Arbuckle s'est surtout intéressée à la boule crânienne comme un ensemble d'os articulés, maintenus par des faisceaux dure-mériens dont elle donnera des descriptions exhaustives qu'on ne trouve pas chez d'autres auteurs. Actuellement, le plus grand nombre de praticiens, suite à Magoun et ses élèves, croient en l'existence de mouvements spontanés dans la sphère cranio-sacrée, une mobilité qu'on nomme le MRP, ou mouvement respiratoire primaire, ayant une fréquence de 6 à 12 cycles par minute. On sent ces mouvements au crâne et au sacrum, mais aussi partout ailleurs, ce qui pose, comme nous le verrons, certains problèmes physiologiques. Cette ostéopathie crânienne reste assez proche encore de ses racines structurelles, puisque on continue à y enseigner une biomécanique sophistiquée, décrivant des mouvements complexes des os du crâne et du bassin (torsion, strain, compression, flexion latérale etc.). De plus, dans l'ostéopathie crânienne classique, comme en ‘structurel'', on continue d'observer un temps de séparation entre le diagnostic et le traitement. Le praticien trouve, par exemple, une compression de la sphéno-basilaire, une torsion du sacrum etc., et, une fois celle-ci diagnostiquée, il la traite, puis, vérifie à nouveau. C'est tout à fait conforme à l'approche structurelle. De plus, l'ostéopathe cranio-sacré ‘bouge' ses mains quelque peu, même si cela n'est pas très visible, mais dans son explication des choses, il affirme ‘mettre le temporal en rotation', ‘antérioriser le sacrum' etc., des expressions qui montrent que l'opérateur ‘manipule' son patient, comme en ostéopathie classique. Notons également que les références anatomiques sont très présentes dans cette approche, même si elles concernent surtout le crâne et le bassin. A l'autre extrême du spectre, on trouve les formes d'ostéopathie issues de Rollin Becker, mais qu'on peut relier à l'œuvre de WG Sutherland dans la dernière partie de sa vie. L'ostéopathe pose les mains sur son patient, et elles ne bougent pas ; en tous les cas, au vu d'un observateur extérieur. Le temps diagnostic et le temps thérapeutique se confondent en un seul acte. On écoute en soignant, on soigne en écoutant. La description de ce qui est ressenti ne s'exprime pas en termes biomécaniques classiques. On y parle de lumière liquide ou de marées et non plus de flexion ou d'extension. Les références anatomiques s'estompent largement : on ne traite pas tel ligament ou viscère spécifique mais le contexte général. Les explications physiologiques sont également très globales : l'ostéopathe palpe des ‘champs bio-électriques' animés de rythmes, qui sont le milieu dans lequel baignent les tissus. On cherche les leviers, les points d'appui ou fulcrum qui permettent de rétablir l'équilibre dans ces champs tissulaires, et partant, rétablissent le bon fonctionnement des tissus. Les références à la physiologie sont assez lointaines, telles qu'on recourt plus à des explications philosophiques, parfois ésotériques, que biologiques. Vous êtes ostéopathes vous aussi ? Comparons alors les deux extrêmes de l'ostéopathie. Imaginons notre patient qui arrive, plié en deux, souffrant d'une sciatique. Il a deux chemins ostéopathiques devant lui, portés par des praticiens porteurs du même diplôme, de la même plaque dans la rue, et la même référence dans l'annuaire professionnel. D'un côté, un praticien du structurel qui fait ses tests de mobilité de la colonne, puis décide de manipuler une lésion en extension, rotation, flexion latérale de la troisième cervicale. Il déplace et ses mains et les tissus. De l'autre, un partisan de l'ostéopathie ultra-fonctionnelle, qui pose les mains sur son patient, et les relève, au bout d'une demi-heure, sans avoir bougé, satisfait que l'équilibre tissulaire global a été restitué. Souvent, toujours à la différence de l'ostéopathe-qui-manipule, il n'attachera que peu de valeur à l'amélioration immédiate de l'état du patient : l'équilibre retrouvé fera le travail dans les jours à venir. On peut s'étonner que deux praticiens aussi éloignés dans leurs principes et leurs pratiques portent le même titre. Nous nous sommes déjà exprimés dans ces colonnes à propos des sources historiques de cette différence. Rappelons-les brièvement. Elles remontent au fondateur, A.T. Still. Celui-ci, aux alentours des années 1870, va avoir l'intuition des principes et de la technique de l'ostéopathie en ‘mélangeant' deux sources historiques distinctes, qui représentent les deux expériences cliniques qu'il a vécues : d'un côté, le reboutement traditionnel et de l'autre, le magnétisme hérité de F A Mesmer. D'un côté, la technique du rebouteux qui, manipulant l'anatomie, redresse et mobilise les structures du corps, et de l'autre, le magnétiseur, qui, manipulant le ‘principe vital' ou ‘Fluide vital', rééquilibre les fonctions du corps. Still avait pu apprendre ces deux approches à une époque où elles étaient très répandues dans son entourage. La fusion, qui s'était opérée en lui, laisse place, cependant, à une scission chez ses disciples. Certains élèves reprendront le côté rebouteux, sophistiqué par de l'anatomie, ce qui donnera naissance à l'ostéopathie structurelle, avec Harrison H. Fryette comme archétype. D'autres, reprendront le magnétisme, là encore mâtiné d'anatomie, ce qui produira l'ostéopathie cranio-sacrée, et plus généralement, les ostéopathies d'écoute tissulaire, qui, techniquement, reprennent l'art de l'imposition des mains… Bien entendu, les uns et les autres garderont des principes communs, ceux édictés par Still, tels que le respect pour l'anatomie et la croyance un Principe Vital qui s'écoule au sein de la mécanique humaine, ce qui différenciera les ostéopathes des rebouteux ou des magnétiseurs classiques. La technique ostéopathique, historiquement, représente une ‘fusion' entre le magnétisme (à gauche) et le reboutement (à droite). Ce sont là les deux titres portés par AT Still avant de se nommer ‘ostéopathe'. Le rebouteux manipule les structures, le magnétiseur, les fonctions. Nous laisserons de côté, à présent, l'ostéopathie structurelle et les mobilités qu'elle décrit ou utilise dans le diagnostic et le traitement des tissus. De même, nous ne discuterons pas la partie ‘rebouteuse' de l'ostéopathie crânienne, puisqu'elle recourt à une biomécanique et une technique en tous points semblable au structurel, sauf que les mobilisations sont minimes. [1] Notre propos ici est d'analyser l'autre pôle de l'ostéopathie, celui qui décrit des mouvements ‘spontanés' et ‘involontaires' dans les tissus, mouvements qu'il suffirait de percevoir pour soigner. F. A. Mesmer, notre ancêtre direct pour ces approches, donne le ton quant à la nature de cette mobilité spontanée du vivant. Il considère que l'Univers est rempli d'un Fluide, qui ne laisse aucun espace vide de sa présence. Notre corps ‘trempe' dans ce Fluide au même titre que le reste. Une des propriétés de ce Fluide est qu'il est animé de ‘fluctuations' spontanées, battant à des rythmes différents. Mesmer les appelait ‘flux' et ‘reflux' à l'instar des ‘marées', un terme que reprendra Sutherland dans la partie ultérieure de son œuvre. Le mesmérisme consistait à soigner via une imposition des mains, à distance ou en contact avec le patient, ce qui permettait de percevoir ce Fluide, de normaliser ses rythmes et son écoulement à travers le corps. Still, lors de sa première installation à Kirksville se dit ‘mesmériste', alors qu'il a déjà inventé les principes de l'ostéopathie dans sa tête. Quand on lui demandera, bien plus tard : quelle différence existe-t-il entre le mesmérisme et son ostéopathie ? Il répond : de l'anatomie, encore de l'anatomie ! Autrement dit, l'ostéopathie possède les mêmes principes et la même technique que le magnétisme, mais, à l'inverse du globalisme des magnétiseurs, l'ostéopathe sculpte et ausculte l'anatomie dans le Fluide. Là où le magnétiseur se contente de percevoir des flux, des nœuds, Still perçoit des articulations, des muscles, des fascias tendus ou ‘tordus'. Le Fluide a pris, avec notre fondateur, l'épaisseur et la dureté de l'anatomie. Cette dureté des tissus, cependant, ne doit pas nous faire oublier que nos organes sont faits à partir du Fluide, et en tant que tels, ils ‘pulsent'… Le Mouvement Respiratoire Primaire de l'Espace Toute discussion sérieuse sur la nature des mouvements spontanés perçus par nous dans les tissus devra, en premier, prendre en compte cette dimension historique : nous sommes issus d'une école de pensée, héritière d'une longue tradition, bien antérieure à Mesmer, qui croit que tout le Réel est plein d'une substance qui pulse. Arbres, pierres, crâne, estomac ou, tout simplement, l'espace entre nos mains, tout est animé de rythmes. Avant d'aller chercher des 'raisons' physiologiques, des mécanismes cellulaires ou tissulaires pour expliquer ces mouvements, on se doit d'évoquer l'existence de rythmes spontanés, perçus par les ostéopathes sur le corps, non observés par les ‘machines habituelles', qui sont tout simplement des ‘fluctuations' du Fluide qui remplit l'Univers, Fluide dont nous faisons partie. Sont-ce là des croyances dépassées ? Nullement… De nos jours, nous ne disons plus le Fluide, mais le Vide Quantique ou le Virtuel. La physique quantique, à la suite de Dirac, le décrit comme la substance qui remplit tout l'univers, et dont le Réel, notre Réel, est une expression locale. Cet éther, pour reprendre un de ses noms anciens, possède une puissance phénoménale à l'échelle quantique et est animé constamment de fluctuations. Emok, Own Work, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=4275811 ‘L'effet Casimir', d'après le nom de Hendrik Casimir, fut prédit en 1948. Paul Dirac,, dès les années 30, avait proposé qu'il existait une ‘énergie/matière négative', symétrique de notre ‘énergie matière positive'. Casimir proposa l'expérience qui permettrait de la mettre en évidence. Au cours des années 70, jusqu'à ce jour, de multiples expériences ont confirmé le modèle. Il existe bien une ‘puissance du Vide'. Deux plaques mises face à face dans un milieu entièrement sans matière/énergie réelle, vont se rapprocher sous la pression de la matière/énergie virtuelle présente dans l'espace. Le vide quantique est ainsi tout, sauf vide. Telle le Fluide de Mesmer, cette matière/énergie virtuelle remplit l'Univers, et ‘pulse' spontanément…L'ostéopathe réaliserait-il un effet Casimir avec ses deux mains ? Un Vide très Plein Les temps ont changé, le vocabulaire a changé, mais l'observation reste identique. Le Fluide Universel qui pulse a laissé place au Vide Quantique qui fluctue. Nous n'irons pas plus loin dans cette explication, car nous l'avons explorée dans un article précédent dans ces colonnes (cf. Energétique, LMO No 6, puis article sur Le Site de l'Ostéopathie). Les fluctuations du Vide dans lequel nous évoluons forment donc le cadre le plus général connu à ce jour pour la perception de mouvements spontanés ou involontaires dans les tissus vivants. Avant de parler de tel liquide, de tel effet physiologique, de mobilité persistante ou non des os du crâne, il faut d'abord rappeler que tout pulse, en particulier à un rythme de 6 à 10 par minute, mais aussi à d'autres rythmes, plus rapides et plus lents. Notre crâne, et tout le reste de notre corps, bat ainsi à un rythme typique de toute la Nature, à l'unisson de tout ce qu'elle contient. Mais comment se fait-il qu'on ne peut jamais le mesurer directement ? Seuls les ostéopathes en parlent ! La réponse est simple : le Vide Quantique est ‘virtuel', et donc constitué d'une matière que nos machines dites ‘réelles' ne peuvent mesurer. Il me paraît tout à fait clair que le jour où nous aborderons les rythmes craniosacrés comme étant aussi des effets ‘virtuels', leur ‘mesure' ne posera aucun problème. Elle sera l'évidence même. Cette évidence est immédiate pour ceux qui pratiquent ces techniques. Nous sentons ‘quelque chose' de manière indéniable. On peut même aller très loin dans la subtilité de ces perceptions. A titre personnel, par exemple, j'ai longtemps pratiqué une ostéopathie ‘à distance', c'est-à-dire, sans contact manuel direct. On ‘manipule' la colonne ou les viscères avec ses mains en dehors du corps du patient. Still, selon les témoignages de l'époque, soignait, à l'occasion, lui aussi de cette manière. Or, quand on travaille ainsi, les sensations de ‘pulsation' dans l'espace entre les mains, sont tout à fait claires, tout aussi évidentes que celles que l'on perçoit en touchant le patient. C'est ainsi qu'on peut percevoir la flexion et l'extension du ‘sacrum virtuel' du patient, la rotation de son ‘estomac virtuel' etc. Cet aspect virtuel de nos sensations ne suffit pas, cependant à épuiser la description de notre expérience clinique. On peut sentir à distance, avec notre ‘pensée', mais on peut également sentir en posant les mains, et l'on sentira différemment les choses. Du virtuel le plus subtil au réel le plus matériel, les niveaux de perceptions s'échelonnent. A nous d'apprendre à les ranger, à en connaître les spécificités, les indications ou contrindications. Deux grandes mobilités – bien connues et bien réelles – agitent nos tissus mais ne nous préoccuperont pas ici : la pulsation cardiovasculaire et la pulsation respiratoire. Tout le corps vibre avec ces deux systèmes de pompage. Leur effet est incontestable, du point de vue mécanique, et nous n'insisterons pas sur eux. Ce qui nous concerne, ici, est l'ensemble des autres mobilités, dites spontanées ou involontaires, qui se situent aux frontières du virtuel et du réel. Parfois, on les sent, d'autres fois, on ne les sent pas. Certains y croient, d'autres, non. Ces mouvements sont au centre des ostéopathies dites d'écoute tissulaire. Que sent-on ? La plus classique des sensations est le rythme de 6-8 à 12/mn, dite du MRP. Elle aurait pour effet de ‘gonfler/dégonfler' les tissus, mais aussi d'entraîner des mouvements de flexion/extension et de rotation droite/gauche. D'autres ostéopathes parlent de rythmes plus lent, 1 à 2/mn, voire de ‘marée', sur une fréquence encore plus lente, de l'ordre de un battement ou deux par heure. Le MRP : on ne le sent pas toujours ! Que dit-on sur leur origine ? La tradition ostéopathique considère cette motilité comme d'origine centrale : elle serait due à un cycle de sécrétion/réabsorption du liquide céphalo-rachidien dans le crâne, créant des ondes de pression qui se répercuteraient à toute la périphérie. On parle également d'une contractilité de la substance cérébrale ou du tissu méningé. Formulés dans l'entre-deux guerres par Sutherland, reprises ensuite par Magoun, les explications 'scientifiques' ne sont pas très claires, et tentent surtout de donner chair à ce ces pionniers sentaient sous la main. J'avoue, personnellement, que parler de 'contractilité' ou de 'marées' comme le firent nos maîtres, reste un très bon outil. C'est, en effet, ce que l'on ressent. A nous de chercher comment expliquer cela dans le langage moderne. Depuis la formulation de ce modèle initial, cependant, aucune recherche n'a pu prouver l'existence d'un tel rythme universel, objectif, issu du crâne. On a tenté de l'observer directement, objectivement, mais sans succès. Il existe bien des oscillations spontanées, d'une fréquence similaire au MRP (environ 0,1hz), mais elles semblent surtout liées à des pulsations vasculaires [2], qu'on retrouve ailleurs dans le corps, sans qu'on puisse dire qu'il y ait une commande centrale dans le cerveau. On a essayé de mesurer le MRP subjectivement, mais là aussi, sans succès. Par exemple, on a posté plusieurs opérateurs sur le même patient, à différents endroits, et on a noté le rythme que chacun perçoit (sans que les praticiens sachent ce que l'autre sent). Le résultat est sans appel : ils ne sentent pas le même rythme. Les uns sentent la phase de flexion lorsque d'autres sentent l'extension, et sur des fréquences très différentes [3] (voir en bibliographie la revue de ces tentatives par Ferguson A, et la critique qu'en fait Mac Grath). Cette difficulté d'objectiver ces rythmes crée d'immenses difficultés pédagogiques pour les étudiants en ostéopathie, avec au total, souvent, pour eux, l'impression que cela ‘n'existe pas' ou qu'ils ont ‘incapables' de les sentir. Ce n'est pas qu'un problème pédagogique : toute une frange de la profession - dont des diplômés de longue date - continue à affirmer haut et fort que le MRP est une illusion, et que tout au plus, on peut percevoir les conséquences mécaniques de la respiration thoracique sur le reste du corps, y compris à la boîte crânienne. Les effets bénéfiques de ces manipulations seraient alors dues exclusivement à l'effet placebo, à un relâchement des muscles péricraniens, ou encore à un travail sur les réflexes cutanés présents dans cette région, etc. Je me souviens que dans les années 70, premières années de découverte du crânien en France, les ‘structurels' nous appelaient des ‘shampouineurs' ! En bref, pour ces praticiens, nos discussions sur le sujet de ces rythmes ou de ces mouvements spontanés et involontaires sont vaines… Or, pour les praticiens de ces techniques, les sensations rythmiques sont souvent des expériences subjectives indéniables qu'aucune critique objective ne peut invalider. Pas toujours, mais assez souvent pour donner des certitudes personnelles… Allez dire à un fou qu'il est fou... et à un ostéopathe crânien qu'il ne sent rien ! Il est vrai qu'on sent mieux certaines fois, certains jours et sur certains patients. Il est également vrai que, parfois, pas du tout. Mais lorsqu'elles sont claires, les sensations sont majestueuses. A l'autre extrême, il faut noter qu'on peut également ‘sentir ce qu'on veut', c'est-à-dire, littéralement ‘induire' des mouvements sans bouger les mains. Dans ces colonnes, je me suis déjà exprimé sur la physique qui pourrait expliquer cette subjectivité radicale [4]. J'y reviendrai, brièvement, plus loin dans ce texte. Mais ce qui nous préoccupera principalement ici sont les mouvements susceptibles de provenir du patient, et non ceux induits délibérément par le praticien. Quelle peut être la physiologie derrière ces pulsations ou dérives dites « spontanées » ? Pour ce faire, je proposerai de traiter la question en trois temps. Je distinguerai d'abord les mouvements qui s'apparentent à un ‘gonflement/dégonflement' rythmique des tissus. En second, les mouvements qui semblent faire bouger les tissus autour d'axes articulaires : rotation, torsion, flexion etc. En troisième, des mouvements qui n'ont aucun axe particulier, que je qualifierai d'asymétriques, qui traversent de longs trajets, enjambant articulations et viscères. Même si ces distinctions sont artificielles, et que les mêmes mécanismes peuvent expliquer les trois types de mouvement, il me paraît impératif de faire ces distinctions, ne serait-ce que du point de vue pédagogique. Une fois ces mobilités décrites, on tentera de comprendre pourquoi les ‘écouter' ou les suivre possède un effet thérapeutique. Les mouvements de gonflement/dégonflement Partout où on pose les mains sur le corps, on peut sentir ce type de mouvement. Le diamètre de la cuisse, par exemple, augmente puis rétrécit rythmiquement. Laissons les difficultés de palpation de côté, ou bien le fait que plusieurs opérateurs ne les sentent pas de manière synchrone. Ce mouvement, parfois apparemment absent, peut, d'autres fois, être extrêmement clair, au-delà de tout doute subjectif possible. Quel mécanisme physiologique serait à même de l'expliquer ? Une première explication me paraît logique. En effet, un mécanisme liquidien, une augmentation/diminution locale des fluides ou des compartiments fluidiques, décrirait bien notre expérience. Autre explication possible : une contraction/décontraction des tissus, explication qui n'est pas à exclure, mais nous la laisserons, artificiellement peut-être, pour le second type de mouvement. La physiologie cardiovasculaire fournit un premier cadre de réponse approprié à nos sensations avec ce qu'on appelle 1) les ondes THM ou ondes de Traube-Herring-Mayer et 2) les ondes produites par la vasomotricité, ondes qu'on rencontre, dans la littérature médicale, sous le vocable de ‘ondes C' (pour les différencier des ondes A et B, typiques du contenu crânien) ou encore, en littérature anglo-saxonne, ‘LF waves' et ‘VLF waves', (c'est-à-dire, ondes de basse fréquence ou très basse fréquence). Ces ondes se situent dans la fréquence avoisinant 0.1 hz, soit de 6 à 10 cycles par minute, correspondant au rythme du MRP (Mouvement Respiratoire Primaire des ostéopathes crâniens). Les ailes de chauve-souris sont relativement transparentes et permettent de voir les vaisseaux sanguins, artères comme veines. En dehors de la pulsation issue du battement cardiaque, on voit les vaisseaux sanguins se ‘tortiller' ou être balayés par des vagues de contraction. Ces premières observations ont été à l'origine de la découverte des ondes THM chez l'humain. Photo credit : USFWS/Ann Froschaue Que représentent-elles ? La première observation de ces ondes remonte au XIXe siècle, où elles sont observées à l'œil nu dans les vaisseaux des ailes de chauve-souris. On peut voir, effectivement, qu'en plus de la pulsation systolique/diastolique due au cœur, les artères/veines se ‘tordent' sous l'effet de mouvements qui balayent toute leur longueur. On appela ces mouvements vasculaires la ‘vasomotricité'. Ces mouvements s'observent dans les veines, à bien moindre titre, cependant, que dans les artères, et sont très notables dans le système lymphatique. Les distinctions entre les différents mouvements qui agitent nos vaisseaux sont complexes. On distingue, les variations dans le tonus vasculaire dues à des variations dans le flux de l'innervation de ces vaisseaux. Ce sont là, à proprement parler, les ondes THM. On les différencie des contractions vasculaires spontanées, indépendante de l'innervation, qu'on appelle ondes de la vasomotricité. Ces ondes sont moins constantes et apparaissent plus volontiers en cas d'ischémie. La signification de ces diverses ondes, THM comme vasomotrices, est encore peu claire. Leur altération dans certaines pathologies (type diabète ou hypertension) et des considérations relevant de la biophysique font penser qu'elles jouent un rôle important dans la qualité de la perfusion des tissus et donc de leur oxygénation. Un lit vasculaire animé d'oscillations, pour une même pression de perfusion, assurerait une meilleure répartition de l'oxygénation [5] (voir bibliogr. en fin de texte). Les ostéopathes perçoivent-ils ces ondes ? On peut penser que, si elles sont perceptibles, elles occasionneraient, forcément, un simple ‘gonflement/dégonflement' des tissus, chose que nous pouvons assez facilement ressentir [6]. Ces ondes, après tout, sont des phénomènes aux causes tout à fait réelles. Considérer la vasomotricité ou les ondes THM comme faisant partie de ce que nous appelons le MRP est donc tout à fait plausible. Cela expliquerait, en particulier, pourquoi on sent ces mouvements sur certains sujets mieux que d'autres, et que différents opérateurs perçoivent des rythmes différents, ou encore, que le même opérateur puisse percevoir un rythme à un étage et un autre plus bas. La vasomotricité, comme les ondes THM, peuvent en effet varier d'un tissu à l'autre, d'un moment à l'autre, en fréquence comme en intensité. Mais parfois, comme il peut arriver avec les ondes THM, on peut percevoir le même rythme partout Les sensations de mouvements très lents (les ‘marées' décrites par certains ostéopathes) pourraient être ainsi des perceptions des fréquences plus basses de ces ondes vasculo-tissulaires Entre les gonflés et les dégonflés Admettons que ces ondes vasomotrices sont en jeu dans ce que nous appelons les ‘rythmes involontaires' tels que le MRP. Admettons également que l'être humain entraîné, et donc l'ostéopathe, est capable de les percevoir, ce qui n'est pas impossible à envisager. Identifier les ondes THM ou vasomotrices au MRP serait cependant très réducteur, et donc insuffisant, pour expliquer notre expérience des tissus vivants. Pour deux raisons principales : la première, l'ostéopathe ne sent pas que des mouvements de 'gonflement/dégonflement', mais bien d'autres types de mobilité, ce que nous discuterons plus loin. La seconde, les ostéopathes prétendent ‘soigner' en écoutant ces variations de volume tissulaire. Or, pas plus que les médecins soignent les maladies cardiaques en prenant le pouls, les ostéopathes soignent en suivant, passivement, les ondes vasomotrices. Ils font un peu plus que cela : ils cherchent à moduler ces rythmes. Cette notion de 'modulation' permet de comprendre comment on peut transformer l'écoute d'un rythme en un soin. Prenons un exemple connu : la technique dite de ‘compression du 4e ventricule', technique qui, dans son principe, peut se pratiquer dans tout le corps. On est supposé suivre un rythme, le MRP, mais on ne se contente pas de le suivre passivement. On écoute en interférant un peu puisqu'on va favoriser une des phases du rythme jusqu'à obtenir un silence, le ‘still point'. Avec ce type d'écoute active, les ostéopathes affirment modifier les rythmes vasculaires de basse fréquence. Beaucoup d'entre nous en avons fait l'expérience subjective, et les montages expérimentaux qui pourraient vérifier cette affirmation ne sont pas difficiles à envisager. Rappelons que ces rythmes – pour les ondes THM - sont sous contrôle du SN autonome et qu'ils sont notoirement variables. L'ostéopathe, lors de ces techniques, possède un triple effet : neurologique, puisqu'il touche, stimule, mécanique, puisqu'il mobilise les tissus, et vasculaire, puisqu'il appuie et forcément, déplace les liquides. En favorisant l'une ou l'autre phase d'un des rythmes tissulaires, celle du 'gonflement' ou du 'dégonflement', il aurait alors un effet sur la commande centrale et sur le volume local. On peut supposer, qu'au bout de quelques cycles, la résistance que nous exerçons entraîne une réorganisation, tant au niveau mécanique, qu'à celui des afférences neurologiques ou du volume des liquides. Selon la tradition, on obtient au bout de quelques cycles un ‘silence vasomoteur' que nous appelons le ‘still point', et qui signe cette réorganisation. Puis le rythme redémarre, avec une amplitude, intensité et fréquence différentes, donnant des résultats cliniques immédiats dans la qualité de perfusion et donc dans le bien être. Cette variabilité dans l'intensité ou dans la fréquence, tout comme ces silences tissulaires que nous observons, sont tout à fait caractéristiques des ondes THM ou vasomotrices, qu'un ostéopathe soit là ou non. Il suffit de croire que l'ostéopathe, avec son toucher instruit, est capable de les modifier et cela ne sera pas difficile à objectiver dans l'avenir. Attendre les marées On résumera notre première hypothèse ainsi : les mouvements de dilatation/contraction périodiques sentis par les ostéopathes sur tout le corps sont probablement liés, en partie, au moins, à des dilatations/contractions des vaisseaux sanguins et lymphatiques, soit sous commande centrale (THM) soit sous commande locale (ondes vasomotrices). Il s'agit donc de modifications de volume de l'ensemble du contenant, c'est-à-dire, de l'ensemble des vaisseaux. Rappelons cependant qu'il ne faut pas oublier le contenu, c'est-à-dire l'espace qui contient les tissus, les vaisseaux et les liquides. Comme nous l'avons vu plus haut, cet espace dans lequel nous évoluons pulse lui-même à des rythmes différents, faisant, au passage, ‘pulser' toute substance qu'il contient, en l'occurrence ici, les liquides biologiques et leurs vaisseaux. Cette pulsation du Virtuel ou Vide Quantique, comme on l'appelle de nos jours, rappelle le Fluide fluctuant de Mesmer. Elle dilate et contracte les matrices de tous les tissus, du cytoplasme, à la matrice extracellulaire, au liquide dans les vaisseaux etc… On comprend alors mieux l'expression de ‘marées' utilisée par les ostéopathes inspirés par la période tardive de Sutherland, ainsi que par R. Becker et ses disciples. Telle la marée de nos océans, cette fluctuation entraîne toute la matière de notre corps dans un flux et reflux constant. Ce que nous sentons sur les tissus est donc fait d'une suite imbriquée de rythmes, allant de l'échelle virtuelle, le Fluide, à l'échelle réelle, celle des ondes THM et ondes vasomotrices. Cela reproduit bien notre expérience clinique, qui va de sensations qui ont l'air bien réelles – probablement dues aux ondes vasomotrices – à des perceptions très virtuelles, variant profondément avec notre manière de les penser. Nous reviendrons plus loin sur ce 'mix' de perceptions réelles et virtuelles qui caractérise notre relation aux tissus vivants… Ça durcit ou ça se dégonfle ? Laissons à présent de côté ces perceptions de dilatation/contraction des tissus. Elles sont majestueuses à suivre lorsque nous les percevons mais, comme nous l'avons dit, elles ne résument pas l'expérience ostéopathique du toucher. Il existe une autre famille de sensations, qui ressemble bien plus à une contraction/décontraction des tissus qu'à un gonflement/dégonflement. Faisons l'expérience sur nous-mêmes, en posant nos mains de part et d'autre d'une de nos cuisses. Une diminution du diamètre de la cuisse pourrait provenir soit d'une contraction de la masse tissulaire entre nos mains, soit d'un dégonflement de cette même masse. A l'inverse, un gonflement aurait le même effet qu'une décontraction, puisque dans les deux cas, le volume tissulaire augmenterait entre nos mains. Même résultat géométrique, certes, mais une différence nette du point de vue de la palpation : d'un côté, on a un phénomène actif (une contraction, et donc un sentiment de durcissement des tissus), alors que de l'autre, on aurait un phénomène passif (un dégonflement, et donc un ramollissement). Ce qu'on peut appeler les perceptions d'un ‘mouvement actif' nous donne véritablement l'impression que les 'tissus' se déplacent. Soit dans le sens d'une variation des diamètres, mais aussi, dans n'importe quel sens de l'espace. On ne peut plus parler seulement de ‘gonflement' et de ‘dégonflement', mais aussi de ‘translation', de ‘rotation', de ‘torsion' etc… Il me paraît évident alors que les ondes THM ou vasomotrices ne peuvent suffire à expliquer ce type de mouvement, bien qu'indéniablement, elles doivent y participer. Les mobilités et motilités se greffent les unes sur les autres. Une phase de gonflement, à une échelle, se superpose à une rotation, à une autre échelle, en se latéralisant, encore à une autre échelle, tout en subissant une marée montante à une échelle encore plus globale. À nous de détailler. [1] 1. "Cette école 'biomécanique' du crâne a trouvé ses continuateurs en France. Voir les vidéos postées sur le Net par Gilles Boudehen. Elle fait suite à l'école étiopathique, et on y nie toute existence de mouvements spontanés du système nerveux central, des méninges etc. Les os du crâne préservent une certaine mobilité purement articulaire. [2] On retrouve cette même fréquence lors d'une échographie des flux artériels mais aussi dans la consommation d'oxygène par le tissu cérébral (par fMRI, une IRM fonctionnelle). On imagine difficilement comment un tel phénomène ‘liquidien' pourrait, parti du crâne, mettre en rotation externe les tibias ou les coudes au rythme de 6 à 12 fois par minute. Pour mobiliser rythmiquement et simultanément nos articulations périphériques, il faudrait une force ‘mécanique', capable de fléchir, mettre en rotation etc. Car c'est bien cela que l'on sent. Seul le muscle strié possède cette capacité de ‘mouvoir' les articulations. On pourrait alors imaginer qu'il existe au crâne une pulsation de 0.1 hz, qui s'exprime, localement, de manière vasculaire, mais aussi, par des mouvements périphériques, dus à des contractions/relaxations spontanées de tous nos muscles striés. Hervé Julien, ostéopathe, pense que cette ‘motilité musculaire' explique bien mieux ce que nous ressentons sous nos mains qu'un MRP purement liquidien et centré au crâne. Il appelle ce rythme ‘la Motilité Musculaire Permanente'. D'un point de vue physiologique, le rythme à 0, 1Hz se retrouve partout dans le corps. On le range classiquement parmi les effets THM (voir ci-dessous). Peut-on imaginer que le cerveau en est le chef d'orchestre ? Les fondateurs de l'ostéopathie crânienne n'auraient donc pas eu tort. Il y a un rythme partout dans le corps, mais ce rythme aurait sa commande centrale au cerveau. [3] Voir A. Ferguson pour une revue détaillée (A review of the physiology of cranial osteopathy, Journal of Osteopathic Medicine, 2003 ; 6 (2) : 74-88). A la fin de l'article, une critique a été rédigée par MC Mc Grath, qui montre à quel point le concept de mouvement spontané ou rythme cranio-sacré est considéré comme une illusion au sein même de la profession. Le concept d'entrainment a été formulé dans : Mac Partland J Mein E, Altern Ther Health Med Entrainment and the CRI, 1997 ; 3 : 40-45 comme explication de l'effet thérapeutique d'une écoute active du MRP. [4] Site de l'Ostéopathie : Énergétique ? De quelle énergie s'agit-il ? [5] Pour la signification physiologique de la vasomotricité, voir Nilsson H and Aalkjær C, Vasomotion : Mechanisms and Physiological Importance Mol Int March 2003 vol. 3 no. 2 : 79-89 [6] Voir les articles de Nicette Sergueeff sur le sujet. En particulier : Cranial rhythmic impulse related to the Traube-Hering-Mayer oscillation : comparing laser-Doppler flowmetry and palpation KENNETH E. NELSON, DO ; NICETTE SERGUEEF ; CELIA M. LIPINSKI, MSII ; ARINA R. CHAPMAN, MSII ; THOMAS GLONEK, PhD 1ère publication sur le Site de l'Ostéopathie le 10-08-2017
  • Le touchant touché dans la relation au Sensible

    10 août, par Didier Austry — Histoire et Philosophie
    Sommaire Présentation Le toucher, premiers affleurem Phénoménologie du toucher, (...) Toucher et relation thérapeutiq La main Sensible et le (...) Sources Une philosophie du contact - CERAP Didier Austry - Professeur associé invité à l'Université Fernando Pessoa, docteur en sciences. Docteur en sciences, coach en écriture individuelle et collaborative Didier Austry Cet article s'inscrit dans un projet global de recherche sur le toucher, dans le cadre des travaux de recherche du CERAP animés par Danis Bois [1] et de notre travail doctoral à l'université de Rouen, sous la direction de N. Depraz. Présentation Pour D. Bois, depuis la création de la somato-psychopédagogie, la relation d'aide manuelle a toujours eu une place fondamentale dans l'accompagnement de la personne (Bois, 2006a ; Berger, 2006a). Dans le cadre précis de la somato-psychopédagogie, le praticien l'utilise non seulement en tant qu'outil de régulation physique et psychique, mais aussi et peut-être surtout, pour permettre à la personne de découvrir un nouveau rapport à son corps et à soi, basé sur la rencontre avec son propre mouvement interne. Par exemple, D. Bois rapporte ainsi les effets d'une séance : « Le sujet (…) témoigne alors de changements d'état de nature physique et psychique, selon le degré de présence qu'il instaure avec lui-même et avec son corps et selon le degré d'expertise qu'il a développé. » (Bois, 2007, p. 8) Si les articles de ce livre témoignent, après d'autres ouvrages (par exemple : Bois, 1989 ; Bois & Berger, 1990), de ce que nos patients, étudiants ou praticiens vivent, découvrent et apprennent, au cours de ces séances d'accordage manuel, comme effets et résultats de transformation, ces résultats sont autant d'incitations à poursuivre la recherche sur la question du toucher. D'abord, le toucher est bien sûr important parce que la main est la médiatrice entre le geste technique et le ressenti, c'est bien la main qui « déclenche » l'animation interne, pour employer une de nos expressions usuelles. Mais, la main est-elle le tout du toucher ? Et comment fait-elle ? Une première partie de l'enquête serait donc de modéliser nos savoir-faire, de poser une théorie de ces savoir-faire, dans la lignée, par exemple, du travail de C. Courraud (2007), pour en préciser la nouveauté et l'originalité. Ensuite, le toucher est le toucher d'un corps, et donc l'expérience du toucher manuel pour la personne est l'occasion d'une rencontre avec son propre corps. En effet, F. Vinit nous fait remarquer que « La manière dont le patient se trouve touché par le thérapeute définira alors pour une large part l'expérience qu'il fait de son corps. » (Vinit, 2007, p. 121). Cela nous amène à préciser que l'expérience du toucher est bien une expérience du corps, mais une expérience du corps dépendante du cadre d'expérience choisi. Il y a donc matière à étudier cette étroite corrélation entre conditions d'accès et expérience du corps, et pour être plus précis entre cadre d'expérience extra-quotidien et expérience du corps Sensible, du Sensible lui-même (Bois, Austry, 2007). Reste finalement à explorer le lien précis entre ces gestes, ces techniques, et cette expérience personnelle, vécue, éprouvée, de la rencontre entre la main du praticien et le patient lui-même. Il nous faut donc partir de descriptions faites à la première personne pour en extraire une connaissance ; remplir donc, en quelque sorte, les conditions d'une recherche proprement phénoménologique [2]. Et l'objet même de notre recherche, le toucher, requiert cette double attitude de connaissance experte et de connaissance vécue. Tout ce qui précède nous amène à notre troisième intérêt qui est l'étude du praticien lui-même : comment fait-il ? Que vit-il de cette expérience ? Quels liens fait-il entre son geste manuel et son propre vécu, ou entre son geste manuel et le vécu du patient ? Comment apprend-il de cette expérience ? Et, d'ailleurs, comment s'est-il construit son expertise ? Ces dernières questions nous semblent porteuses d'une réflexion rarement rencontrée dans la littérature de recherche sur le toucher. En effet, notre apprentissage est non seulement un apprentissage de gestes, de protocoles, de types de touchers, mais aussi un apprentissage sensoriel, dans la maîtrise progressive du ressenti du mouvement interne, celui du patient comme le sien proper (Bourhis, 2007). Cette réciprocité entre ces deux phénomènes est spécifique, nous semble-t-il, de notre expérience du corps Sensible. Cet entrelacement entre geste et ressenti, entre ressenti du patient et implication de soi dans ce ressenti est l'indice d'une question fondamentale, tout autant qu'une posture pratique. C'est cette question que nous portons et qui nous a amené à choisir la thématique du touchant touché, à l'origine du titre de notre article. Notre quatrième thème repose sur le désir de tirer toutes les conséquences de l'étude du toucher comme acte thérapeutique. En fait, comme nous avons commencé à le suggérer, l'expérience du toucher manuel en somato-psychopédagogie est une expérience partagée, une expérience commune, qui fait découvrir aux deux protagonistes un lieu perceptif commun, selon l'heureuse expression de D. Bois. Nous voulons décrire cette inter-corporéité ‘charnelle' et en montrer l'importance, y compris dans un contexte philosophique. Par exemple, pour la phénoménologie telle que Husserl l'a mise en place, le toucher est bien une question en lien étroit avec notre rapport au corps, et la question d'autrui, qui sous-tend la question de l'intersubjectivité est une problématique fondamentale. C'est en lien avec ces problématiques que nous avons choisi notre sous-titre, pour une philosophie du contact. Une philosophie qui voudrait explorer les liens et différences entre intersubjectivité (Husserl), intercorporéité (Merleau-Ponty) et (inter-)réciprocité (D. Bois), avec comme pierre de touche, justement, l'expérience du toucher dans sa réciprocité. Le cinquième thème de recherche peut être formulé ainsi : l'expérience du toucher est bien une expérience intelligible. La catégorisation, la différentiation, le sens qui se donne, ..., autant d'expressions connues mais qui pointent une connaissance encore une fois bien particulière et originale, une connaissance que D. Bois a qualifiée dans sa thèse de connaissance immanente (Bois, 2007). Il s'agit de montrer que cette connaissance émerge de notre relation spécifique au Sensible. Notre projet de recherche est un projet de recherche à propos du Sensible, mais aussi une recherche qui émerge depuis notre relation au Sensible. Ainsi, de même que le toucher du Sensible marie expertise technique et implication du praticien, la recherche sur le toucher du Sensible appelle une nature de posture de recherche où l'implication du chercheur est incontournable. Ces thèmes de recherche sont donc en accord avec les courants actuels de la phénoménologie concrète, ou phénoménologie pratique, mais ils s'appuient aussi sur un style de recherche que les démarches qualitatives qualifient de recherche heuristique (Bois, 2007 ; Moustakas, 1990). Pour être plus précis, il nous semble qu'un tel type de recherche, qui est à la fois une recherche sur une pratique et une recherche depuis une pratique, appelle une réflexion épistémologique innovante, encore embryonnaire (Depraz, 2006 ; Humpich, Bois, 2007) [3]. Dans les deux premières sections, nous nous proposons de présenter un panorama des grandes questions liées au toucher, le point de vue philosophique, des aperçus physiologiques, etc., afin de montrer la richesse de cette notion et de son impact dans la relation de l'homme à lui-même. Nous ferons un rapide examen, dans la troisième section, du toucher dans la phénoménologie husserlienne. Notre objectif sera de montrer que si, dans les textes dédiés à la constitution de soi comme chair, Husserl met en valeur l'importance du toucher, à l'opposé dans les textes dédiés à la constitution de l'autre, et alors même que ces deux thèmes sont très souvent abordés conjointement (Husserl, 1982, 2001), la valeur potentielle du toucher y est inaperçue. Cette étude nous amènera alors à aborder de front l'étude du toucher manuel, depuis les soins infirmiers jusqu'à la somato-psychopédagogie. Ce sera l'occasion de montrer la valeur de notre hypothèse relative à l'importance du cadre expérientiel comme condition d'apparition de phénomènes spécifiques. Le toucher, premiers affleurements Avant d'aborder la pratique manuelle du toucher, comme relation à l'autre et comme soin, considérons d'abord le toucher dans sa réalité première de sens extéroceptif, de sens qui nous met en relation avec le monde et autrui, comme action et comme acte de mise en relation. Un sens de la confrontation avec le monde La philosophie, quand elle cherchait à déterminer les conditions de notre connaissance du monde, a très tôt étudié et comparé les différents sens. La confrontation a souvent tourné autour des mérites et caractéristiques du toucher et de la vue (Lories, 2003 ; Marin, 2003). On peut distinguer deux écoles opposées. D'un coté, les philosophes qui soutiennent que le toucher est le sens fondamental, de par son caractère de confrontation directe avec les choses (Aristote, Condillac, Maine de Biran, Dilthey…) ; par exemple, H. Jonas, phénoménologue du XXème siècle, reprenait cette idée : « Ainsi le toucher est le sens dans lequel a lieu la rencontre originelle avec la réalité en tant que réalité […]. Le toucher est le véritable test de la réalité. » (Jonas, 2000) Tandis que, de son coté, Focillon, dans son Éloge de la main, développait : « La possession du monde exige une sorte de flair tactile. La vue glisse le long de l'univers. La main sait que l'objet est habité par le poids, qu'il est lisse ou rugueux (…). Le toucher emplit la nature de forces mystérieuses. Sans lui, elle resterait pareille aux délicieux paysages de la chambre noire, légers, plats et chimériques. » (Focillon, 2004) Dans l'autre école, on trouve des philosophes qui estiment que la vue, de par sa mise en distance des choses, est le sens le plus noble et surtout le plus en rapport avec la pensée (Platon, Descartes, Hegel, par exemple). Il faut bien reconnaître que la philosophie a d'ailleurs en partie hérité de cette prééminence de la vue : theoria, en grec veut dire contemplation, et donc l'activité philosophique était approchée comme un « pur voir », pour reprendre l'expression de Husserl. D'où l'exclusion de tout autre nature d'activité réflexive, comme le notait en son temps, Maine de Biran : « C'est en ramenant au sens de la vue les principes et la langue de la psychologie qu'on a pu être conduit à en exclure les faits de réflexion ou d'aperception interne, et à mettre ainsi tout le système intellectuel en représentations, toute la pensée en images. » (Maine de Biran, 2002) Pour justifier les limitations du toucher, Ravaisson, philosophe français du XIXe, reprenait cette posture classique : « L'œil est l'organe de l'infini. La main est réductrice, ce que je peux toucher est limité, de fait, par la surface de ma main, par l'étendue de mon bras. » (cité par Marin, op. cit., p.103) Et pourtant ce même Ravaisson reconnaissait le caractère exemplaire du toucher en tant que racine de la pensée : « Le toucher est image de la pensée, en ce qu'il est cette opposition de l'activité et de la passivité, double expérience simultanée d'un être objet et sujet. La réflexivité du toucher est métaphorique de celle de la pensée. » (Ibid, p. 106) Cette dernière remarque du philosophe nous ouvre la voie à l'introduction d'une des dimensions les plus surprenantes du toucher, son caractère double : à la fois passif et actif, à la fois action et réception, à la fois sens perception et affection. Nous avons donc choisi le terme de doublitude, pour tenter de circonscrire, déjà au niveau de la physiologie cette particularité. Nous y reviendrons. L'intérêt de cette présentation est aussi de mettre en lumière des thèmes présents dans l'analyse philosophique de l'expérience du toucher : le toucher comme relation au monde mais aussi, et peut-être surtout, les liens entre toucher et pensée, ou même d'envisager la nature d'une pensée tactile. Un sens de l'apprivoisement du monde Au delà de cette brève enquête philosophique, qu'il faudrait bien sûr amplifier, cette notion de « doublitude » nous montre aussi que « le » toucher n'est pas une notion simple, primitive, qu'il emporte avec lui une réalité complexe, et qu'il mérite une étude précise et approfondie. Le toucher, en nous donnant la sensation de la réalité, nous permet par là même d'en découvrir l'infinie variété grâce à ses possibilités multiples : Je sens la dureté, la souplesse de ce que je touche, mais aussi je sens le froid, le chaud, le doux, la texture de ce qui me touche. Et, par le toucher, je prends, j'agrippe, je glisse ma main, je soupèse, je palpe. Donc, non seulement je me confronte avec la réalité, mais je la rencontre, j'en découvre la richesse, je l'apprivoise. Puisque le mot toucher est aussi bien un nom qu'un verbe, commençons par cette distinction. Il y a donc la notion de toucher comme sens, un sens qui nous met, au même titre que la vue et l'audition, en relation avec le monde ; et comme les autres sens, cette relation est passive, mais avec cette particularité que c'est notre corps dans son entièreté qui est réceptacle et non un organe localisé comme l'œil et l'oreille. Puis, il y a le toucher comme acte, l'entrée en relation active avec le monde ou autrui, par la médiation principale de la main, cette fois-ci organe précis et sophistiqué de préhension. Avec cette double distinction de réception passive et d'acte volontaire, nous découvrons une première distinction ou dualité fondamentale, dans le toucher lui-même. Le toucher passif, appelé somesthésie (Craig, Rollman, 1999 ; Roll, 1995), s'oppose donc au toucher actif, dénommé à la suite du physiologiste J. Gibson, toucher haptique (2001). De plus, l'on sait aussi, toujours suite aux travaux de Gibson, que la somesthésie elle-même se compose d'informations variées issues de la sensibilité générale (pression, contact, chaud, froid, ainsi que les voies de la douleur) et d'informations proprioceptives (Roll, op. cit.). Le toucher est loin d'être une simple perception : il est en lui-même pluri-modalitaire et même pluri-fonctionnel. Par exemple, l'étude fonctionnelle du toucher faite par Lederman et Klatsky (Hatwell, Streri, Gentaz, 2000) montre que le toucher haptique, l'acte de toucher, recouvre des fonctions multiples, qui vont bien au-delà de la simple prise. Le rapport au monde par la main est un rapport élaboré et nuancé : c'est à travers les possibilités variées de frottements, pression, contact, enveloppement, suivi des contours que le geste manuel est à même de distinguer texture, dureté, température, poids, volume et forme globale (Ibid). Ce qui nous fait dire que pour sentir, il faut toucher. Et, dans ces actes, sont mis en jeu d'abord la pulpe des doigts, les phalanges, la main et sa paume, puis le poignet, les deux mains ; pour faire ensuite intervenir, les bras mêmes dans leur entièreté. Ainsi, ces études fonctionnelles montrent que toucher et proprioception sont intimement liés, comme Gibson s'en est fait l'avocat. Cette rapide présentation nous suffit pour pointer l'intérêt dans le cadre de notre projet de réflexion, de formation et de pratique clinique. En effet, on réalise que le geste technique n'est pas « toucher », il est prise, effleurement, enveloppement, palpation, pression, douceur, mobilisation, imprégnation ; et que ce monde de gestes appelle naturellement une étude en rapport avec notre pratique professionnelle manuelle — apprentissage, maîtrise, affinement, nuancement du geste manuel… Les doublitudes du toucher Le toucher possède un autre aspect double tout aussi spécifique, le fait que « pour toucher, il faille aussi être touché ». Pour sentir ce que je touche — du côté de l'objet —, il faut que je sente, moi-même, ce que je touche. Dans les mots de Gibson : « L'équipement pour sentir est anatomiquement le même que l'équipement pour faire. » (Gibson J.J., op. cité., p. 102) Ce point, déjà relevé par Aristote dans De l'âme, continue aujourd'hui d'être évocateur. Gibson voit dans ce fait une opposition qui est, pour lui, à l'origine d'une sorte de transparence de ses propres sensations tactiles : « Il est un fait remarquable que lorsque l'homme touche quelque chose avec un bâton, il le sent au bout de ce bâton, et non dans la main. » Et donc, « les sensations de la main, à proprement parler, ne sont pas importantes » (Ibid, p. 103). D'autres auteurs ont qualifié ce phénomène d'immersion dans l'expérience (Lenay, 2005 ; Polanyi, 1974). Notre expérience du toucher en somato-psychopédagogie nous amène à questionner cette évidence. À notre sens, et c'est pour cela que nous avons choisi le terme de doublitude, il ne s'agit pas d'une opposition d'essence, mais plutôt d'un fait non interrogé. Notre argument majeur est que ce phénomène résulte plutôt du cadre d'expérience dans lequel notre perception habituelle, « naturaliste », est effectivement immergée. En anticipant quelque peu, l'un de nos objectifs est de montrer qu'un cadre d'expérience autre, que D. Bois qualifie d'expérience extra-quotidienne (Bois, 2006a, 2007), permet justement de tenir compte à la fois des sensations tactiles de l'objet visé (quel qu'il soit) et des sensations tactiles que je ressens, en tant qu'acteur du geste. Cela demanderait de rentrer plus profondément dans l'expérience du toucher, d'en faire une description précise, à la première personne, afin d'en extraire les paramètres pertinents. Relevons juste, dans le cadre de cet article et en rapport avec la question soulevée, l'importance de la double attitude expérientielle, proposée par D. Bois, du « je qui vis, ou sens » et du « je qui observe ». Ce double « je », présent dans l'expérience du toucher développée en somato-psychopédagogie, est, selon nous, la clé d'analyse pour dépasser les limitations d'une observation « naturaliste ». relation à autrui Doublitude, encore Cette notion de doublitude nous amène à déployer la nature du toucher au-delà de sa valeur comme sens. Le toucher nous révèlera sa nature propre dans sa fonction de relation aux autres, pas seulement dans sa fonction de relation aux choses. Si nous disions plus haut que pour sentir, il faut toucher, nous pouvons ajouter maintenant que pour toucher, il faut être touché (Field, 2003 ; Le Breton, 2003). Comme le pointe D. Le Breton : « Le vocabulaire du toucher métaphorise de manière privilégiée la perception et la qualité du contact avec autrui, il déborde la seule référence tactile pour dire le sens de l'interaction. » (Le Breton, op. cité) Je suis touché, comme quand ma main me touche, me révèle moi, révèle mon corps comme mien. Ce fait même réclame de dépasser l'étude physiologique, l'analyse de données objectives, pour nous tourner vers l'appréhension des vécus subjectifs. Il est, donc, une autre doublitude, encore plus incontournable pour notre projet : la doublitude du sens même du terme « toucher ». Je suis touché connote aussi un état, mental ou corporel, un sentiment, autant qu'un fait physiologique. Nous voudrions souligner tout d'abord que cet état ne relève pas pour nous d'une émotion, même si celle-ci peut être présente, mais bien plutôt qu'elle signe quelque chose d'une vérité sur la nature même du toucher. C'est là que se dévoile l'ampleur d'une étude du toucher : à la fois geste — je touche — et résonance — je suis touché. Si ce phénomène a été souvent relevé dans la littérature (par exemple : Vinit, Field, Hatwell), nous faisons remarquer qu'être touché n'est pas à envisager simplement comme effet, mais plutôt comme posture qui construit le rapport à l'autre dans le geste. Être touché n'est donc pas non plus à entendre comme émotion ou sensualité mais comme attitude de prendre soin. Un sens du soin, une ouverture à l'être Prendre soin par le toucher, c'est déjà présent dès la naissance et essentiel pour la construction de l'identité du bébé. Depuis les travaux pionniers de Montagu (1979), de nombreux travaux récents en psychologie et neurosciences cognitives en ont évalué l'importance fondamentale. Daniel Goleman, dans un article du New York Times, présente le bilan des travaux du centre de recherche américain entièrement dédié à l'étude du toucher, autour de Tiffany Field (2000), à l'université de Miami : « Le toucher est un mode tellement critique que son absence retarde la croissance de l'enfant, avancent les chercheurs qui ont déterminé pour la première fois les impacts neurochimiques du contact de peau à peau. (…) Les études sur la physiologie du toucher viennent alimenter un courant continu de recherches sur les bénéfices psychologiques du toucher pour le développement émotionnel. » (Goleman, 1998) T. Field conclue ainsi : « Nous nous touchons trop peu. Le contact de corps à corps entre parents et enfants est pourtant tellement bénéfique, jusqu'à l'adolescence. » Prendre soin, suivant en cela B. Honoré (2003), ce n'est pas simplement voir le soin comme soigner un symptôme ou une maladie, mais prendre soin de la personne. Le toucher est le lieu privilégié, nous semble-t-il, de cette fonction. Par exemple, B. Dolto [4], médecin, écrit : « Les mains du masseur perçoivent vraiment au-delà de toutes les données scientifiques, la présence concrète de l'être de chair et de sang. » (Dolto, 1988) L'expérience de toucher est une expérience de l'humain ; le toucher est bien le toucher de l'autre, la rencontre avec une personne, mais c'est aussi la rencontre avec l'humain, l'humain de soi et l'humain de l'autre. Une rencontre qui dépasse la mise en jeu de dimensions psychologiques ou personnelles, pour nous faire accéder à ce qui nous fait, nous tous, sujets. On retrouve cette idée dans ce passage, tiré du livre de D. Trumbo, Johnny s'en va-t-en guerre, qui relate l'expérience d'un soldat gravement blessé : « Elle se décida à le masser et il apprécia le toucher doux et agile de ses doigts (…). Un jour il sentit le changement au bout des doigts à la tendresse du toucher, il sentit de la pitié et de l'hésitation et un amour très vaste qui n'était pas un échange qui se faisait de lui à elle ou d'elle à lui mais plutôt une sorte d'amour englobant toutes les créatures vivantes et qui essayait de les soulager un peu, de les rendre un peu moins malheureuses. » (cité par Le Breton, op. cité, p. 237) Il nous faut donc explorer en quoi le toucher est aussi ce qui me fait sujet : je me découvre par le toucher, et le toucher de l'autre. Est-ce par l'importance, classiquement reconnue de la peau, comme contour de soi, délimitation (Anzieu, 1995) ? Est-ce par le rappel d'un enveloppement maternel et maternant, comme l'avance D. Le Breton [5] Est-ce parce que le toucher est la mise à jour des liens entre corporéité et biographie de la personne [6] Pour notre projet, le point important nous semble être le suivant : au-delà d'une approche humaniste, découvrir qui l'on est, l'expérience du toucher du Sensible me fait découvrir moi, non pas comme je suis, mais comme je ne me connais pas encore. En même temps, c'est moi et, en même temps, ce n'est pas moi comme je me connais. L'expérience du toucher est peut-être, non pas seulement une expérience du présent (ce qu'elle est aussi), mais une expérience qui me révèle dans une potentialité, une expérience, donc, du devenir. Est-ce ce dépassement des dimensions simplement humaines qui débouche sur un ‘être profond' dont parle Levinas quand il écrit : « Le contact est exposition à l'être »(cité par Le Breton, op. cité, p. 232) ? Le toucher semble avoir aussi cette dimension dans les mots de D. Bois : « Le toucher est ce qui nous permet de combler l'espace entre la personne et son être profond. » (Bois, 2006b). Phénoménologie du toucher, un toucher du sujet Il y a donc, dans le toucher, tact et contact, accueil et réception, acte et ressenti, implication et ouverture. Il y a ce que je touche et ce qui me touche, ce que je découvre de l'autre et ce que je donne de moi. Et puis, il y a les liens d'essence entre toucher et corps : le toucher est le toucher du corps de l'autre et le toucher est ce qui n'existe pas sans mon propre corps, corps acteur et corps résonance, corps objet et corps sujet. Dans le champ de la philosophie, corps et toucher ont toujours joué un rôle pivot fondamental dans les analyses de Husserl, fondateur de la phénoménologie. C'est donc vers lui que nous nous tournons dans cette section. Retour à la phénoménologie : la doublitude entre Körper et Leib La question du corps provient de l'analyse de la perception : l'accès au monde se fait par le corps, toute perception repose sur les kinesthèses, actives et passives. Et, comme la phénoménologie est à la fois une philosophie de la conscience et une philosophie du sens, la question se pose de savoir la nature de conscience que j'ai de mon propre corps et le sens qui se dégage de cette relation privilégiée avec mon propre corps. Très tôt, Husserl opère la distinction entre un corps objet (Körper), d'une part, un corps comme objet physique, corps objet au même titre que les autres corps et, d'autre part, mon corps, le corps que je vis comme mon propre corps, qu'il dénomme alors corps vivant, ou corps-chair (Leib) : « Je découvre, dans une distinction unique, mon corps organique, à savoir comme l'unique corps qui n'est pas simplement corps (Körper), mais justement corps charnel (Leib). » (Husserl, 1982) Cette distinction ne doit pas être pensée comme une opposition, puisque de toute façon je n'ai qu'un corps, mais relève plutôt de ce que j'ai appelé une doublitude, deux aspects clairement distincts d'une même réalité, mais qui ne peuvent exister l'un sans l'autre. Cette distinction est fondamentale et marquera toute la tradition phénoménologique. Reste évidemment à préciser la distinction et les rapports entre ces deux (rapports au) corps, et à décrire la nature de ce corps-chair, comment je le découvre et comment je le vis. Husserl propose les distinctions suivantes. Husserl parle d'abord de la chair comme « cette chose (…) qui demeure dans tous ses ‘mouvements' une unité originairement présente pour moi, qui a, pour moi, le caractère d'une auto-donnée. » (Ibid) Il y a donc, comme fondement, une relation d'évidence, de présence, un fait primitif, pour reprendre l'expression de Maine de Biran. Cette auto-donation se décline dans trois dimensions complémentaires. Il est ce par quoi mon rapport au monde s'installe : « Aucun objet perceptible du monde ne peut m'être donné sans que je sois moi-même présent ‘corporellement' : la présence de l'objet lui-même ‘en chair et en os' n'est possible que par ma propre présence charnelle. » (cité par Kelkel, 2002, p. 213) Ensuite, ma relation à mon corps se traduit par un « je peux » : « Il est l'unique objet que je commande et sur lequel j'exerce mon pouvoir de manière immédiate. » (Ibid) Enfin, il est porteur de sensations, le lieu d'affects, toute une dimension de passivité que Husserl a exploré longuement. (2001) On retrouve donc, dans ces analyses, ce même mélange d'activité et de passivité, ces doublitudes permanentes, dont nous avons déjà parlé. Enfin, et comme une synthèse de ces propriétés, pour Husserl, la chair incarne une vie psychique : « Mon corps propre est le seul corps par lequel je perçoive, de manière absolument immédiate, l'incarnation d'une vie psychique, d'une vie qui est ma propre vie. »(Husserl, 1982) Le toucher comme constitution de soi Dans ce contexte, Husserl a toujours accordé au toucher une place privilégiée, avec l'idée que c'est le toucher qui ‘constitue' le corps comme chair : « Le corps propre ne peut se constituer en tant que tel originairement que dans le toucher et dans tout ce qui trouve sa localisation avec les sensations de toucher. » (Ibid) La raison en est que, justement, le toucher est porteur de la doublitude que nous avons évoquée : « La sentance tactile n'est pas un état de la chose matérielle main, mais précisément la main elle-même, qui pour nous, est plus qu'une chose matérielle. » (Ibid) A l'appui de sa thèse, Husserl utilise l'expérience, maintes fois reprise, de la main touchante et de la main touchée, l'expérience de « ma main qui touche mon autre main ». (Husserl 1982, 2001 ; Behnke, op. cité ; Merleau-Ponty, 1965 ; Franck, 1981 ; Petit, 1996 ; Henry, 2000) Ce qui nous intéresse pour notre projet est l'expérience en elle-même. Sur ce point, la description de Husserl est elliptique. On en connaît l'effet — la rencontre de sa main comme chair — mais qu'en est-il de l'expérience elle-même ? À ma connaissance, seul E. Behnke en donne une description un peu plus détaillée, avec un certain nombre de variantes intéressantes (Behnke, op. cité). En tant que praticien, nous ne pouvons pas nous empêcher de tenter l'expérience. Les premiers essais nous font voir que cette expérience est plus complexe qu'elle n'y paraît. En voici une description comme nous l'avons faite en post-immédiateté, entrecoupée de notations pertinentes pour l'analyse de l'expérience. Commençons la description : « Je pose ma main sur mon autre main. Mais, au fait, quelle main ? Je me rends compte que je commence toujours par mettre la main gauche sur la main droite, et pas l'inverse… Ah, et puis c'est sur la main, et pas dans la main. Et, je la pose comment ? » Premiers gestes, premières interrogations ! « Je pose ma main gauche délicatement sur ma main droite. Au début, je ne bouge pas. J'exerce juste une pression que je connais bien, la pression de relation. Je sens très vite la différence de température entre mes deux mains, différence qui me révèle leur présence réciproque. Non, en fait c'est bien la main touchante qui perçoit la différence de température de l'autre main. » L'acte conditionne le regard perceptif… Et la main touchée n'est pas perçue spontanément comme chair. « J'attends un peu, j'exerce une attention un peu soutenue, je maintiens mon attention sur ce qui se passe sous ma main touchante ; puis, en fait, je me rends compte que chercher à sentir provoque de légers mouvements de mes doigts, ils palpent, tâtent, poussent un peu le derme. Ces micro-mouvements me font apparaître progressivement l'identité de contours et de présence de la main touchée. » Ce n'est donc que dans un deuxième temps, par une attention un peu soutenue, et par une action spécifique de la première main, que la main touchée nous révèle sa ‘concrétude de chair' (Bois, 2007). « Dès que ma main touchée apparaît dans sa présence, les sensations évoluent d'elle-même : le derme n'est pas uniforme, des petites pulsations apparaissent. » On est dans la découverte de l'animation des tissus. « Progressivement, cette présence de ma main touchée se donne dans un volume, avec une qualité et une épaisseur. Je prends alors conscience que c'est ma main que je touche. » Je continue ma réflexion juste après l'expérience : « Mais comment je sais que c'est ma main ? Il me semble donc que ce soit le volume de matière, sa présence, sa chaleur, donc l'animation interne, qui génèrent ce sentiment et ce sens. De plus, il me semble que c'est aussi par re-connaissance, je re-connais ma main parce que je la connais, le ressenti réanime cette présence connu. » Cette réflexion fait écho à nos remarques sur l'importance du toucher comme relation à l'autre, ou relation par l'autre. En effet, ici, je me touche moi et je me reconnais donc moi ; quand je suis touché par l'autre, je me découvre autrement, le toucher me révèle dans un sentiment qui n'est pas forcément la seule reconnaissance de moi. Cela nous apparaît comme un point fondamental pour notre projet d'une philosophie du contact. Qu'en est-il de la réciprocité entre mes deux mains ? « Tout en ressentant la présence de ma main touchée, je me pose la question de l'effet dans ma main touchante de cette présence. Mais rien de particulier. Ah, si je remarque la prépondérance de ma main active. Les rôles semblent bien répartis ! » La réversibilité de l'expérience nous semble loin d'être immédiate. « Je reprends l'expérience depuis le début, en m'attachant à laisser venir la main touchée plus librement. Je me rends compte que, du coup, je change d'orientation d'attention. Je me dégage, en quelque sorte, de ma main touchante pour me tourner vers ma main touchée, et seulement maintenant, je découvre une activité d'exploration de la main gauche (ma main touchante de départ) par la main droite (ma main touchée de départ). » La réversibilité nécessite donc tout un travail de désengagement, de redirection de l'attention vers l'autre main, et de réengagement d'une intention de se ‘tourner vers' la première avec la main touchée. Mais que se passe-t-il ensuite ? « Je découvre que mon attention, et donc les sensations les plus palpables, bascule d'une main à l'autre, lentement mais régulièrement. Alors, je stoppe (en fait, je me pose un point d'appui…) et j'attends. Mes deux mains commencent à prendre leur présence propre et en même temps, la présence de l'une augmente la présence de l'autre. » Réversibilité et réciprocité ! Arrêtons-là ces quelques remarques, qui demanderaient, bien sûr, à être amplifiées et précisées. Cette exemple est un début élémentaire d'une telle description possible, qui illustre à la fois le contenu de l'expérience, la mise en lumière en temps réel des actes attentionnels posés, et la découverte de faits élémentaires de sensations. Elle est aussi un rappel de notre hypothèse de départ sur l'importance du cadre d'expérience, des conditions d'accès, en tant qu'ils conditionnent les phénomènes à observer. La constitution d'autrui On sait que la question que se pose Husserl, une fois montré comment la chair se constitue, est de savoir comment constituer l'autre comme une autre chair. Je peux, je sais, me percevoir comme chair ; mais comment décrire autrui en tant que chair, et non pas en tant qu'objet comme les autres objets ? Je peux le voir faire, bouger, parler ; je peux me douter qu'il pense, qu'il ressent, mais je n'ai pas accès directement à sa vie psychique, à sa chair. Mais alors, par quels phénomènes particuliers, spécifiques, puis-je construire l'autre comme subjectivité animant un corps ? Ce problème, qui semble difficile voire insoluble, D. Franck le formule ainsi : « L'aperception d'autrui trouve sa confirmation dans une présentation fonctionnant comme indice d'un imprésentable. » (Franck, op. cit.é) Il y bien présentation d'autrui, devant moi, mais comme corps. Je peux construire l'autre comme corps, comme je construis n'importe quelle chose du monde, par esquisses et synthèse d'esquisses. Mais, ma chair, je suis en relation avec elle non pas par morceaux, mais par ‘aperception immédiate', pour reprendre l'expression de Husserl. Alors si ma chair est cette auto-donnée, quelle auto-donnée me donne accès à l'autre comme chair ? On trouve dans les écrits de Husserl, s'étalant sur les vingt dernières années de sa vie, une multiplicité de tentatives pour circonscrire ce problème : saisie analogisante, empathie de Lipps, puis critique de la théorie de la simulation de Lipps, apprésentation, com-présentation, couplage (Husserl, 2001 ; Franck, op. cité ; Petit, op. cité)… Sans entrer dans les détails, nous ferons juste remarquer que ces tentatives se font avec l'idée que c'est une conscience qui constitue le rapport à l'autre, c'est la conscience, transcendantale ou autre, qui constitue le sens d'autrui. L'intérêt du livre de D. Franck est, après avoir exposé les différents essais de Husserl, de défendre l'idée qu'il faut lier la question de la chair à celle de l'intersubjectivité : « La présence de l'alter ego est au cœur même de l'ego. » (Franck D., op. cité). Il soutient alors que la chair est chair grâce à l'existence d'autres chairs : « La limite de ma chair, c'est une autre chair ; cette limite n'est pas extrinsèque à ma chair, au contraire, elle en procède. (…) La relation à l'autre chair est une composante de sens de la mienne propre. » En étendant la réflexion de Husserl sur le toucher comme sens constitutif, il propose : « Si ma chair se constitue originairement dans le tact (…), cela vaut a fortiori pour l'autre chair. Aussi la relation charnelle, la référence d'une chair à l'autre, est-elle premièrement con-tact. » (Ibid) Seulement ce con-tact est envisagé par D. Franck selon deux seuls modes qui sont la caresse et le choc : le choc comme rencontre de confrontation et la caresse comme rencontre d'échange, la relation sexuelle devenant alors la relation de toucher fondamentale constituant l'intersubjectivité. Nous avons évoqué, ci-dessus, le fait que Husserl envisageait la problématique de la chair comme constitution de soi, en tant que singularité, porteur d'une vie psychique personnelle. Cependant, d'autres auteurs, comme A. Kelkel, ont proposé de voir dans les écrits de Husserl un autre thème lié à la question de la chair : « Tout se passe comme si pour Husserl, avant toute intersubjectivité des consciences, il y avait une communauté des corps de chair, une ‘intercorporéité', sur laquelle Merleau-Ponty attirera l'attention. » (Kelkel, op. cité, p. 221) Ce n'est pas le lieu, mais nous voulions pointer le fait qu'il nous faudrait maintenant déployer la pensée de Merleau-Ponty sur cette question depuis son dernier ouvrage, Le Visible et l'invisible. Ces quelques remarques sont là plus pour poser et circonscrire le problème de l'intersubjectivité que pour le résoudre. Mais elles nous semblent suffisantes pour montrer l'intérêt d'une analyse du toucher manuel, dans le cadre d'une relation intersubjective. Il reste donc beaucoup à dire sur le lien entre toucher de soi, toucher de l'autre et inter-corporéité ! Toucher et relation thérapeutique Nous pouvons aborder notre dernière partie, qui constitue aussi la cible de notre recherche, en présentant les nombreuses classifications des différents types de toucher qui existent dans la littérature. (Eastabrooks, Morse, 1992 ; Chang, 2001 ; Routasalo, 1999). Dans sa revue, Routasalo en dénombre plusieurs dizaines, mais au-delà de cette diversité apparente, la plupart des auteurs caractérise les types de touchers suivant leurs fonctions ou objectifs. Émergent alors trois catégories de touchers : le toucher en tant que technique ; le toucher en tant que relation ; le toucher en tant que communication. Une remarque en passant : seul Weiss (1979), à notre connaissance, différencie les types de touchers suivant des caractéristiques propres au toucher lui-même : durée, pression, etc. Une classification qui nous semble très pertinente. Certains auteurs distinguent également ce qu'ils appellent le toucher thérapeutique, qui regroupe des touchers non classiques comme le ‘toucher massage', le ‘toucher sensitif', ou encore l'haptonomie (Hiéronimus, 2007 ; Abrassart, 2004 ; Veldman, 2007). Enfin, nous pourrions aussi ajouter les types de touchers dit ‘énergétiques' « qui englobent les pratiques agissant sur une dimension corporelle située au-delà de la perception physique habituelle » (Vinit, op. cité, p. 99 ; Chang, op. cité), que Chang appelle aussi « toucher cosmique ». Dans le cadre de cet article, nous laisserons de coté ces deux derniers types de toucher. Le toucher technique est encore appelé toucher fonctionnel, ou procédural, ou utilitaire, ces dénominations exploitant son rôle d'être dédié à une tâche précise. Le toucher de relation est aussi dénommé toucher de sollicitude, social, réconfortant, ces dénominations pointant cette fois le caractère de lien à établir entre le praticien et son patient. Le troisième type de toucher marque l'importance dans le toucher de ce qui se transmet entre le patient et le praticien, donc de ce qui émerge en plus de la relation établie. Pour que cette classification serve un projet de recherche, il faut préciser et développer cette catégorisation descriptive en déterminant des critères ou des paramètres pertinents à même de différencier les différents types. Mais, pour cela, nous allons d'abord présenter la catégorisation établie par D. Bois dans ses travaux de recherche : main effectrice, main percevante, main Sensible (Bois, 2006c ; Bois, 2007 ; Bourhis, 2007 ; Courraud, 2007). Cette catégorisation s'appuie au départ sur les distinctions présentées ci-dessus mais a surtout pour but de faire le lien entre type de toucher et type de relation au corps, pour reprendre l'idée soutenue par F. Vinit : « La manière dont le patient se trouve touché par le thérapeute définira alors pour une large part l'expérience qu'il fait de son corps. » (Vinit, op. cité, p. 121) Ainsi, D. Bois associe à ces trois mains, trois types de relation au corps : le corps objet, le corps sujet et le corps Sensible. Nous voulons ainsi montrer que cette étude permet à la fois d'unifier et de contraster les touchers dans leur fonction et dans leurs effets. Cette démarche variationnelle qui accompagne notre hypothèse de départ, à savoir la correspondance entre cadre expérientiel et phénomènes observables nous amènera naturellement à la présentation du toucher propre au Sensible. Pour chaque type de « main », nous utiliserons principalement comme critères : l'intention du geste, le type d'attention requis, le type de posture du praticien, ou les compétences mobilisées (savoirs et savoir-faire). Ces critères concernent le praticien, mais nous pouvons aussi utiliser des critères visant le type d'effet recherché, ou encore ce qui est mobilisé chez le patient, et donc, par exemple, le type de rapport au corps qui en découle. Ces critères ne sont pas arbitraires mais reposent sûr l'analyse de notre expérience. Leur validité repose sur l'éclairage qu'ils peuvent donner aux pratiques de toucher, que nous allons présenter maintenant. La main effectrice et le toucher technique Le premier niveau de toucher correspond à la fonction technique associée aux différents touchers manuels (Bonneton-Tabariès, Lambert-Libert, 2006 ; Van Manen, 1999 ; Bois, Berger, 1990). Il s'agit par exemple, dans le cadre des soins infirmiers des porter, palper, ou autres enveloppements ; ou, dans le cadre d'une thérapie manuelle, des différentes prises manuelles du corps, des pressions possibles, etc. Dans ce type de geste technique, l'intention du praticien est tournée vers le symptôme, la réussite étant liée à celle du geste technique ; Van Manen appelle ce type de toucher un toucher gnostique (op. cité). Le praticien s'efface au profit de son geste, et le patient n'existe que comme problème. Nous retrouvons ici en quelque sorte la notion d'immersion dans un geste effectif dont nous avons parlé dans notre première section. Dans le cadre de la relation d'aide manuelle, la pratique du toucher mobilise de nombreux savoirs : connaissances des éléments anatomiques, repères manuels, protocoles de traitements. Mais, il s'agit aussi d'acquérir une expertise dans des savoir-faire : types de prises, engagement et gestion de la posture, par exemple. La main utilisée est une main active, le praticien s'appuie sur les nombreux paramètres articulaires disponibles : phalanges, paumes, poignets, prono-supination… Les effets produits sont de l'ordre de la mobilisation tissulaire, du relâchement musculaire, de la détente et du soulagement des symptômes et des tensions physiques. En revanche, l'engagement du praticien en tant que personne est réduit au minimum, aucune demande autre que le respect du patient. La main-sujet et le toucher de relation La notion de toucher de relation se rencontre dans la littérature concernant la relation d'aide (par exemple : Bonneton-Tabariès, Lambert-Libert, op. cité ; Dolto, op. cité ; Van Manen, op. cité ; Vinit, Op. cité ; Hiéronimus, op. cité). Le toucher de relation commence quand le soignant dépasse l'aspect technique de son geste pour prendre en compte la réalité de son patient. Ce type de toucher est souvent présenté comme la part « noble » des soins infirmiers, même s'il est peu généralisé en institution. On trouve de nombreuses caractérisations de ce toucher dans la littérature : « Par le toucher relationnel, le patient peut enfin se sentir considéré et ‘pris' dans son ensemble, reconnu comme un être à part entière. » (Bonneton-Tabariès, Lambert-Libert, op. cité, p. 85). M. Van Manen précise : « Le patient attend premièrement de cette main qu'elle soit soignante, qu'elle prenne soin (« a caring hand »), c'est-à-dire non seulement qu'elle touche le corps physique, mais aussi le soi, la personne incarnée, dans sa totalité. » (Van Manen, op. cité, p. 22, notre traduction). Ou, dans les mots de D. Bois : « Ainsi, lorsqu'on touche un corps, on ne touche pas seulement un organisme mais une personne dans sa totalité ; on ne s'adresse pas à un cœur, un foie, un os, mais à un être vivant, avec ses peurs comme avec sa potentialité. » (Bois D, 2006, p. 72) Dans un cadre de soin, l'objectif de ce type de toucher est selon Van Manen : « …de réunifier le patient avec son propre corps. (…) Et cela rend de nouveau la vie du patient vivable, quelque soit la façon dont celui-ci va l'apprendre. » (Ibid) D. Le Breton lui fait écho : « Quand l'existence se dérobe, le contact d'une personne signifiante, affectivement investie, incarne une limite d'existence, un contenant, et restaure une valeur personnelle battue en brèche par la maladie ou l'âge. » (Le Breton, op. cité, p. 237) L'objectif est donc clairement existentiel, et non pas tourné vers le symptôme. L'attitude réclamée du praticien est alors plus exigeante. Ainsi, Tournebise soutient : « La main se pose comme une oreille de ‘l'âme' dans le projet ‘d'entendre' le patient. C'est un ‘toucher d'écoute', un ‘toucher rencontre', un ‘toucher validant', un toucher ‘reconnaissant'. (…) Le projet est un projet d'écoute et de reconnaissance, en aucun cas ce n'est un projet de pouvoir (même pas un pouvoir ‘pour le bien du patient'). » (Tournebise, cité par Courraud, op. cité, p. 48) Cette main à l'écoute réclame de la part du praticien : une disponibilité et donc une présence ; une certaine stabilité (psychologique) nécessaire pour recevoir et donner, toucher et être touché ; une forme de distance, qui représente à la fois la manière d'être impliqué et de garder la neutralité nécessaire à la réussite de l'acte de soin. (Voir, par exemple, Charpentier, 2003) Ce mélange délicat est l'un des obstacles les plus fréquemment rencontrés par les professionnels du soin : « Piégés entre les préceptes contradictoires ‘d'empathie' (se mettre à la place) et de ‘distance professionnelle' (ne pas trop s'impliquer), les soignants peinent à se positionner. Soit ils se rapprochent et se trouvent dans une éprouvante affectivité, soit ils mettent de la distance et se désinvestissent. » (Tournebise, cité par Courraud, op. cité, p. 60) L'engagement du praticien est pourtant incontournable : « Toucher, c'est s'engager, s'impliquer dans la relation avec l'autre, car votre main qui touche reflète vos sentiments profonds et ne peut tromper comme la parole. » (Bonneton-Tabariès, Lambert-Libert, op. cité, p. 94) Contrairement au toucher technique, le cœur du toucher de relation n'est pas de l'ordre des savoir-faire mais concerne la posture du praticien et fait plutôt appel à des savoir-être. La main sujet en somato-psychopédagogie, ou la main percevante Mais comment réaliser cet objectif ? L'accent est mis sur l'attitude du praticien — la fameuse ‘empathie' —, plus que sur le geste technique. Mais, dans la pratique, dans l'optique de la construction d'une expertise, comment s'y prend-on ? La somato-psychopédagogie apporte son propre regard : l'accent n'est pas seulement mis sur la posture du praticien, mais sur le geste lui-même et les effets recherchés. Ainsi D. Bois précise : « La main épouse le volume musculaire, prend contact avec la présence de l'os, concerne une globalité et une profondeur qui font que la personne se sent d'emblée écoutée et prise en compte dans qui elle est. » (Bois, 2006a) La main-sujet rencontre bien une personne par l'émergence d'un corps-sujet, et cela, par l'accès au mouvement interne du patient : « Mais surtout, au-delà de cet enveloppement, la main sollicite le mouvement interne qui donne à la personne la perception de sa consistance propre à travers la rencontre de sa matière corporelle. » (Ibid) De plus, c'est le suivi du mouvement interne, et la relation que le praticien instaure avec celui-ci, qui fait de sa main une main percevante, comme le décrit H. Bourhis : « Sur la base de ces indicateurs internes, l'étudiant repère et évalue en direct de son action thérapeutique les différents degrés de transformation de l'état intérieur du corps qui se trouve sous ses mains. Du plus superficiel au plus profond, il perçoit des changements d'état de nature physique, psychique et sensible, selon une graduation des degrés de conscience qui accompagnent en direct le processus de changement interne. » (Bourhis, 2007, p. 50) Ici, le cœur de la pratique repose sur la notion de main percevante. Dans le déploiement de cette notion, nous pouvons commencer par décrire et cerner l'expertise propre à ce type de toucher. Une des aspects qui nous semble productif est la notion d'espace qualitatif. Notre expérience pédagogique nous montre en effet que la construction d'une expertise de toucher passe non seulement par la maîtrise de gestes techniques mais aussi par l'affinement de perceptions spécifiques (Bois, 2006). Par exemple, dans le cadre d'un geste manuel, la reconnaissance des différents tissus du corps, de leur plus ou moins grande souplesse ou des tensions dont ils peuvent être le siège… Ou bien, la façon dont le praticien acquiert la sensation de volume de matière et ses différentes nuances et tonalités. Cette notion d'espace qualitatif se rencontre peu dans la littérature ; par exemple, K. Bach l'aborde dans le cadre d'une réflexion sur l'apprentissage de l'œnologie (Bach, 2004), et Sheets-Johnstone l'exploite dans le cadre de la perception du mouvement (Sheets-Johnstone, 1999). Nous pouvons alors regarder les travaux des psychologues qui se penchent sur la maîtrise de capacités sensorielles peu utilisées, ou peu catégorisées, comme l'audition, le goût ou l'odorat. Ainsi, les travaux de D. Dubois et de son équipe fournissent des grilles de lecture de l'expérience sensorielle auditive et olfactive qui permettent de discerner aussi le lien entre perception et cognition, à travers la catégorisation (David, Dubois, Rouby, Schaal, 1997 ; David, 1997). Ces auteurs ont notamment étudié à travers des entretiens le type de dénominations d'expériences sensorielles utilisées, adjectifs, noms ou expressions verbales. Ils ont ainsi mis à jour des dimensions différentes de catégorisation : selon la source (l'objet ou l'évènement qui provoque la perception), selon l'intensité, et enfin, selon l'effet sur le sujet. Cela nous paraît intéressant pour plusieurs raisons. On peut d'abord étudier la façon dont nous parlons de la perception du mouvement interne : est-ce en termes de source, d'effets, de qualités objectives, ou encore peut-être autrement. Ensuite, nous pouvons aussi étudier le lien, existant ou pas, entre cette catégorisation et l'expertise construite par le praticien, donc entre une activité cognitive de catégorisation et un enrichissement perceptif. Enfin, tenir compte de toutes les propriétés de la ‘main percevante' demande certainement à inclure dans la notion d'espace qualitatif la dimension d'implication du sujet dans son expérience. La main percevante est aussi un corps percevant, et donc la relation de perception du mouvement interne du patient passe par l'enrichissement perceptif de sa relation à son propre mouvement interne. Ce fait doit nous permettre d'enrichir les catégorisations perceptives avec les catégories de la spirale processuelle de D. Bois. (2007) La main Sensible et le toucher du Sensible De même que pour nos deux précédents touchers, nous pouvons reprendre nos différents critères d'analyse, la main, la nature d'effets produits, la posture, pour montrer comment le toucher du Sensible reprend et dépasse ceux-ci. La main Sensible La main Sensible est la main spécifique de notre accompagnement manuel en somato-psychopédagogie. C. Courraud décrit ainsi le passage de la ‘main percevante' à la ‘main Sensible' : « Elle perçoit non seulement les changements psychotoniques qu'elle déclenche mais elle installe également un rapport de réciprocité entre le patient et le praticien. La main sensible devient une main ‘Sensible', c'est-à-dire qui touche mais qui est également touchée par ce qu'elle touche. La main Sensible construit un lieu d'échange intersubjectif qui génère une influence réciproque, évolutive, qui circule entre le ‘touchant' et le ‘touché' et entre le ‘touché' et le ‘touchant' selon une boucle évolutive qui se construit en temps réel de la relation actuante. » (Courraud, op. cité, p. 68) Cette dernière phrase éclaire le fait que la main Sensible développe le plein potentiel du toucher dans toutes ces dimensions et comment elle prend en compte l'interaction entre praticien et patient. Nous retrouvons donc nombre de propriétés du toucher présentées jusque-là, mais en insistant sûr ce qui émerge de cette interaction, le Sensible du corps. La main sensible est bien une main ‘Sensible', comme le dit C. Courraud, et c'est aussi une main du Sensible, une main qui nous fait pénétrer cette dimension spécifique du corps qu'est le Sensible. Toujours pour notre projet, précisons la qualité ‘technique' de cette main. En effet, ce sont ces qualités techniques qui sont les conditions préalables de l'accès au Sensible. Il y a la dimension de posture et d'attitude et il y a la dimension propre à la main. D. Bois s'appuie sur la notion de toucher tactilo-kinesthésique de Gibson pour la prolonger en terme de toucher haptique. Ce toucher réunit les dimensions proprioceptive et kinesthésique du geste tactile, dans un geste à la fois sensoriel et moteur et il y a ajoute la dimension de résonance, d'implication globale du praticien, implication à la fois physique et d'attitude. Ces conditions permettent alors l'émergence du Sensible et de ce lieu perceptif commun évoqué ci-dessus. Le Sensible comme émergence Sans nous étendre, puisque ce n'est pas l'objet de notre article, deux mots sur ce qui fait la caractéristique principale du Sensible : « Le Sensible est ce qui se donne dans cette expérience sous la forme de contenus de vécus spécifiques en lien avec l'animation interne. » (Bois, Austry, op. cité, p. 7) Et : « La fibre Sensible du corps (…), représente d'abord sa capacité d'être touché, sa capacité de répondre, et son potentiel d'évolutivité autonome. Le Sensible est donc ce corps qui déploie et actualise sa sensibilité potentielle au-delà même des capacités de perception habituelles du sujet. » (Ibid) Je choisis à dessein ces deux aspects pour mettre en lumière, encore une fois, ce que le Sensible apporte pour le toucher. D'abord, le toucher du corps dans sa dimension Sensible nous donne accès à des phénomènes spécifiques, qui n'existent pas en dehors de ce cadre. Ensuite, le toucher du Sensible fait appel à la réciprocité entre touchant et touché qui offre à notre philosophie du contact une voie de réflexion profonde. Enfin, le Sensible est ce lieu commun qui regroupe et dépasse les notions d'intersubjectivité (Husserl) d'inter-corporéité (Merleau-Ponty) et que D. Bois a donc appelé réciprocité actuante (Bois, 2006b, 2007). Réciprocité Donc, si le toucher technique est tourné vers le corps touché, si le toucher de relation pose son attention sur la posture et l'intention du praticien, le toucher du Sensible à la fois réunit et dépasse ces deux premiers niveaux pour laisser émerger un lieu de rencontre, de réciprocité entre praticien touchant et touché, et patient touché et touchant. Nous ne pouvons pas mieux faire que de reprendre la caractérisation que nous en avons faite dans notre article commun avec D. Bois : « Nous avons choisi le terme de ‘réciprocité' pour insister sur le fait que le Sensible se donne sur un mode d'implication partagée, du pédagogue avec son étudiant, du praticien envers son patient et, surtout, du sujet envers son propre mouvement interne. » (Bois, Austry, op. cité, p. 11) Comme nous le précisions ensuite, c'est donc d'abord par l'implication totale du sujet dans la relation de perception de soi que le Sensible se dévoile. Mais cette implication n'est pas juste la condition d'accès à, ou la posture qui permet de, l'implication totale du sujet est la réalité même du Sensible : « le Sensible est le sujet lui-même dans son devenir actualisé. L'évolutivité qui naît de cette implication dans la relation au Sensible, de cause en effet, d'effet qui devient cause effectrice de l'effet suivant, est alors un signe de la réciprocité entre percevant et perçu. » (Ibid, p. 10) La posture : la neutralité active La neutralité active est la posture essentielle à adopter dans sa relation au Sensible. D. Bois parle de celle-ci depuis ses débuts (Bois, 2006a) et en a fait pendant longtemps son cheval de bataille. E. Berger caractérisait cette posture en détaillant les deux aspects, la part de neutralité d'abord : « (…) neutralité dans le fait de laisser venir, de ne pas préjuger, de ne pas anticiper, de ne pas tirer et de ne pas pousser, de ne pas faire intervenir ma volonté à travers une décision personnelle qui irait à l'encontre des trajets ou réactions spontanées du mouvement interne. » (Berger, 2006b, p. 49) Nous ajoutions dans notre article avec D. Bois : « Le ‘laisser venir à soi' est un ‘savoir attendre' qui consiste d'abord à ne pas anticiper ce qui va advenir. » (Bois, Austry , op. cité, p. 10) E. Berger précise ensuite la dimension d'activité : « active dans le fait de continuer à maintenir ensemble mouvement et immobilité, de poursuivre ce maintien, de réajuster s'il le faut. » A quoi nous faisons écho : « La part active consiste à procéder à des réajustements perceptifs permanents en relation avec la mouvance que l'on accueille. Ces réajustements sont également nécessaires pour ‘coller' à l'évolutivité du Sensible. » (Ibid, p. 10) De plus, nous remarquons combien ces deux dimensions interagissent l'une sur l'autre : la neutralité ne se comprend qu'en lien avec sa part active de maintien, et « la dimension d'activité ne se comprend qu'imprégnée de neutralité : elle est ainsi différente par nature d'un acte volontaire classique ». (Ibid, p. 10) La neutralité active est donc une figure presque paradoxale, ou mieux un exemple de chiasme, notion chère à Merleau-Ponty, qui y voyait la voie de passage pour éviter le « choc stérile des contraires ». Nous pouvons ajouter cependant que l'idée de chiasme de Merleau-Ponty est souvent une notion statique alors que D. Bois envisage celui-ci comme toujours évolutif par le fait même de la rencontre entre deux opposés qui se potentialisent. Pour conclure nous nous appuierons une dernière fois sur notre article commun avec D. Bois, dans ce passage qui insiste sur les liens d'essence entre le Sensible et le toucher, et qui suggère des pistes et des voies de recherche pour une philosophie du contact : « La relation au Sensible implique une proximité radicale. (…) Le sujet qui perçoit devient alors son intériorité. Nous pouvons utiliser la métaphore du toucher : l'intériorité est profondeur, parce que le sujet est touché par l'expérience du Sensible. Le toucher est ici considéré comme principiellement contact, et donc abolition d'une distance. De plus, toucher signifie aussi être touché, donner de la valeur à ce contact, ce qui concourt à l'autorévélation du sujet à lui-même. » (Ibid, p. 15) Didier Austry Sources Abrassart J.-L. (2004). Le toucher libérateur : Stress, massage et thérapie. Paris : Éditions Guy Trédaniel Anzieu D. (1995). Le Moi peau. Dunod (2ème éd.) Bach K. (2004). Knowledge, Wine, and Taste : What good is knowledge ? Paper presented at the conference on Philosophy and Wine : from science to subjectivity, University of London, available at http://online.sfsu.edu/ bach Behnke E. (1984). World without Opposite/Flesh of the World. Paper for the Ninth Annual Meeting, Merleau-Ponty Circle, Montréal Berger, E (2006a). La somato-psychopédagogie. Ivry : Éditions Point d'appui Berger E. (2006b), Réduction phénoménologique et épochè corporelle : psycho-phénoménologie de la pratique du point d'appui. 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Bolto, Neurologue, rhumatologue et chiropracteur, fondateur de l'école française d'Orthopédie et de Massage [5] « Ce toucher est parfois le rappel d'un contact maternel visant à envelopper, il est simultanément présence d'autrui et régression intime au sein d'une histoire ravivant le souvenir des moments où la mère était là au moment de l'affrontement ou de l'adversité. » Op. cité, p. 239 [6] Voir l'article de H. Bourhis (2007). Pédagogie du Sensible et enrichissement des potentialités perceptives. Mémoire de master II recherche : Éducation tout au long de la vie, Paris VII Le Site de l'Ostéopathie remercie Didier Austry et le CERAP de l'avoir autorisé à publier cet article 1ère parution sur le Site de l'Ostéopathie le 17-10-2015
  • La représentativité de la profession d'ostéopathe en France

    9 août, par Stéphane BEAUME — De l'expertise, , , ,
    Source : LEH Édition Revue droit & santé n° 90 > Organisation des professions et déontologie - page 590 à 591 - https://www.bnds.fr/revue/rds/rds-90/la-representativite-de-la-profession-d-osteopathe-en-france-8915.html Mots-clés : ostéopathe, professions de santé, syndicat, établissement de formation Avis relatif à l'enquête de représentativité sur la profession d'ostéopathe, JO du 23 mars 2019 Le décret n° 2014-1043 du 12 septembre 2014 relatif à l'agrément des établissements de formation en ostéopathie a défini la procédure d'agrément des établissements de formation en ostéopathie. Selon l'article 2 de ce décret : « l'agrément permettant de délivrer la formation spécifique à l'ostéopathie mentionnée à l'article 75 de la loi du 4 mars 2002 susvisée est accordé aux établissements » répondant à des conditions spécifiques. Dès lors, ces établissements d'enseignement supérieur sont en mesure de délivrer le titre d'ostéopathe à l'issue de la formation qu'ils dispensent. Afin de s'assurer la qualité de formation et de la bonne acquisition des compétences professionnelles par les apprenants, le quatrième article de ce présent décret prévoit que l'agrément « est accordé pour une durée de cinq ans par décision du ministre chargé de la santé après avis de la Commission nationale consultative ». La Commission nationale consultative étudie chaque dossier de demande d'agrément ou de renouvellement d'agrément conformément à l'article premier de l'arrêté du 29 septembre 2014 relatif à l'agrément des établissements de formation en ostéopathie. Puis elle donne directement son avis au ministère de la Santé. Au sein de la commission sont nommées plusieurs personnalités. On y trouve en particulier huit ostéopathes répartis de la façon suivante : « quatre ostéopathes exerçant à titre exclusif nommés parle ministre chargé de la santé sur proposition des organisations les plus représentatives au niveau national » ainsi que « deux ostéopathes médecins nommés [...] sur proposition des organisations professionnelles les plus représentatives des ostéopathes médecins au niveau national [...] ; deux ostéopathes masseurs-kinésithérapeutes nommés [...] sur proposition des organisations professionnelles les plus représentatives des ostéopathes masseurs-kinésithérapeutes au niveau national [...] » selon l'article 27 dudit décret. En l'absence d'une représentativité des ostéopathes médecins ou de celle des ostéopathes masseurs-kinésithérapeutes constatée au niveau national, le Conseil national de l'Ordre des médecins ou le Conseil national de l'Ordre des masseurs-kinésithérapeutes peuvent être force de proposition pour leurs membres respectifs. Cela s'explique en raison du fait que le titre d'ostéopathe est un titre partagé entre plusieurs catégories d'ostéopathes, parmi lesquelles des catégories dont les membres sont titulaires d'un diplôme d'état dans le champ de la santé considérable comme complémentaire. Un premier avis relatif à l'enquête de représentativité des professions d'ostéopathe et de chiropracteur est publié au JO le 13 octobre 2013. Cette enquête a pour objectif de « déterminer les organisations qui ont vocation à représenter les professions d'ostéopathe et de chiropracteur dans les négociations nationales. Elle servira également à déterminer les compositions de la commission nationale d'agrément pour chacune des deux professions ». L'avis relatif à l'enquête de représentativité sur la profession d'ostéopathe publié au JO le 23 mars 2019 reprend les mêmes éléments que son précédent. L'objet n'est plus aux « négociations nationales » mais aux « concertations nationales ». Il n'en reste pas moins que la détermination de la représentativité dépend de plusieurs critères : « les effectifs d'adhérents à jour de leur cotisation, une ancienneté minimale de deux ans dans le champ de la profession à compter de la date de dépôt légal des statuts, l'activité et l'expérience ». Le ministère de la Santé ne précise pas les caractéristiques de ces deux derniers points. Ce défaut de transparence interroge sur l'évaluation des organisations et la détermination d'un classement. Il n'y a aucune indication sur les coefficients accordés aux différentes « activités ». De surcroît, les possibilités offertes aux ostéopathes exerçant à titre exclusif d'être nommé en l'absence d'une organisation représentative des ostéopathes ou d'un ordre professionnel des ostéopathes — inexistant à ce jour — sont discutables en l'absence de voie dérogatoire. Si demain la représentativité de ces ostéopathes n'était plus assurée, se pourrait-il que l'on assiste à une modification de la composition de la Commission nationale consultative ? Ou bien, en tant que force majeure, verrait-on la création d'une entité nationale regroupant tous les ostéopathes quelles que soient leurs origines ? Ainsi, sortant des eaux, naîtrait LA profession d'ostéopathe en France. Stéphane BEAUME Ostéopathe, Expert près la cour d'appel de Nîmes, Chargé d'enseignement à la faculté de médecine de Nancy © LEH Édition - https://www.bnds.fr/ Publié avec l'autorisation de l'auteur Voir en ligne : Revue droit & santé n° 90 Article publié avec l'autorisation de l'auteur