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Publié : 13 septembre 2014

Ostéo4pattes,

http://www.revue.osteo4pattes.fr

Revue d’ostéopathie comparée, rassemblements d’ostéopathes, édition de contenu sur l’ostéopathie, rencontres annuelles d’ostéopathie.

  • Permission

    13 août, par Manon Legros — Témoignages
    D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours parlé aux animaux. « Coucou Kiki comment tu vas ? » « Tu veux un câlin ? » « Tu as faim ? » « On va se promener ? »Le fait qu'ils ne s'expriment pas de la même façon que nous ne m'a jamais dérangé. J'ai toujours su qu'ils comprenaient ce que je disais. Lorsque j'ai commencé mes études en ostéopathie animale, je gardai cette habitude de leur parler. Mais souvent, c'était plus comme une formalité puisqu'avec le temps, j'ai appris à utiliser leur langage. La parole, la formulation de phrases, devenait pour moi de plus en plus anodine, voire inutile. Comme je me trompais ! Je me souviens d'un jour à l'école, une de mes enseignantes soulignait l'attention que nous devions porter aux mots employés avec les animaux. Selon elle, ils percevaient parfaitement le choix des mots, ainsi que le véritable sens des phrases. Mêmes leurs noms. A partir de ce moment-là, je veillais toujours à ce que ma parole soit la plus juste possible. Mais, toujours anodine, toujours à sens unique, toujours sans dialogue. Seulement voilà, un jour où j'étais en formation chez FORCORA, je me retrouve face à un poney refusant totalement d'être touché sur la tête. Malheureusement pour moi, le crânien était l'objet du stage. Me voyant perdre tout espoir de pratiquer, Natacha Schlusselhuber la formatrice, après lui avoir exposé la situation, me demande : « Mais, lui as-tu demandé la permission ? » Devant mon visage dubitatif, elle réitère sa question. Je lui demande d'être plus explicite sur la manière de demander la permission. Mais qu'entendait-elle par-là ? Natacha regarde alors le poney et dit simplement « Est-ce que j'ai la permission de te toucher la tête ? » et répète « permission, permission ». Le poney tourne alors la tête vers elle et moi, décontenancée, je regarde Natacha toucher la tête du poney sans aucun mouvement de retrait. Je me retrouve alors à me questionner. Est-ce réellement si facile ? Ou a-t-elle quelconque pouvoir lui permettant de faire ce qu'elle désire avec les animaux ? Pour m'expliquer, elle l'applique sur moi. Vous connaissez cette sensation désagréable lorsque quelqu'un est trop proche de vous ? Qu'il pénètre votre espace ? Disparue lorsque la permission est accordée. Je commence à comprendre et je me demande pourquoi cela ne m'est pas venu à l'esprit plus tôt. Poser une question à un animal dans l'attente d'une réponse, une vraie réponse. Le dialogue pourrait alors se faire dans les deux sens. L'expérience sera faite de nouveau lors de mes cours de pratique. Dès lors, non seulement je demande la permission à l'animal de le toucher, mais il m'arrive aussi de leur expliquer ce que je vais faire, ce qu'il va se passer. Parfois il suffit seulement d'avoir l'autorisation pour toucher une oreille ou prendre un pied. Même lorsque je croise un cheval dans son pré, la permission est demandée. Accordée souvent, refusée catégoriquement rarement mais respectée toujours. Manon Legros Pour plus d'informations sur les formations, rendez-vous sur la page de FORCORA Prochain stage crânien fin août, plus de renseignements ici
  • Ostéo4attes-SDO N°56

    5 août, par Jean Louis Boutin, Michel Chêne, Ostéo4pattes-Vetosteo — Au présent...
    Voici, momentanément, le dernier numéro PDF du 4pattes-SDO, numéroté 56. Il est gratuit et disponible à tous. Vous pouvez continuer l'aventure sur le site en vous abonnant pour avoir accès à tous nos écrits. De votre investissement dépendra la force de proposition du 4pattes-SDO. A bientôt Catalogue de l'Ostéo4pattes Et Bien non ! L'ostéo4pattes-SDO n'est pas mort, il se transforme et se transformera encore. Le format papier de la revue disparait, mais il a toujours besoin de vous pour rester ou devenir abonné de soutien et continuer l'aventure éditoriale entamée il y a 18 ans maintenant. Il a besoin de petites mains pour rester actuel et actif ... merci donc de continuer à nous suivre ! Aux dernières nouvelles, il est question que l'agenda existe mais soit imprimé à la demande, et que les 16 ièmes rencontres d'ostéopathie comparées aient bien lieu en 2021.... chut c'est encore secret ... Et en route pour de nouvelles aventures ! Patrick CHENE https://indd.adobe.com/view/cca7f951-d1a8-4523-9c42-2307ab2ee952 http://www.vetosteo.fr/4PSDO_56.pdf Sommaire • Editorial - Libre expression Page 03 • A propos du 4pattes-SDO ... Page 06 • Perception de la mobilité et la motilité des tissus en ostéopathie (III) Page 08 • Le corps et ses ambiguïtés Page 19 • Le corps et ses au-delà Page 26 • Vidal le Grand Page 39 • Un lien entre soin énergétique et hélices fasciales ? Page 41 • Bianca : troubles locomoteurs complexes améliorés par l'approche FTM Page 43 • Ostéopathie bovine : suivi de 3 veaux et d'une vache allaitante Page 45 • Référentiel de formation des ostéopathes à la croisée des chemins… Page 49 • Définition médicale et scientifique de la lésion ostéopathique Page 55 • L'os, une porte d'entrée dynamique dans notre biotenségrité Page 78 • La tendinite de De Quervain Page 81 Ont Participé à ce Numéro : • Jean Louis Boutin, Dr Vet Patricia Lafouge, Dr Vet Sophie de Buzon, Chloé Huard, Olivier Seignibrard, Claude Roumi, Pierre Renaudeau, Yves Guillard, Jean François Marchand, Alain Abehsera ,ValéRie, Patrick Chêne.
  • Le RGPD expliqué aux ostéopathes

    1er août, par Klemen Sever — Lois, décrets & arrêtés, , ,
    Source : https://publications.osteopathes.pro Sommaire Résumé du RGPD et de ses (...) Vous stockez vos dossiers (...) Vous stockez vos dossiers (...) Quid du partage avec des (...) Conclusion Pour aller plus loin Modifications de l'article Le « Règlement Général sur la Protection des Données » ou RGPD est un règlement de l'Union Européene entré en vigueur en mai 2018 et qui renforce la protection des données personnelles des individus. Ce règlement concerne tout types d'activités professionnelles, dont l'ostéopathie. Que vous preniez des notes sur support papier ou informatique, vous êtes concernés par cette règlementation car vous devez protéger ces données. Voyons concrêtement ce que cela représente pour nous, ostéopathes. Résumé du RGPD et de ses implications pour les ostéopathes Nous espérons qu'à la fin de la lecture de ce dossier, vous aurez les notions essentielles pour vous permettre de gérer sereinement votre confirmité avec le RGPD. Pensez à jeter un œil à nos documents-types en fin de dossier qui vous faciliterons la mise en conformité. Ce règlement vise à renforcer la protection des données individuelles fournies auprès de chaque professionnel au maximum. Cela se traduit par une transparence et une responsabilité accrue sur la récolte, l'utilisation et le traitement des données personnelles, dont les données des patients font partie. En soit, c'est une règlementation très louable car elle permet à chacun de mieux gérer où et comment ses données personnelles seront utilisées. Elle protège les individus de nombreuses dérives liées à l'utilisation abusive de ces données : publicité ciblée en ligne, profilage client… Cette règlementation s'applique aussi bien aux grands groupes qu'aux petites structures, d'où une application très variable suivant le contexte. La sécurité exigée d'une grande entreprise ne sera donc pas la même que celle demandée à un cabinet d'ostéopathie libéral. Pas d'inquiétude cependant, puisque la plupart des contraintes liées à l'application du RGPD en tant qu'ostéopathe libéral sont assez simples à respecter une fois qu'on a compris se principes. Par données personnelles, nous entendons toute information se rapportant à une personne physique identifiée (par son nom et prénom) ou identifiable, c'est à dire qu'on peut identifier par recoupement d'informations : numéro de téléphone, adresse, numéro de sécurité sociale, histoire personnelle, ensemble de pathologies… C'est à dire quasiment toutes les données du dossier patient. La règlementation RGPD prévoit que les données personnelles soient « traitées de manière licite, loyale et transparente au regard de la personne concernée ». Dans le cadre d'une consultation habituelle, les informations que nous demandons pour l'anamnèse et le dossier patient sont nécessaires à notre pratique et il n'est donc pas nécessaire de demander une autorisation explicite au patient pour noter ses informations. partager des dossiers patients avec d'autres thérapeutes (que ce soit dans le même cabinet ou non, ou avec vos assistant-e-s par exemple), envoyer des emails ou des SMS au sujet de votre activité aux patients faire des statistique de vos consultations faire de la recherche clinique dérivée des données patient tout partage de données du dossier avec des tiers (donc toute personne autre que le praticien et le patient présents pendant la consultation) Dans l'idéal, cette autorisation que peut vous donner le patient devrait être sous forme écrite et signée. En effet, c'est à vous, ostéopathe, de prouver que vous avez bien eu le consentement du patient pour ces traitements de données. Certains logiciels en ligne fournissent une interface permettant de garder cette traçabilité plus facilement. Autre point important sur lequel le texte insiste : il est aussi simple de retirer que de donner son consentement et ce retrait pourra avoir lieu à tout moment. Il faut donc prévoir ce droit à l'oubli sauf quand il va à l'encontre d'une traçabilité légale. Par exemple, on ne peut pas supprimer une ligne comptable même si le patient demande à supprimer son dossier clinique. En outre, il n'est plus nécessaire de faire de déclaration à la CNIL, car désormais la responsabilité du bon respect de ces règles repose sur le responsable du traitement, c'est à dire l'ostéopathe. Il ou elle devra aussi être en mesure de démontrer que ces mêmes règles ont été respectées et en assumer la charge de la preuve. Cela veut donc dire que l'ostéopathe devra assumer les conséquences d'une violation de ces dispositions ; il est également responsable de tout manquement au RGPD de ses prestataires externes qui doivent fournir des garanties suffisantes (pensez ici : logiciel de gestion de cabinet, agenda externalisé, partage de cabinet/assistanat…). Il vous faudra donc vous munir d'un document dans lequel vous devrez indiquer les mesures prises par vous et vos prestataires pour protéger les données de vos patient-e-s. Concrètement, cela se traduit par les exigences suivantes (donné à titre indicatif, la liste n'est pas exhaustive) : un registre des traitements de données, prouvant le respect de la règlementation qui vous permet de renseigner quelles données vous gérez, à quoi elles servent, combien de temps vous les conservez et les mesures de sécurité que vous appliquez pour les protéger. Nous vous conseillons de consulter nos documents-types préremplis disponibles ci-dessous ou le fichier simplifié de la CNIL. informer les patients de leurs droits concernant leurs données en matière d'accès, de suppression ou de modification des données les concernant (un affichage dans la salle d'attente suffit), et comment les exercer. Vous stockez vos dossiers patients sur papier Vous devez préciser dans vos registres comment sont protégés vos documents : votre secrétaire, collègue de maison de santé ou personne chargée du nettoyage ne doit pas pouvoir y accéder facilement. Un tiroir fermant à clé peut suffire si le reste de votre cabinet est suffisamment sécurisé. Vous pouvez y ajouter un destructeur de documents pour les dossiers que vous jetez. Vous stockez vos dossiers patients sur support informatique Vous devez connaître un minimum où et comment sont stockés vos dossiers, qui y a accès et comment bien gérer leur confidentialité. Pour tous les logiciels qui sont sur votre poste et qui n'utilisent pas internet, c'est assez simple : ne pas laisser son ordinateur sans surveillance et le protéger par un mot de passe est un bon début. Il est fortement conseillé d'utiliser du chiffrement de disque fourni avec votre système d'exploitation (Windows, MacOS, Linux) [1] ou avec un logiciel gratuit comme VeraCrypt. Celà peut peut demander l'intervention d'un professionnel car un chiffrement mal configuré peut entraîner une perte irrémédiable de vos données. Il est également recommandé de protéger votre ordinateur avec un anti-virus, mais le plus sûr reste de restreindre son usage à un cadre professionnel et donc de ne pas y installer de logiciels ou de fichiers venant de sources douteuses, lesquels sont la principale source de virus et autres malwares. Concernant les outils en ligne (agenda, dossier patients), c'est à vous de vous assurer qu'ils ont des garanties suffisantes pour pouvoir y stocker vos données patients. Toutefois, ce que l'on peut entendre par « garanties suffisantes » est assez flou et dépend du niveau de connaissance technique de chacun. C'est pourquoi il existe l'agrément « Hébergeur Agréé pour les Données de Santé » (HADS) qui vous permet d'identifier les acteurs sérieux plus facilement. D'autres indices peuvent vous permettre de vérifier le niveau de professionnalisme du site : le site ne doit pouvoir être uniquement utilisé via connexion sécurisée HTTPS et doit pouvoir garantir la confidentialité des données stockées. Il ne doit pas vendre les données qu'il stocke ou de données dérivées (profilage, etc.). La plupart des acteurs sérieux du marché des logiciels de santé devraient faire l'affaire, mais n'hésitez pas à nous contacter pour nous demander dans le cas où vous avez un doute. Attention également aux solutions gratuites, elles sont rarement compatibles avec le stockage de données relatives à la santé. Il est fortement recommandé de faire des sauvegarde de vos dossiers régulièrement et surtout de les chiffrer : la perte d'une clé USB non-chiffrée contenant des données patient pourrait être lourde de conséquences car il sera possible à n'importe qui d'y accéder ! Enfin si vous utilisez votre smartphone pour un usage professionnel : si vous accédez à vos données de cabinet via celui-ci, il sera nécessaire de le protéger afin de prévenir une fuite de données privées en cas de perte ou de vol. Ici aussi, le meilleur remède est d'activer le chiffrement et un vérouillage par mot de passe. Quid du partage avec des remplaçant-e-s et du stockage en ligne Dans le cadre des communications en ligne, les dossiers patients sont normalement soumis, comme tout secret professionel, à une obligation de confidentialité. C'est pourquoi la transmission de données personnelles doit toujours être faite de façon chiffrée. Les boîtes email personnelles chez un fournisseur d'accès à internet ou sur un service en ligne (gmail, yahoo, hotmail, outlook etc.) sont interdites car les données sont lisibles et accessibles par les administrateurs de ces plateformes. C'est aussi le cas des services de stockage en ligne (Dropbox, Google Drive, OneDrive et autres espaces de stockage en ligne). Malheureusement, il n'existe pour le moment pas de messagerie sécurisée à destination des ostéopathes, mais il existe des outils de communication chiffrées de bout en bout comme Signal, Telegram ou WhatsApp. Si vous avez un doute, demandez-nous 😉 Si vous exercez dans un cabinet avec plusieurs thérapeutes, il vous faudra afficher et préciser aux patients et patientes que leur dossier peut être partagé avec d'autres thérapeutes et qu'ils ou elles peuvent s'y opposer. Évidemment, dans ce cas, il vous faudra prévoir un casier ou un dossier auquel vous êtes le seul ou la seule à avoir accès. Nos ateliers et documents-types pour ostéopathes Nous effectuons régulièrement des ateliers RGPD à destination des ostéopathes, renseignez-vous via nos comptes de réseaux sociaux ou par email. Vous pouvez retrouver notre présentation complète en ligne. Elle contient les informations pour activer le chiffrement de vos divers appareils éléctroniques. Vous y retrouverez également les documents-types pour ostéopathes suivants : une affiche de salle d'attente mono-praticien une affiche de salle d'attente pluri-praticiens une liste simplifiée des traitements un registre des traitements conforme au RGPD dont 3 exemples courants à personnaliser : la gestion des rendez-vous la prise de note des dossiers patients la communication inter-professionnelle Ces documents-types contiennent également des informations complémentaires comme la durée de stockage des diverses données personnelle. Conclusion Grâce aux quelques conseils fournis dans cet article, nous espérons que votre mise en conformité au RGPD sera simplifiée. Nous vous recommendons surtout de prendre de bonnes habitudes qui vous permettrons de garder les données personnelles des patients et patientes confidentielles en toutes circonstances. Cette règlementation peut également vous servir si vous êtes vous-même patient ou patiente d'un autre thérapeute, de manière à faire respecter la confidentialité de vos données. N'hésitez pas à nous contacter par email bonjour chez osteopathes.pro, via facebook ou twitter s'il manque de précisions pour que nous ajoutions des détails à cet article ! Pour aller plus loin Nous vous conseillons les ressources suivantes pour en savoir plus : Notre atelier RGPD pour ostéopathe et les documents-type à compléter Raccourci vers les documents-types RGPD La CNIL a mis en place une page pour vous aider à cartographier vos données. Le RGPD expliqué ligne par ligne (articles 1 à 23) Le RGPD expliqué ligne par ligne (articles 24 à 50) Le RGPD expliqué ligne par ligne (articles 51 à 99) 10 questions, 10 réponses sur le RGPD Modifications de l'article Modification 2020/07/25 : Ajout des liens vers les fichiers des ateliers RGPD pour ostéopathes et documents-types En cas de consultation très ultérieure à cette date, l'équipe de l'Ostéo4pattes-SDO vous invite a retourné à la source pour vérifier si cet article a été mis à jour. Par, Klemen Sever, sous licence CC BY NC SA 4.0 Osteopathe.pro Voir en ligne : https://publications.osteopathes.pr... [1] Les instructions pour activer ces options sont disponible dans la présentation fournie en fin d'article.
  • Stage : Le Corps Tenségritif (Normandie, 4 jours)

    29 juillet, par Ostéo4pattes-Vetosteo — Formations et stages, ,
    - Formations et stages / Agenda, exclu_sommaire
  • SymbiOstéo 2

    23 juillet, par Michel Chêne, UFEOA — Au présent..., ,
    L'année dernière, l'Union Française des étudiants en Ostéopathie animale (UFEOA) a organisé le premier congrès de l'ostéopathie pour animaux. Il s'est positionné avant la fin de la période moratoire - le 31 décembre 2019 - réglementant la profession d'ostéopathe animalier. [1]. À cette occasion, 500 participants s'étaient alors retrouvés pour assister aux conférences de 17 intervenants d'horizons différents : vétérinaires, ostéopathes animaliers, vétérinaires ostéopathes, ostéopathes DO. Ceux-ci ont pu intervenir tout au long du weekend au sein du campus Pierre et Marie Curie de la Sorbonne, à Paris. Ce projet porté par les étudiants voulait permettre de faire un état des lieux de l'ostéopathie pour animaux. L'intervention du Président de l'Ordre des Vétérinaires et la présence de la responsable de la Direction Générale de l'Enseignement et de la Recherche (DGER) a par ailleurs permis de faire un rappel sur le contexte d'application des décrets réglementant la profession d'ostéopathe animalier. Cette année, l'UFEOA nous propose encore un congrès magistral, autour d'un thème très important, "les perspectives de recherche en ostéopathie pour animaux". Cette nouvelle édition pourra accueillir 900 personnes les 24 et 25 octobre prochains au Palais des congrès d'Issy les Moulineaux. Évidemment, cette année encore l'Ostéo4pattes-SDO soutient ce projet et sera partenaire de cet évènement. Toute les énergies mises en place par ces étudiants sont merveilleuses et nous ne pouvons que soutenir ce genre de projet pour le bien de l'Ostéopathie et son avenir ! Si vous aussi vous souhaitez participer a cet évènement, la billetterie est d'ailleurs déjà ouverte, cliquez simplement sur le bouton suivant : Propulsé par HelloAsso Nous attendons avec impatience qu'il dévoilent le programme pour cette année, mais en attendant le jour J, vous pourrez retrouver les interviews des intervenants de la première édition sur leurs chaîne YouTube. [1] https://www.veterinaire.fr/actualites/osteopathie-pratiquee-par-des-non-veterinaires.html
  • Sur ce qu'on appelle « reboutement » 2e article

    11 juillet, par Jean Louis Boutin — Histoire et Philosophie,
    Sommaire Wharton Hood, Sur ce qu'on (...) Articulation inter-phalangienn Articulations métacarpo-phalang Articulation du poignet L'articulation du coude L'articulation de l'épaule La nuque et les cervicales Articulations de la cheville L'articulation du genou L'articulation de la hanche Brodhurst, The Deformities of Le rhume de hanche Intérêt des méthodes utilisées Conclusion Notes Wharton Hood, MD, MRC** : 2e article : Sur ce qu'on appelle « reboutement » Sa nature et ses résultats* Les premiers principes qui devraient guider le praticien lors de sa première tentative de rupture d'adhérences par manipulation, consistent à s'assurer d'une prise suffisamment ferme, à disposer d'un levier permettant d'appliquer la force nécessaire et à l'appliquer généralement dans la direction de la flexion. * Article paru en deux parties dans les numéros de juin et de juillet 1871 de la revue The Lancet. Traduction Pierre Tricot, novembre 2012. 1er article : https://www.revue.sdo.osteo4pattes.eu/spip.php?article2444 ** MRCS : Membership of the Royal College of Surgeons - Membre du Collège Royal de Chirurgie. Titre original : « On the co-called “bone-setting” its nature and results » The Lancet, July 1871, p. 344-349 Les titres sont de la rédaction du Site de l'Ostéopathie Wharton Hood, Sur ce qu'on appelle « reboutement ». 2e article Les premiers principes qui devraient guider le praticien lors de sa première tentative de rupture d'adhérences par manipulation, consistent à s'assurer d'une prise suffisamment ferme, à disposer d'un levier permettant d'appliquer la force nécessaire avec la soudaineté souhaitable et à l'appliquer généralement dans la direction de la flexion ; et cela, avant toute autre tentative pour rétablir les autres mouvements. L'application de ces principes aux différentes articulations nécessite certaines modifications de détail que nous allons présenter par la suite. Pouce et doigts sont des parties devant fréquemment être traitées, leurs articulations multiples, et notamment celles du pouce, étant particulièrement exposées aux blessures (par ex. par un coup contre une balle de cricket, ou un effort pour se protéger en cas de chute). Ces blessures sont souvent traitées par le repos. Lorsque c'est le pouce qui est atteint, et que l'on cherche un avis chirurgical, il n'est pas rare qu'une attelle soit posée et de la teinture d'iode appliquée extérieurement, tant que les symptômes inflammatoires subsistent. Parfois, également, le repos n'est que l'obéissance à un instinct du patient ; mais qu'elle qu'en soit la raison, l'immobilisation conduira souvent dans un certain nombre de cas, à une restriction douloureuse de la mobilité. Dans ces cas, voici la marche à suivre : Articulation inter-phalangienne Supposons que l'articulation affectée soit une inter-phalangienne ; l'opérateur saisit fermement la phalange proximale entre le pouce et l'index de sa main gauche, plaçant la seconde phalange de son index sur la face palmaire du doigt du patient, transversalement par rapport à lui, et le pouce sur la face dorsale. Dans cette position, l'index de l'opérateur fournit un point d'appui bien stable. La phalange distale du doigt à traiter est alors saisie entre l'index et le pouce de la main droite et l'articulation est brusquement fléchie dans toute la mesure que permet le doigt servant de point d'appui. D'un mouvement continu, elle est alors, ramenée dans une position de demi-flexion et à partir de cette position, poussée en abduction, puis en adduction, dans l'étendue naturelle de mouvement permis par une articulation saine. Elle est ensuite étendue et l'opération est alors terminée. Dans les cas correctement sélectionnés, le patient sera immédiatement capable de fléchir et d'étendre le doigt sans douleur, et sera encouragé à l'utiliser immédiatement, de manière modérée. Il est tout à fait évident que continuer de maintenir le doigt au repos, ou l'immobiliser dans une attelle permettra aux adhérences de se reconstituer, ce qui entraînera la réapparition des troubles antérieurs. Articulations métacarpo-phalangiennes Les articulations métacarpo-phalangiennes se traitent exactement de la même manière que les inter-phalangiennes, avec la seule différence que la plus grande taille de l'os proximal permet à l'opérateur de le saisir avec le bout de deux doigts sur la face palmaire, tandis que la proximité de ses congénères rend l'index inutilisable en tant que point d'appui transverse. Les mouvements naturels d'abduction et d'adductions sont également plus étendus. Dans certains cas, M. Hutton plaçait son pouce gauche sur la face palmaire de la tête de l'os métacarpien impliqué, fixant tout le métacarpe avec ses doigts, et poussait alors le doigt vers l'extrême flexion en plaçant son pouce droit sur la face dorsale de la première phalange et en utilisant la force nécessaire. Sur ces petites articulations, la pratique consistant à exercer une pression avec le pouce sur le point douloureux n'est généralement pas utilisable, car le point douloureux n'est pas toujours présent. Évidemment, il est probable qu'un manque de mobilité puisse être consécutif à des effusions dans les feuillets des tendons, plutôt qu'à des changements dans les structures composant l'articulation. Articulation du poignet Pour traiter le poignet, en revanche, la pression du pouce devient très importante ; cette pression permet probablement à l'opérateur de fixer l'attachement proximal d'une adhérence. La manière de manipuler est exposée figure 1. Comme il est montré, l'opérateur se tenant sur le côté du patient dont la main et l'avant-bras sont en pronation, saisit fermement l'extrémité carpienne du radius et de l'ulna avec la main gauche, tout en plaçant son pouce sur le point douloureux. Il enferme alors le pouce et le métacarpe dans sa main droite, exerce une ferme traction, imprime une légère rotation sur la main en tournant l'un des ses bords vers l'arrière, et pendant que le radius est maintenu fixé, il appuie très fermement avec le pouce gauche, fléchit soudainement l'articulation du poignet dans toute son amplitude et tout aussi soudainement, relève la main en complète extension ; pendant tout ce temps, l'avant-bras a été maintenu immobile. Dans cette manœuvre, l'importance de la pression du pouce est manifeste ; car, étant donné que l'attache proximale d'une adhérence peut se trouver sur l'un des os du carpe, il se peut très bien qu'en étant mal tenu de l'extérieur, l'os puisse se trouver forcé hors de sa position par les forces utilisées. Avec l'aide de la pression, en revanche, un tel accident aura peu de chances de se produire et les structures adventices seront contraintes de céder. L'articulation du coude Dans le cas de l'articulation du coude, la première chose que doit faire l'opérateur, c'est de découvrir la direction dans laquelle le mouvement est le plus douloureux. Dans ce but, le bras et l'avant-bras étant fermement tenus, il amène l'articulation en flexion en poussant la main du patient vers la ligne médiane, puis la pousse dans l'autre direction. Il cherche dans quelle direction le mouvement est le plus douloureux, ainsi que le moment où la douleur est ressentie. Patient et opérateurs s'asseyent alors avec le coin de la table interposé entre-eux et l'opérateur, reposant le dos de sa main gauche sur la table, place la pointe du coude du patient dans le creux de sa main tout en le saisissant fermement comme indiqué figure 2. En même temps, il place le pouce gauche fermement sur le point douloureux. Avec sa main droite, il saisit alors le poignet du patient. Si le mouvement le plus douloureux est la flexion accompagnée d'adduction, il tord la paume de la main du patient vers la ligne médiane et fléchit brusquement le coude, en poussant en même temps la main vers son poitrail. Si la flexion accompagnée d'abduction est plus douloureuse, la paume est tordue vers le dehors et l'avant-bras amené dans la position marquée en pointillés sur la figure. Dans de nombreux cas, les deux manœuvres doivent être accomplies, la pression du pouce étant déplacée en fonction du point le plus douloureux associé avec chacun des mouvements ; et enfin, une extension et une rotation complètes seront exécutées. La table sur laquelle la main gauche de l'opérateur doit reposer a été accidentellement omise sur le dessin. L'articulation de l'épaule Pour l'épaule, le principe d'action est exactement le même et les positions relatives de l'opérateur et du patient sont montrés sur la figure 3 qui illustre également très bien les points les plus habituels pour la pression du pouce. Les lignes pointillées montrent les positions vers lesquelles M. Hutton avait l'habitude de mobiliser le bras, fréquemment en succession rapide, mais en commençant toujours par la direction dans laquelle le mouvement était le plus douloureux. En exécutant ces différentes manipulations, la chose essentielle nécessaire, c'est, pour l'opérateur, d'avoir confiance et d'exercer vivement et instantanément toute la puissance de levier que lui permettent les membres. S'il tente de les mobiliser trop lentement, il s'arrêtera probablement, dans de nombreux cas, avant l'effet recherché – c'est-à-dire la rupture des adhérences, parce qu'il sera arrêté soit par la résistance qu'il ressent, soit par la plainte émise par le patient. Pas besoin de démonstration pour comprendre qu'un opérateur timide peut créer des dommages par la traction sur l'articulation, qu'il ne parviendra même pas à relâcher, alors qu'un mouvement plus franc et plus rapide parviendrait à libérer le patient. Je ne suis pas loin de penser que la peur de l'inflammation articulaire entretenue par les chirurgiens se fonde, si toutefois elle se fonde vraiment sur des faits cliniques réels, presque entièrement sur les résultats d'une mobilisation passive de nature inefficace ; suffisante pour augmenter la traction nuisible d'une adhérence et en même temps, insuffisante pour la détruire. La nuque et les cervicales Dans quelques cas, M. Hutton était consulté pour de la douleur dans la nuque ou les vertèbres cervicales ; et il avait l'habitude de les étirer de la manière suivante : son avant-bras gauche était placé sous le menton abaissé du patient avec la main venant entourer la base de l'os occipital. Le pouce droit était alors placé sur quelque point douloureux trouvé sur la colonne cervicale, puis le menton brusquement élevé de l'amplitude requise. Pour autant que me le permettent mes observations, les exemples de ce type ne correspondent pas à des adhérences, mais doivent généralement s'attribuer à quelque légère rigidité musculaire ou même à quelque maladie imaginaire. Les bénéfices obtenus étaient fort probablement davantage consécutifs à la douleur de l'opération et à l'effet produit par elle sur l'esprit du patient, que par quelque réel changement dans les conditions physiques concernées. Articulations de la cheville et du pied La suite de cet article va concerner la présentation des méthodes de manipulation du membre inférieur. Si nous considérons les adhérences concernant l'articulation de la cheville ou du pied, la méthode pour saisir le membre et rompre ces adhérences est montrée à la figure 4, qui semble nécessiter quelques explications supplémentaires. La partie proximale de l'articulation affectée est fermement maintenue, la pression du pouce étant établie de la manière habituelle. Le tarse est saisi de manière à fournir la meilleure force de levier possible, le pied légèrement tordu en dehors ou en dedans, puis brusquement courbé vers le haut contre la jambe, puis de nouveau abaissé. La règle veut que l'on exécute cette manœuvre deux fois – une fois le pied tourné en dedans, une fois le pied tourné en dehors ; cela sert également à s'assurer que les mouvements de l'articulation sont libres dans toutes les directions. Afin d'être certain de cette libération, la brièveté du levier rend indispensable que les mouvements soient rapides, presque soudains dans leurs caractéristiques, afin qu'il y ait réellement rupture et non pas seulement étirement de tout empêchement adventice au mouvement. L'articulation du genou La méthode de pliage du genou est montrée figure 5 et nécessite quelques précisions quant à son exécution. Tout d'abord, l'opérateur place le pied du patient entre ses genoux les condyles internes au niveau du calcanéum, sous la malléole du patient, et le pied tenu entre les muscles adducteurs de ses cuisses afin de bien le saisir sur toute sa longueur. Dans cette position, le pied sert de levier pour tourner la jambe, presque sans l'aide des mains qui saisissent la jambe du patient juste sous l'articulation du genou, avec un pouce placé, comme à l'habitude, sur le point douloureux. Par un mouvement latéral de ses cuisses, l'opérateur tourne alors le genou et, l'instant suivant, le fléchit par un mouvement simultané des cuisses et des mains. À l'évidence, ce mouvement ne peut assurer une flexion complète du genou et lorsque la limite du mouvement est atteinte, le praticien doit abandonner sa position d'origine, placer son avant bras droit (près du poignet) sous le genou, comme point d'appui, saisir la jambe du patient près de la cheville avec la main gauche et fléchir le genou jusqu'au bout. La première partie de la procédure servira à surmonter la résistance la plus importante ; tandis que la dernière partie terminera la libération commencée. L'articulation de la hanche Pour s'occuper de la hanche, M. Hutton utilisait la force de levier offerte par la longueur du membre de manière fort ingénieuse, comme le montre la figure 6. La torsion étant donnée par la saisie des mains de l'opérateur, la flexion était accomplie et avec une force presque irrésistible, en redressant le corps de manière à amener le membre du patient dans la position des lignes pointillées. Lorsque cette position est atteinte, la main gauche ou droite, selon le membre traité, est glissée vers le bas de manière à venir faire pression sur tout point douloureux dans l'aine, alors même que la flexion est achevée. De cette manière, le bassin du patient est fixé sur le divan, ce qui empêche toute inclinaison de son corps en avant. Comme pour les autres articulations, la torsion est faite du côté où elle est la plus douloureuse ; et pendant l'acte de flexion, le membre est écarté de la ligne médiane s'il est plus long – rapproché s'il est raccourci. Ces méthodes de travail avec les articulations des genoux et des hanches permettent d'illustrer fort à propos l'ingéniosité des moyens utilisés, grâce à laquelle toute aide mécanique ou instrumentale n'était pas nécessaire. Brodhurst, The Deformities of the human body Dans le récent et admirable travail de M. Brodhurst [1] sur les difformités, on trouve respectivement pages 139 et 141 des dessins de dispositifs auxquels il avait recours dans les cas de fausse ankylose des articulations du genou et de la hanche ; mais, même si de tels instruments peuvent parfois s'avérer nécessaires, je pense que les méthodes que je viens de décrire sont dans quasiment tous les cas suffisantes et que lorsqu'elles sont suffisantes, elles sont nettement préférables. Elles permettent à l'opérateur de déployer autant de force qu'il est légitime ou nécessaire de déployer ; et de la déployer en conservant une constante perception et conscience musculaire, de sorte qu'alors que cela pourrait se produire dans les mains d'une personne ignorante, il serait absolument impossible à un chirurgien d'infliger la moindre blessure à des structures normales. Il y a également les avantages incidents, quoique mineurs, de l'indépendance vis à vis de tout instrument, si ce n'est de ceux dont la nature nous a dotés ; à savoir que le patient gagne le temps et le coût incident à la construction d'un appareillage, et s'évite l'inquiétude d'esprit que ne manquerait pas de produire la vue de ce genre d'appareillage. M. Hutton avait l'habitude de faire frictionner les plus grosses articulations deux fois par jour avec de l'huile de pied de bœuf, et de les maintenir complètement enveloppées dans des cataplasmes de graines de lin pendant la semaine précédant son intervention et quelques jours après. Dans de nombreux cas, il faisait tremper l'articulation dans une eau aussi chaude que pouvait le supporter le patient pendant la demi-heure précédant ses manipulations. Il croyait que cela permettait de diminuer la résistance des muscles et le risque d'inflammation subséquente. Beaucoup de ces agissements et précautions étaient fondés sur les résultats de sa longue expérience, de sorte qu'il serait présomptueux d'inférer que l'on aurait pu se passer de cette pratique. M. Hutton était un homme perspicace et observateur et la pose de cataplasme couvrait un intervalle de temps pendant lequel il pouvait très bien perdre son patient. Je ne crois pas qu'il aurait adhéré à cette coutume sans avoir de bonnes raisons de penser qu'il aurait encouru quelque risque à les abandonner. En tout cas, cela distrayait et satisfaisait le patient et conférait un caractère cérémoniel à la manipulation finalement pratiquée pour cette cure. Concernant l'épaule ou la hanche, parmi les symptômes que M. Hutton avait coutume de considérer comme preuve d'un os « démis » (c'est-à-dire comme évidence de l'existence d'un état de choses pour lesquelles il pouvait agir positivement), il y avait l'apparition d'une douleur aiguë au réveil dans l'articulation ou à proximité, amenant le patient, s'il s'agissait d'un enfant, à pleurer au moment de son réveil. Je suppose que la mobilisation libre de l'articulation dans la période de semi conscience précédant le réveil excitait dans ce cas la douleur. Le rhume de hanche À cause de sa susceptibilité à quelque maladie articulaire de nature destructrice, à cause de la nature insidieuse des symptômes par lesquels ces maladies s'accompagnent parfois, et de par la manière dont l'articulation est recouverte d'importantes structures, la hanche semble probablement être une partie du corps qu'il pourrait être particulièrement dangereux de laisser traiter par une personne malhabile. Je ne parviens pas à admettre que M. Hutton ait appris cette leçon par l'expérience, car il était non seulement extrêmement attentif dans son examen de la hanche, mais aussi parce qu'il semblait également, à ce qu'il m'a semblé, particulièrement désolé lorsqu'il trouvait une raison de ne pas s'en occuper. J'ai vu avec lui un exemple qui eut, je pense, une heureuse fin bien que je ne pus le comprendre sur le moment ; Cela étant, depuis la publication par M. Teale (2) de ses cas de simulation de maladie de hanche par suppuration de la bourse située au-dessus du grand trochanter, j'imagine qu'une telle condition ait pu être la cause de ma perplexité. Ce qui suit est un résumé du cas : un garçon fut heurté à la hanche par un poney et la blessure produisit des symptômes ressemblant à ceux d'un rhume de hanche (morbus coxae), pour lesquels le garçon fut traité. Finalement, il fut amené à M. Hutton qui déclara que sa hanche était « démise » et qui la traita de sa manière habituelle. Après quoi, le garçon vit sa douleur augmenter de manière importante. On lui recommanda des cataplasmes. Cinq jours plus tard, ses amis indiquèrent qu'il était encore plus mal et qu'une grande quantité de pus s'était évacuée. Je prévoyais pour ce cas l'issue la plus mauvaise possible et supposais que la mobilisation avait provoqué quelque dommage ; mais un mois plus tard, je rencontrai le garçon déambulant dans la rue, en très bonne forme, ne souffrant d'aucune douleur et présentant seulement une boiterie à peine perceptible. M. Hutton nourrissait la très ferme croyance que dans tous les cas de maladie de la hanche, l'origine du dommage était une chute ou un coup sur la partie, conviction que n'ébranlait jamais l'absence d'un tel incident dans le récit que faisait le patient ou ses amis. Il maintenait avec certitude que les chocs et les coups étaient souvent ignorés par les parents et qu'ils étaient rapidement oubliés non seulement par les enfants, mais également, s'ils n'étaient pas immédiatement suivis de maladie, par les enfants plus âgés. Les cas de hanches pour lesquels il était le plus utile étaient probablement ceux dans lesquels, après la blessure, la hanche avait été volontairement maintenue au repos, par peur de déclencher la douleur, ou dans lesquels quelque dégât inflammatoire avait existé à l'extérieur de l'articulation et avait maintenu toutes les parties dans un état de quiescence non naturelle. Un test auquel il attachait de l'importance, et qui signait clairement des dommages extra-articulaires, différents de dégâts intra-articulaires, était qu'en l'absence de douleur lors d'une pression ou de chocs appliqués directement sur le talon, la douleur était pourtant ressentie par le patient en appui ferme sur le talon posé au sol, lorsqu'il tentait de tourner le pied en dehors ou en dedans, en utilisant le talon comme pivot. Un signe d'importance analogue était la production de douleur en se penchant en avant. Intérêt des méthodes utilisées par les rebouteux En réexaminant toute cette question, il me semble que l'intérêt des méthodes utilisées par les rebouteux tient essentiellement au fait qu'elles mettent en lumière les moyens grâce auxquels le recours à ces méthodes pourrait être évité. Cela nous apprend qu'il existe des cas, voire des classes de cas très communément traités par repos imposé ou seulement encouragé, dans lesquels le repos peut-être tellement poussé qu'il en devient préjudiciable. Dans toutes les formes d'inflammations proches d'une articulation, mais extérieures à elle, dans l'environnement des fractures et dans les entorses ordinaires, il est certain que de la substance est susceptible de se diffuser au sein des tissus, de s'organiser, de se solidifier et de se rigidifier. Il arrive probablement souvent que l'inflammation autour de l'articulation soit confondue avec une inflammation interne ; mais dès l'instant où l'attention des praticiens se verrait dirigée vers la possibilité d'une telle erreur, ils trouveraient de nombreux cas dans lesquels elle pourrait être évitée grâce à une analyse attentive des symptômes existants. Après les articles de M. Teale et du Dr Macnab auxquels je me suis déjà référé, aucun chirurgien ne devrait, dans le futur, être trompé par les cas tels que ceux qu'ils ont évoqués ; et la hanche n'est pas la seule articulation susceptible de se trouver fixée par de la contraction musculaire et d'autres changements consécutifs dans les bourses séreuses situées à proximité. Dans ces exemples de dommages externes aussi bien que dans l'événement non rare d'une partie de la capsule ou de la membrane synoviale d'une articulation douloureusement se trouvant pincée entre les extrémités des os, le chirurgien devrait chercher à éliminer l'idée d'une maladie intra-articulaire ; puis, ayant fait cela, devrait, en utilisant l'aide d'un support externe approprié, encourager la reprise modérée des mouvements ordinaires. Dans le traitement des fractures, l'intensité de la douleur peut impérativement empêcher de commencer une mobilisation passive précoce des articulations du membre affecté, et pousser à renvoyer dans son foyer un patient chez qui ces précautions ont été négligées en le considérant comme traité, dans l'espérance totalement infondée que la raideur se guérira toute seule. Ces dernières années, plus particulièrement dans les fractures de l'avant-bras, je me suis fait une règle de mobiliser les articulations fréquemment dès le début du traitement, en prenant un par un, le pouce, les doigts, le poignet et le coude, tout en maintenant en même temps fermement les os fracturés. Pour ce qui concerne les entorses, et plus particulièrement les plus embarrassantes de toutes, les entorses de la cheville, le traitement depuis longtemps utilisé et préconisé par mon père, le Dr Peter Hood (3), répondra totalement à la difficulté. Il consiste essentiellement en l'application attentive de bandes sur la partie affectée et en l'utilisation immédiate, mais précautionneuse du membre. Je ne puis conclure cet article sans exprimer ma reconnaissance pour le généreux support qu'a témoigné l'ensemble de la profession pour cette humble tentative destinée à apporter quelques profits à la profession, en dehors du camp des philistins (4). Conclusion Ce que j'ai écrit a, j'en ai tout à fait conscience, généré beaucoup de commentaires dans certains cercles ; et quelques reproches m'ont même été adressés, non seulement pour avoir, comme je le conçois, rendu justice au personnage particulier qu'est M. Hutton, mais également sur le fait d'avoir indûment exagéré ses succès en omettant de mentionner le mal qu'il aurait perpétré, à ce qu'on m'a dit. Ceux qui me critiquent devraient se souvenir que j'ai assisté à ses pratiques pendant un temps relativement court et à un moment de sa carrière où sa longue expérience lui avait sans doute permis d'établir les règles permettant de discerner les cas dans lesquels ses mouvements risquaient d'être nuisibles. Ils doivent également se rappeler que la tendance naturelle des patients à qui on a fait du tort, c'est d'aller voir ailleurs. En tous cas, que ce soit pour l'une ou l'autre de ces causes, très peu, voire aucun préjudice porté aux gens qu'il a traités ne m'a été rapporté ; et les résultats de son traitement lorsqu'il n'était pas bénéfique étaient généralement sans conséquences. Mais même s'il n'en avait pas été ainsi, j'aurais considéré le tort comme étant sans importance pour nous – résultat logique du manque de connaissance en anatomie et en pathologie, facile à résoudre par l'acquisition de ce savoir. En revanche, je fus étonné et souvent non moins mortifié devant le nombre et la variété d'exemples dans lesquels les manipulations que j'ai tenté de décrire ont été suivies d'une guérison quasi immédiate. Il s'agit là d'un simple fait, l'un de ces faits dont devrait tenir compte quiconque désire estimer la perte pour la profession aussi bien en argent qu'en réputation, consécutive à la négligence de toutes les vérités contenues dans ce que j'ai écrit, et notamment que M. Hutton était consulté par plus de mille personnes chaque année, et que pratiquement toutes avaient auparavant été suivies par un traitement médical. Upper Berkeley Street, février 1871. Notes 1. Bernard Edward Brodhurst, The Deformities of the human body. J. & A. Churchill, 1871. http://books.google.fr/books?id=5sj5hwPPNUEC (consulté le 11 novembre 2012) [Note du webmestre]. 2. Voir The Lancet, janvier 1871, p.22-23 : T. Pridgin Teale, M.A., F.R.C.S., Surgeon to the General Infarmery at Leeds.On the simulation of hip disease by suppuration of the bursa over the trochanter major. 3. « On the treatment of Sprained Ankle. » Chruchill, 1868. 4. Philistin : personne à l'esprit vulgaire ou borné, ne s'intéressant ni aux lettres, ni aux arts, ni à la nouveauté (N.d.T.). Le Site de l'Ostéopathie remercie Pierre Tricot de l'avoir autorisé à reproduire la traduction de cet article. 1ère publication sur le Site de l'Ostéopathie le 12-11-2012
  • Sur ce qu'on appelle « reboutement » 1er article

    11 juillet, par Jean Louis Boutin — Histoire et Philosophie,
    Sommaire Présentation Richard Hutton Première rencontre, première L'honorable Spencer Ponsonby Article du journal Echo Des traitements brutaux (...) Fracture de l'avant-bras Indications et contre-indicati Essai d'explications des (...) Cas de certaines fractures Le traitement de R. Hutton Notes Wharton Hood, md, mrcs** : Sur ce qu'on appelle « reboutement » - Sa nature et ses résultats * - 1er article - Traduction Pierre Tricot. La plupart des praticiens en chirurgie ont appris, à leurs dépens, qu'une grande proportion de cas de perte de mobilité ou d'usage de membres consécutifs à blessure échoue bien souvent chez une catégorie d'hommes appelée « rebouteux ». * Article paru en deux parties dans les numéros de juin et de juillet 1871 de la revue The Lancet. Traduction Pierre Tricot, novembre 2012. ** MRCS : Membership of the Royal College of Surgeons - Membre du Collège Royal de Chirurgie. Titre original : « On the co-called “bone-setting” its nature and results » The Lancet, June 1871, p. 304-310 Les titres sont de la rédaction du Site de l'Ostéopathie Présentation La plupart des praticiens en chirurgie ont appris, à leurs dépens, qu'une grande proportion de cas de perte de mobilité ou d'usage de membres consécutifs à blessure échoue bien souvent chez une catégorie d'hommes appelée « rebouteux ». Dans tous ces cas, ces hommes ont coutume de dire que l'os ou l'articulation affectée est « démise, » quand bien même n'existe absolument aucun signe anatomique de déplacement ; et sur ce, ils procèdent à des manipulations grâce auxquelles dans de nombreux cas, le patient guérit rapidement. Lorsqu'ils condescendent à évoquer les rebouteux et leurs œuvres, les professeurs de chirurgie, sont plus enclins à mettre l'accent sur les blessures parfois occasionnées par les maniements soi-disant « rudes » des rebouteux que sur les améliorations qu'ils obtiennent souvent. Il est sans aucun doute judicieux de mettre en garde les étudiants contre le fait de tordre une articulation enflammée ou ulcérée, ou de tirer dessus ; mais il serait également bienvenu de s'enquérir attentivement de la nature des cas dans lesquels les rebouteux agissent positivement, ainsi que sur la nature des changements apportés par leurs manipulations. Dans une conférence clinique publiée dans le British Medical Journal il y a trois ans, M. Paget a produit une tentative de ce genre ; mais il a procédé avec le désavantage d'être guidé par son idée préconçue quant à la nature du traitement du rebouteux. Je vais ci-dessous démontrer que ses idées préconçues sont par certains aspects erronées, et qu'en conséquence, ses conclusions ne sont pas toujours correctes. Si, à présent, j'évoque son autorité, c'est uniquement pour montrer la grande importance pratique des questions ici discutées. Il dit à ses étudiants : « Il est probable que peu d'entre vous n'auront pas, au cours de leur pratique, l'occasion d'affronter quelque ennemi rebouteux : et si celui-ci parvient à guérir un cas pour lequel vous avez échoué, cela peut faire sa réussite, au détriment de la vôtre. » À première vue, il peut sembler que les conditions évoquées par M. Paget ne soient susceptibles de se réaliser que dans la pratique d'un chirurgien de piètre qualité, et parmi les praticiens les moins bons et les plus ignorants de la communauté. Cette présomption est pourtant bien éloignée de la vérité car j'aurais à rapporter des exemples dans lesquelles les échecs ont été ceux d'homme non moins réputés que M. Paget lui-même, et dans lesquels les patients occupaient des positions bien en vue. De tels cas, non seulement nuisent sérieusement à la réputation individuelle du praticien, mais discréditent également l'art de la chirurgie dans l'esprit du public. Je pense qu'ils rendent obligatoire à quiconque en possède la possibilité, de placer devant la profession un clair compte-rendu concernant ce que l'on appelle reboutement, évoquant ses méthodes, ses échecs et ses succès. Mais avant de faire cela, il est nécessaire d'évoquer la manière dont j'en suis venu à posséder l'information requise. Richard Hutton Il y a à peu près quatre ans, mon père, le Dr Peter Hood, a soigné feu M. Hutton (1), le fameux rebouteux et, avec l'aide du Dr Iles de Watford, l'a suivi tout au long d'une grave maladie. Lorsqu'il fut guéri, considérant l'aide considérable qu'il avait apportée à tant de pauvres gens, mon père refusa le moindre paiement de la part de M. Hutton. M. Hutton s'est alors senti particulièrement redevable et réellement désireux de faire quelque chose pour témoigner sa gratitude. En remerciement de la sollicitude dont il avait été l'objet, il proposa d'expliquer et de montrer tous les détails de sa pratique de rebouteux. La pression du travail empêcha mon père de donner suite à cette proposition et M. Hutton la dériva sur moi. Après quelque temps de réflexion, je décidai de l'accepter ; et en conséquence, et en fonction du temps dont je disposais, d'assister aux consultations que M. Hutton dispensait dans sa maison londonienne. Ma décision ne fut pas seulement dictée par la curiosité que je ressentais à l'idée de voir la manière dont il traitait les cas qui se confiaient à lui, mais également par le désir de publier dans quelque temps futur à l'attention de la profession, toute compréhension que je pourrais acquérir quant à l'apparent mystère des ses fréquents succès. Je ne me sentis en revanche pas le droit de publier quoique que ce soit du vivant de M. Hutton, parce que, bien qu'il n'ait à ce propos posé aucune condition, il transmettait librement ce qu'il pensait et s'autorisait à penser avec impartialité, un secret important et de grande valeur. Je n'ai cependant pas hésité à discuter des ses méthodes avec des amis proches ; et le récent décès de M. Hutton m'a libéré des scrupules qui me retenaient de faire connaître plus largement ces méthodes. Au cours d'une seconde maladie qui frappa M. Hutton, je fus amené à prendre en charge les patients les plus démunis qu'il avait l'habitude de recevoir gratuitement, et découvris que je pouvais aisément accomplir tout ce que je l'avais vu faire. Je refusais cependant de prendre en charge la partie rémunérée de sa pratique et pour cette raison et quelques autres, ma relation avec lui cessa environ deux années avant sa mort. J'ai cependant découvert que notre relation avais duré suffisamment longtemps pour me permettre d'accéder à une connaissance dont la nature n'est pas transmise dans l'enseignement de la chirurgie classique, savoir, qui, guidé par la connaissance de l'anatomie, s'avère d'une valeur pratique inestimable, aussi bien dans les traitements préventifs que curatifs. Dans les articles qui vont suivre, je me propose, par conséquent, de donner un bref compte-rendu des points les plus marquants des méthodes de M. Hutton dans les traitements des articulations endommagées, des résultats de ces traitements, et des catégories de cas dans lesquelles ils furent efficaces. Et en premier, je me dois d'évoquer la parfaite bonne foi et la grande honnêteté de M. Hutton. Il n'avait reçu aucune instruction, ignorait totalement l'anatomie et croyait fermement en la vérité de l'affirmation ordinaire selon laquelle « l'articulation était démise. » À ses yeux n'existait pas d'autre explication possible à la répétition constante des événements. Une articulation rigide, douloureuses et impotente se trouvait, grâce à son maniement, presque instantanément rétablie dans sa liberté et sa fonction, le changement s'accompagnant très souvent d'un son audible qu'il considérait comme la preuve du retour de l'os à sa place. Lorsque ce bruit, si plaisant à son oreille, se faisait entendre, il se tournait vers le patient et disait, dans son patois : « Z'avez entendu ça ? » La réponse venait : « Oui » ; et il rétorquait : « Maintenant vous voilà guéri - servez-vous de votre jambe. » Pour le patient (probablement aussi ignorant de l'anatomie que M. Hutton) qui était arrivé avec des béquilles, souvent après un long traitement chirurgical et qui repartait « en marchant et en sautillant, » il n'est pas surprenant que l'explication ait paru largement suffisante. Lors de mes premières rencontres avec M. Hutton, j'ai souvent essayé de discuter avec lui des problèmes présentés, tentant d'expliquer ce qu'il avait fait en réalité. Mais je me suis vite rendu compte que si je désirais vraiment apprendre quelque chose de lui, je devais me contenter d'être attentif et de le regarder opérer. Il avait atteint un degré de confiance qu'il était impossible d'ébranler. Première rencontre, première guérison Lors de la première visite que je lui rendis, M. Hutton me demanda de l'accompagner chez un homme que j'appellerais M. A- et dont M. Hutton s'était occupé deux années auparavant. Alors qu'il était assis sur une chaise, dans sa cuisine, cet homme se précipita à la rencontre d'un ami. Au moment où ses pieds touchèrent le sol, il tourna le corps sans les bouger et, en faisant cela, tordit ou força violemment son genou gauche. Il ressentit sur l'instant une très forte douleur dans l'articulation, douleur qui dura une heure ou deux, puis diminua graduellement au cours de la journée. Il put continuer à vaquer selon ses besoins. Dans la nuit, il fut réveillé par une douleur grandissante et s'aperçut que son genou était très enflé. M. A- était le frère du professeur d'obstétrique d'un des principaux collèges médicaux de Londres et reçut les meilleurs avis chirurgicaux que Londres pouvait lui dispenser. On lui prescrivit le repos du membre et l'application de chaleur et d'humidité. Il obtint ainsi quelque diminution de la douleur, mais le genou demeurait enflé. Il arriva finalement chez M. Hutton qui déclara immédiatement que son genou était « démis, » et proposa de le replacer. Rendez-vous fut pris dans ce but, mais entre temps, le patient consulta d'autres éminents chirurgiens et il écrivit à M. Hutton pour décommander son rendez-vous. Au cours des deux années qui suivirent, il reçut divers traitements chirurgicaux, sans obtenir de soulagement significatif, ce qui le fit se tourner de nouveau vers M. Hutton. C'est lors de cette seconde visite que j'accompagnai M. Hutton et ce que je vis m'impressionna particulièrement. Le genou de M. A- était bandé et une fois la bande enlevée, il nous apparut très enflé, la peau brillante et décolorée. L'articulation était immobile, très douloureuse sur la partie interne. M. Hutton plaça tout de suite son pouce sur un point au-dessus du bord inférieur du condyle interne du fémur, ce qui déclencha une vive douleur chez le patient et le fit sursauter. Sans s'attarder davantage à examiner le membre, M. Hutton lui dit : « Qu'est-ce que je vous ai dit, il y a deux ans ? » M. A- répondit : « Vous m'avez dit que mon genou était démis. » « Et je peux vous dire la même chose aujourd'hui » répondit M. Hutton. « Pouvez-vous le remettre en place » demanda M. A- ? « Oui, je peux » « Alors, ce serait bien de le faire. » dit M. A- en lui montrant sa jambe. M. Hutton différa son intervention d'une semaine ; il ordonna d'envelopper l'articulation avec des cataplasmes de graines de lin et de le frotter avec de l'huile de pied de bœuf, donna un rendez-vous et s'en alla. Pendant qu'ils discutaient, j'en profitais pour examiner attentivement la jambe, ce qui me confirma qu'il n'existait aucune dislocation. Ma conclusion fut que le bon traitement était le repos et l'immobilité. La semaine suivante, je me rendis à nouveau chez M. A- et M. Hutton arriva tout de suite après moi. « Comment va ce genou ? » demanda-t-il ? « Je le trouve un peu mieux. » - « Vous avez pu le bouger ? » « Non. » - « Faites voir. » La jambe était étendue et M. Hutton se tenait devant le patient qui hésita à montrer sa jambe. « Vous êtes vraiment certain qu'il est démis et que vous pouvez le remettre en place ? » Il y eu un moment de silence, puis : « Donnez-moi votre jambe vous dis-je. » Non sans réticence, le patient s'exécuta et leva lentement la jambe pour la présenter à M. Hutton. Celui-ci s'en saisit, les deux mains entourant le mollet, puis, maintenant fermement le pied en enserrant le talon entre ses deux genoux, il plaça le pouce de la main gauche étendu en appui sur le point douloureux de la partie interne du genou. Il demanda au patient de rester assis, bien stable sur sa chaise. À ce moment, je pense que celui-ci aurait bien aimé reprendre le contrôle de sa jambe. M. Hutton inclina le genou vers sa droite, aidant avec les mains le mouvement de rotation qu'il imprimait sur la jambe. Il maintint une pression ferme de son pouce sur le point douloureux et fléchit soudain le genou. Le patient émit un cri de douleur. M. Hutton rabaissa la jambe et lui enjoignit de se lever. Il le fit, déclarant immédiatement pouvoir mieux bouger sa jambe et ne plus ressentir le point auparavant si douloureux. M. Hutton lui conseilla de l'exercice journalier modéré et sa guérison fut rapide et complète. Quelques jours plus tard, il put retourner au travail et de ce jour jusqu'à sa mort, survenue trois ans plus tard, son genou ne lui posa plus aucun problème. L'honorable Spencer Ponsonby Un cas non moins remarquable fut celui de l'honorable Spencer Ponsonby qui, à l'époque, retint énormément l'attention. Comme M. Ponsonby a eu la gentillesse d'écrire pour moi l'histoire de son cas, et puisque sa description est particulièrement imagée, je ne puis faire mieux que de vous la présenter telle qu'elle m'est parvenue. Je dois juste signaler que les initiales A, B, C, etc., représentent les noms de personnages de considérable réputation au sein de la profession. « Le 26 novembre 1864, en courant dans le jardin de Croxteth, près de Liverpool, je suis tombé et j'ai entendu à ce moment quelque chose craquer dans le mollet de ma jambe gauche. La douleur fut tellement vive que je m'écroulai tel un lapin sous la balle du chasseur et que j'eus bien du mal à regagner mon foyer à quelques mètres de là. Je mis immédiatement ma jambe à tremper dans un seau d'eau chaude et l'y laissais pendant une heure. Le lendemain, ne me sentant pas mieux, j'allais voir un médecin du voisinage qui me dit que j'avais claqué un muscle et que je devrais rester tranquille quelques jours. Il frotta avec quelque forte pommade ; il n'y avait pas de signe d'inflammation et il mit en place une attelle de cuir. Après deux ou trois jours, je fus capable de marcher en boitillant ; mais étant rappelé par télégramme à Londres et arrivant dans une maison déserte, je heurtais mon orteil contre un clou dépassant du plancher et me blessais vraiment méchamment. « À partir de ce moment (2 décembre) jusque début mai, je fus suivi en consultation par M. A et M. B qui furent tous deux d'accord pour dire qu'il y avait une rupture de la gaine du mollet (je crois qu'ils l'appelaient gastrocnémien) et qui m'ont traité en conséquence. Parfois, ma jambe allait mieux ; mais la moindre sollicitation provoquait douleur et fragilité. « À partir du 2 mai, je fus pris en charge par M. C. Il fut d'accord avec le diagnostic de ses confrères, mais pensa que j'avais une faiblesse constitutionnelle et me donna du fer et autres produits, qui n'eurent aucun effet. Ma jambe fut également placée dans un engin métallique, afin de soulager le muscle du mollet du poids de la jambe. Un autre éminent chirurgien vint me consulter le 24 juin. Il fut d'accord avec le traitement de M. C et avec son idée de faiblesse ; de même le Dr D, consulté lorsque je vins à Wildbad. « Le 14 août, comme il n'y avait aucune amélioration, M. C a mis ma jambe dans un plâtrage élastique pour un mois. Je partis alors en croisière, tout en laissant ma jambe au repos complet pendant ce temps. Mon état de santé qui s'était détérioré progressivement s'améliora grâce à l'air marin, mais ma jambe n'allait pas mieux. Le chirurgien du bateau, le Dr E, m'examina également et fut d'accord quant à la cause du handicap, mais dit : ‘Une veille femme pourrait vous guérir, mais pas un docteur. « Le 7 septembre, le plâtrage élastique fut enlevé et on essaya le courant galvanique pendant près de trois semaines. À la fin de cette période, je partis pour une croisière en bateau de quatre mois, et pendant tout le temps du voyage, reçus de douches d'eau de mer. Pendant tout ce temps, je me déplaçais systématiquement avec des béquilles ou avec deux cannes. Grâce à la croisière en mer, ma santé s'était considérablement améliorée, mais ma jambe était telle qu'auparavant et avait diminué de moitié. « Le 5 avril, M. F commença à traiter ma jambe avec son système. Son idée était que les muscles étaient séparés, mais que si on rapprochait les deux parties, elles se rejoindraient. Je portais une botte à haut talon pendant la journée et pendant la nuit, mon talon était fixé de manière à être maintenu dans la même position. Aucune amélioration ne fut amenée par ce traitement et, en conséquence, après un mois d'essai, j'allais voir M. Hutton qui, en voyant mon haut talon s'écria : ‘Pourquoi portez-vous ce machin ?' ‘Vous voulez donc vous estropier ?' Je commençais à lui rendre compte des opinions des différents chirurgiens concernant mon cas, lorsqu'il dit : ‘Ne m'ennuyez pas avec l'anatomie ; je n'y connais absolument rien ; mais je peux vous dire que votre cheville est déplacée et que je peux vous la replacer. « Comme il partait quelques semaines pour le Nord, il ne put entreprendre mon traitement et je retournais le voir le 27 juin, en lui disant que pendant ce temps, j'avais consulté des chirurgiens qui m'avaient assuré qu'il y avait peut-être des choses qui n'allaient pas chez moi, mais certainement pas la cheville qui était ‘tout à fait bien,' mais que je voulais néanmoins me soumettre à son traitement. Il m'examina de nouveau très attentivement, commençant à l'os de la cheville et il plaça alors son pouce à un endroit pour moi très douloureux, comme une piqûre par une aiguille très pointue. Il commença à opérer sur moi ; après un certain temps, il y eut un changement très net et à partir de ce moment, la douleur disparut. M. Hutton me demanda de marcher doucement, de ne prendre aucun exercice violent pendant un bon moment et d'utiliser de l'eau froide en abondance. À partir de ce moment, ma jambe s'améliora progressivement. En septembre, je pus aller à la chasse sans problème et le 14 octobre, ayant raté un train, je pus marcher 20 km sur la route pour rentrer à la maison. L'année qui suivit, j'ai pu reprendre le cricket, le tennis et d'autres exercices intenses et je les continue depuis. « J'ai oublié d'indiquer que le 5 juillet 1866, à peu près une semaine après ma première opération, je me blessai à nouveau à la jambe au cours d'un exercice trop violent, ce qui me fit boiter comme jamais auparavant. M. Hutton recommença son traitement et je n'eus par la suite aucune rechute. Sa conclusion fut que l'os de la cheville étant mal placé, les muscles étaient eux-mêmes mal placés et ne pouvaient pas se réparer. » Article du journal Echo Ces deux cas, choisis parmi de nombreux autres, permettent d'illustrer les faits que je vais bientôt évoquer et j'en fais mention dans le but de montrer que l'art du rebouteux a permis de compléter la meilleure chirurgie accessible en Angleterre et de guérir des patients ayant des situations sociales élevées. Dans le même but, je retranscris ici une lettre qui a été publiée dans le journal Echo de mars de l'année dernière, dans le but de démontrer les sortes d'effets que les traitements efficaces sont susceptibles de produire sur le grand public : « Monsieur,- Il y a peu de temps, un peintre qui travaillait pour moi est tombé d'un étage, se blessant gravement ; il fut envoyé au Bartholomew Hospital. Il y resta à peu près trois semaines, avant d'être renvoyé comme guéri, alors même qu'il ne pouvait marcher sans béquilles. Après une quinzaine de jours, ne constatant aucune amélioration, je l'envoyai voir M. Hutton, de Wyndham Place, Crowford Street, qui trouva que son genou et sa hanche gauches étaient tous deux démis. Il les replaça correctement. Et depuis lors, l'homme peut venir normalement à son travail, comme il avait l'habitude de le faire avant son accident. « Je connais plusieurs cas semblables démontrant l'incapacité de la profession chirurgicale. On apprend aux étudiants comment amputer bras et jambes et comment faire des invalides, mais aucun d'eux ne sait quoi faire sur les déplacements, ce qui éviterait pourtant bien des amputations. Personnellement, et grâce aux interventions de M. Hutton, j'ai pu éviter à deux personnes de se voir amputer de la jambe. Cette question mérite la plus grande attention, en vue d'établir un hôpital spécialisé dans les déplacements. Je suis tout à fait prêt à aider et à souscrire beaucoup, dans le cas où ce projet viendrait à se réaliser. Votre respectueux, Thomas Lawes. 65, City Road » Des traitements brutaux des rebouteux Un homme capable de guérir un défaut devrait être écouté quant à l'interprétation de sa nature ; et un chirurgien ne fait qu'exciter l'incrédulité dans les esprits des non-professionnels lorsqu'il refuse l'idée qu'aucun déplacement n'a jamais existé dans aucun des exemples évoqués ci-dessus. Mais voilà le fait ; et les déplacements, dans le sens conventionnel de ce terme, n'existent pas dans les cas traités avec succès par M. Hutton. J'ai déjà parlé des descriptions données dans les conférences, évoquant les « traitements brutaux » des rebouteux et les blessures qui en ont résulté. Les rebouteux sont nombreux et, parmi tous ceux que je connais, beaucoup seraient susceptibles d'être ainsi évoqués. Mais pour ce qui concerne M. Hutton, un tel jugement serait immérité. Comme d'autres personnes, il a pu commettre des erreurs, et avoir mobilisé des articulations qu'il aurait mieux valu ne pas toucher ; mais ces cas sont très certainement exceptionnels. Il a des indications auxquelles il se fie et qui lui disent quand il peut être utile ; et j'aurais à montrer que ces indications, qu'il tenait de la tradition ou de l'expérience personnelle, étaient en parfaite harmonie avec les faits anatomiques et pathologiques, et n'étaient, par conséquent, pas susceptibles de conduire à des erreurs. Pour ce qui concerne les « traitements brutaux, » il utilisait effectivement la force ; et dans toutes mes premières tentatives de traitement de cas, j'ai fréquemment échoué parce que, me retenant par peur de faire des dégâts, je n'utilisais pas suffisamment de force. Mais la force était appliquée d'une manière très précise, afin d'atteindre l'objectif déterminé et cessait dès que cet objectif était atteint. Il n'y avait aucun mouvement hasardeux ou sans objectif ; bien au contraire, seulement un mouvement dont chaque étape était réfléchie et planifiée avant exécution, tout comme les mouvements du chirurgien lors de la réduction d'un véritable déplacement. Dans le second article, je m'emploierai à décrire les cas traités, à la fois dans les aspects où ils se présentaient à un observateur non-professionnel, et également en accord avec ce que j'imagine être leur véritable pathologie. Les patients qui recherchaient l'aide de M. Hutton, avaient, dans une large proportion d'entre-eux, reçu un traitement chirurgical pour quelque blessure ; et je ne puis décrire de cas plus typique, ni plus fréquent que celui qui suit : Fracture de l'avant-bras Un homme en parfaite santé se fit une fracture d'un ou des deux os de l'avant-bras et alla à l'hôpital où des attelles furent placées comme à l'habitude. Il devint patient externe et à l'occasion, les attelles furent retirées et replacées. Après un certain nombre de semaines, les os s'étant solidement ressoudés, on enleva les attelles et le malade fut renvoyé comme guéri. Il dit qu'il ne pouvait utiliser ni son poignet, ni sa main, ni son avant-bras, mais on l'assura que cette difficulté provenait seulement de l'enraidissement consécutif à la longue période d'immobilisation et qu'elle disparaîtrait rapidement. Au lieu de disparaître, cela ne fit que s'aggraver, ce qui l'amena à consulter M. Hutton. Bras et avant bras étaient fléchis quasiment à quatre vingt-dix degrés ; l'avant-bras était bloqué dans une position intermédiaire entre pronation et supination ; la main était dans son alignement ; et les doigts étaient étendus et rigides, le patient incapable de les bouger, incapable également de bouger poignet et coude. On pouvait mobiliser passivement dans un degré très limité, mais cela était particulièrement douloureux, notamment en des points très localisés à proximité de chaque articulation, points qui étaient également très douloureux à la pression. M. Hutton dit à l'homme que son poignet et son coude étaient « démis. » L'homme fit remarquer que la blessure intéressait le milieu de l'avant-bras - consécutives, sans doute, à quelque coup ou autre violence directe. M. Hutton lui répondit qu'effectivement, le bras était cassé, comme indiqué, mais que le poignet et l'épaule s'étaient trouvés dérangés en même temps et que les docteurs n'avaient pas remarqué ces blessures. Alors, à l'aide d'une rapide et habile manœuvre que je décrirais ultérieurement, il vint à bout de la rigidité des doigts, ce qui permit au patient de les bouger à nouveau. Le bénéfice acquis sur l'instant, vainquit la réticence du patient à confier son poignet et son coude à la manipulation ; et les deux furent promptement rendus à leur mobilité. L'homme partit en pouvant facilement étendre et fléchir ses articulations, si rigides l'instant d'avant, pleinement convaincu qu'en étant resté aux mains des docteurs, il aurait pu leur garder rancune. Indications et contre-indications Les cas de mobilité détériorée suite à des maladies touchant les articulations ou leur environnement étaient également fréquents ; mais il intervenait rarement dans les cas de maladies articulaires en évolution. M. Hutton évitait de manipuler une articulation qui lui paraissait enflammée ou sur laquelle existaient une rougeur ou une chaleur manifestes ou de laquelle s'écoulait du pus ; et je l'ai très rarement vu opérer lorsqu'existaient des cavités ouvertes à proximité. En règle générale, il s'agissait de cas chroniques et l'existence de quelque légère mobilité (même très légère) semblait une condition indispensable pour réussir ; et les principales demandes concernaient la douleur. La fréquente remarque de M. Hutton : « s'il n'y a pas de douleur, je ne peux pas faire grand chose, » montre la valeur qu'il accordait à ce symptôme. Des conditions habituellement traitées, je peux donner la classification suivante : 1. Raideur et douleur articulaires consécutives à la fracture d'un os les constituant. Ces cas sont de deux types : (a) articulations simplement raides, ainsi arrangées suite à des exigences de mouvement, et en ayant été incluses dans les attelles posées pour réduire la fracture ; et (b) articulation raides et enflées qui ont été plus ou moins impliquées dans le traumatisme original. 2. Foulures récentes ou anciennes, mais qui ont été traitées par une mise au repos imposée. 3. Articulations maintenues volontairement au repos pour éviter la douleur, que ce soit après quelque traumatisme les concernant directement ou concernant les tissus mous environnants, ou bien suite à quelque maladie douloureuse affectant ces derniers - par exemple, une épaule douloureuse à la suite de l'inflammation et de la suppuration de la bourse située sous le muscle deltoïde. 4. Articulation rhumatisante ou goutteuse. 5. Cartilages déplacés. 6. Enflure de ganglions sur le carpe. 7. Subluxations d'os du carpe et du tarse. 8. Tendons déplacés. 9. Articulations hystériques. Les manipulations des cas de presque tous ces types m'ont pleinement convaincu que lorsqu'une articulation est maintenue au repos, elle est susceptible de créer des changements affectant sa structure propre ou celle de structures associées qui aboutiront à une réduction de sa mobilité. Il est probable que certains états constitutionnels comportent une propension plus marquée à de telles modifications, qui se produisent donc de manière plus ou moins rapide selon les personnes. Il serait difficile d'évoquer leur siège ou leur nature avec certitude sans recourir à un examen anatomique ; mais elles résistent à la mobilisation passive avec une sorte de résistance élastique, comme si les articulations étaient empêchées par de forts ligaments ou tissus fibreux. Il se peut que dans certains cas, les ligaments de l'articulation puissent se contracter ou se rigidifier, ou devenir adhérents aux parties adjacentes ; dans d'autres cas, des bandes fibreuses adventices ont pu se constituer ; dans d'autres, les muscles ont pu se rétracter. À nouveau, l'hémorragie a pu se solidifier et ainsi empêcher le mouvement comme un état analogue à une charnière rouillée. Il est même probable que l'un des effets du repos soit de diminuer les secrétions (le stimulus naturel donné par le mouvement étant supprimé) à la fois dans les articulations et dans les feuillets tendineux ; et ainsi, se produirait une sorte de sécheresse non naturelle, analogue à celle que nous pouvons supposer exister dans le cas d'un cheval « poussif au démarrage. » Dans tous ces cas, cependant, l'empêchement du mouvement devient source de douleur lorsqu'une mobilisation est tentée ; et la douleur est donc souvent envisagée comme une indication à demeurer au repos. Un patient peut souvent induire son chirurgien en erreur en disant que l'articulation affectée « semble faible, » une expression qui semble naturellement suggérer l'utilisation de quelque forme de soutien mécanique. Lorsque celui-ci est porté, il donne un léger regain de force, mais une fois ôté, la condition antérieure réapparaît, inchangée. Dans ces cas, « faiblesse » signifie que l'articulation ne peut être mobilisée sans douleur et les gens utilisent ce mot uniquement parce qu'ils ne savent pas comment décrire précisément la condition existante. Quiconque a souffert de lumbago comprendra parfaitement cela. Une personne ainsi souffrante ressent de la « faiblesse » en ce sens que la capacité à se relever de la position couchée semble avoir disparue. Elle n'a pas vraiment disparu, mais il existe une crainte instinctive à mettre les muscles concernés à contribution ; et cette crainte envoie au cerveau une impression d'incapacité à bouger ne pouvant être surmontée que par un grand effort de volonté. Essai d'explications des traitements Cela étant, les cas dans lesquels l'intervention de M. Hutton a été efficace furent ceux dans lesquels quelque restriction de mouvement consécutive soit à une blessure, soit à un repos imposé consécutivement, soit aux deux ensembles, et dans lesquels les mouvements douloureux de l'articulation testés purent être immédiatement recouvrés grâce à la manipulation. Dans le cas de M. A, décrit plus haut dans cet article, il ne fait aucun doute que quelques bandes adventices empêchaient le mouvement et que l'un de leur attachement se trouvait sur le bord inférieur du condyle interne du fémur. Il y avait sur ce point de la douleur et le mouvement fut testé jusqu'à ce que cette bande soit mise en tension. La fréquente traction sur son insertion faisait que cette partie était constamment douloureuse sous la pression ; et son influence perturbante générale créait et maintenait une condition d'irritation et de gonflement au niveau de l'articulation. En fléchissant et en tordant brusquement la jambe, M. Hutton a rompu la bande ; et tous les troubles consécutifs à sa présence se sont réduits, immédiatement ou après quelque temps. Je l'ai vu souvent manipuler des articulations avec sur le moment, l'impression que ce traitement n'avait rien amélioré ; et pourtant, lorsque l'intervention était terminée, avec production de beaucoup de douleur, les patients exprimaient joyeusement leur sensation d'augmentation de force et de liberté dans le mouvement. J'ai déjà mentionné que lors de mes premières tentatives, mes échecs à atteindre la libération recherchée étaient consécutifs au fait que je n'utilisais pas une force suffisante pour vaincre la résistance. Possédé par une peur parfaitement infondée d'exciter l'inflammation, j'étais trop précautionneux dans ma manière de faire. M. Hutton m'a souvent dit n'avoir jamais constaté d'augmentation de l'inflammation après ses manipulations ; et même s'il est possible que certaines personnes chez qui cela s'est produit ne le lui aient pas fait savoir, je n'hésite pas à dire qu'il ne faut pas avoir peur de voir cela se produire suite à la réduction du type de résistance au mouvement que je viens de considérer. De telles restrictions sont présentes à un degré plus ou moins important dans les quatre premières classes de cas ci-dessus énumérées ; cependant, dans la quatrième classe, celle des articulations rhumatisantes ou goutteuses, existent souvent d'autres modifications qui font que le traitement par le mouvement est d'utilité limitée. Les cas de cartilages déplacés sont également souvent accompagnés par une restriction volontaire de mouvement par peur de la douleur et, par conséquent, affectés par la formation de cette sorte d'adhérence ; et dans ces cas, la manipulation peut avoir le double effet de rompre l'adhérence et de rectifier le déplacement. Les gonflements ganglionnaires au niveau du carpe sont souvent accompagnés de douleur et de faiblesse articulaire. La dureté de pierre qu'ils ont parfois les a fait considérer par M. Hutton comme des os déplacés ; il ne pouvait pas concevoir qu'un sac de fluide puisse donner une telle sensation à la palpation ; et lorsqu'il trouvait qu'ils disparaissaient sous la pression de son pouce, sous la pression et la flexion utilisée, il prétendait que l'os s'était remis à sa place. Je pense que dans un nombre considérable de cas, des subluxations des os carpiens ou tarsiens étaient présentes. En utilisant le mot « subluxation, » je désire signifier quelque perturbation dans la relation normale d'un os, sans véritable déplacement ; et je crois qu'une telle perturbation peut être produite soit par la traction d'une bande d'adhérence à proximité de l'articulation, soit par une torsion ou quelque autre violence directe. Je ne vois aucune explication permettant d'expliquer le récit que nous a fait M. Ponsonby de l'accident dont il a été victime après la première manipulation de M. Hutton. Il semble clair que dans le premier exemple, la position artificielle si longtemps maintenue a permis la constitution de quelque sorte d'adhérence à proximité du tarse, le point exact où la douleur était si aiguë se trouvant sur la partie supérieure de l'articulation calcanéo-cuboïdienne, et que cette adhérence fut rompue et le pied rendu à sa liberté. Mais le handicap qui se produisit si rapidement après le surmenage du pied qui fut immédiatement supprimé par la manipulation doit sûrement être consécutive à quelques changements dans les relations ou opposition des surfaces articulaires. Un déplacement de tendon est certainement d'occurrence beaucoup plus fréquente qu'on ne le suppose ; et en excluant plusieurs cas dans lesquels les symptômes étaient évidents, j'en ai vu beaucoup d'autres qui furent traités et dans lesquels l'altération dans l'apparence de l'articulation immédiatement après, ne peut s'expliquer que de cette manière. Dans ces cas, j'ai plusieurs fois suggéré à M. Hutton d'abandonner sa notion d'os déplacé et de chercher à percevoir la véritable caractéristique du changement. Il fut cependant imperméable à mon argumentation sur la question ; dans tous les cas pour lesquels son interventions avait remédié à un défaut, il demeura figé dans son explication. Un certain nombre d'« articulations hystériques » furent traitées avec succès ; et dans ce cas, ce ne fut pas tant le traitement que l'homme et les circonstances présentes qui assurèrent la guérison. Cas de certaines fractures De ce qui vient d'être dit, on voit que M. Hutton excluait virtuellement de la catégorie des cas pour les quels il pouvait être de quelque utilité, tous ceux de véritable ankylose et ceux de maladie articulaire aiguë. On lui amenait rarement des cas de fracture récente ; et lorsqu'ils arrivaient, au moins pour les seules catégories de cas que j'ai pu voir, c'est-à-dire, fracture de l'avant-bras, de la clavicule et des doigts, il les traitait par bandes et bandages. Dans la fracture d'un des os de l'avant-bras, ce plan fonctionnait très bien, la fonction d'attelle étant assurée par l'autre os. Dans les cas de fracture de clavicule, son plan consistait à appliquer trois morceaux de sparadrap ayant chacun environs 60 cm de long et 3 cm de large. Il fixait une extrémité de chaque morceau au centre du sternum et, en étirant doucement le sparadrap par dessus la fracture, il attachait l'autre extrémité dans le dos sous la pointe de l'omoplate. Le bras était suspendu en écharpe et les cas allaient généralement très bien. On voyait occasionnellement de vieilles fractures non consolidées, qui repartaient invariablement sans amélioration. Les dislocations dans le sens chirurgical du mot se limitaient quasiment à quelques vieux cas non réduits ; et dans ces cas, le bénéfice apporté n'allait guère plus loin que l'augmentation partielle de la mobilité de la tête de l'os dans sa nouvelle position. Le traitement de R. Hutton Après s'être assuré par son examen et ses questions que le cas présenté pouvait être traité par lui avec quelque chance de succès, la première étape suivie par M. Hutton était de tâter le pourtour de l'articulation affectée, à la recherche de quelque point douloureux à la pression, et dans toutes les manipulations subséquentes, il faisait très attention à fixer le point douloureux par une ferme pression du pouce. Ce point pouvait se trouver n'importe où à proximité de l'articulation, mais plus fréquemment sur la partie interne que sur la partie externe ; et pour chaque articulation, il avait une localisation privilégiée - pour la hanche, c'était au-dessus de la tête du fémur ; vers le milieu de l'aine ; pour le genou, il se situait sur le bord inférieur du condyle interne du fémur ; pour le coude, au-dessus du condyle interne de l'humérus, au poignet, sur l'os scaphoïde ou l'os semi-lunaire ; et ainsi de suite. Une fois trouvé le point douloureux, la partie proximale du membre affecté était fixée et la partie distale saisie fermement, la pression du pouce appliquée et maintenue sur le point douloureux et l'articulation soudainement fléchie ou étendue, parfois également, portée en abduction ou en adduction, selon le cas. La direction du mouvement dépendait essentiellement de la direction de la résistance ¨- un principe qui se présentait à l'esprit de M. Hutton sous forme de maxime selon laquelle « une articulation doit être remise à l'inverse de la direction dans laquelle elle a été démise. » La résistance des muscles était vaincue, ou au moins réduite au minimum, en tournant la partie du membre sous l'articulation autant que faire se peut sur son axe. Par ce moyen, les muscles étaient étirés en dehors de leur ligne d'action habituelle, ce qui les rendait presque sans force. Dans la conférence que j'ai déjà évoquée, M. Paget disait : « Les rebouteux mobilisent violemment les articulations contre la résistance musculaire, jusqu'à ce que les muscles soient épuisés et vaincus. » Pour ce qui concerne M. Hutton, cette description ne correspond pas aux faits, parce que grâce à sa manœuvre de rotation, il enlevait la résistance musculaire et ses manipulations ne duraient jamais suffisamment longtemps pour permettre aux muscles d'être « épuisés et vaincus. » Tous les cas évoqués dans cette première partie étaient tous des exemples dans lesquels la liberté de mouvement fut rétablie en une seule intervention. Mais cela ne pouvait pas toujours être accompli en une seule fois et les manipulations devaient parfois être répétées plusieurs fois. Dans ces cas, M. Hutton attachait de l'importance à la production d'une sensation de fourmillement le long du membre affecté et estimait n'avoir pas fait tout ce qui était en son pouvoir tant que le fourmillement ne s'étendait pas jusqu'à l'extrémité des doigts ou des orteils. Certains des cas dont j'ai parlé ci-dessus sont suffisamment bien connus des chirurgiens ; et je pense qu'il est, dans l'ensemble, clair que l'art des rebouteux repose, de fait, sur les fréquentes occurrences de ce que l'on pourrait appeler un degré mineur de fausse ankylose (2), produite de différentes manières, et parfois localisées dans différentes structures naturelles ou adventices. Alors que les degrés prononcés de fausse ankylose sont depuis longtemps connus, et ont, dernièrement, dans un nombre de cas sans cesse croissant été rompues avec succès, les degrés mineurs semblent avoir presque complètement échappé à l'observation ; et il semble judicieux de remarquer que leur caractère partiel a probablement servi à déguiser leur véritable nature et conduit à les confondre avec des formes de maladies articulaires plus actives. Une fausse ankylose complète empêche presque complètement tout mouvement ; alors qu'une adhérence qui ne fait que contenir (retenir) le mouvement sera une source constante de contrainte préjudiciable sur les structures de l'articulation et sera susceptible encore et encore, d'établir une irritation aiguë.Il semble par conséquent hautement important que ces adhérences isolées ou partielles soient enfin reconnues par la profession ; et qu'elles ne soient plus abandonnées aux soins de praticiens non autorisés pour être traitées efficacement, après que les chirurgiens aient échoué à le faire.. Pour leur rapide reconnaissance, je pense que deux indications majeures reconnues par M. Hutton sont largement suffisantes, lorsque l'attention a été portée vers leur existence. Un léger degré de mobilité, empêché par la douleur et accompagnée d'une point de tension douloureuse à la pression est suffisant, en l'absence de la moindre preuve de maladie aiguë, pour justifier la manipulation ayant pour objectif de rompre les adhérences. Cependant, la leçon majeure que nous apprennent ces cas, c'est de développer une méthode de traitement des blessures qui pourrait éviter la constitution d'adhérences. C'est une partie du sujet que je traiterais ultérieurement. Il se peut que la caractéristique la plus remarquable du traitement de M. Hutton soit l'ingéniosité avec laquelle il rendait les leviers des membres utilisables pour l'obtention de la puissance nécessaire à l'accomplissement de ses objectifs, ce qui lui permettait de se passer complètement d'appareillages extérieurs. Il existe la même relation entre ses méthodes et celles habituellement utilisées dans les ankyloses, qu'entre la réduction d'une hanche disloquée par simple manipulation, comparée à sa réduction par utilisation de poulies ; et ici, selon moi, la chirurgie pourrait obtenir des indications fort utiles. Il est également remarquable qu'il n'ait que très peu ou pas du tout utilisé l'extension. Il avait coutume de dire : « tirer ne sert pas à grand chose ; c'est la torsion qui est importante. » Et je ne doute pas que cette méthode permettant de diminuer la résistance musculaire puisse se généraliser très utilement. La manière précise de l'appliquer à chaque articulation ne peut être rendue vraiment intelligible que par l'utilisation de dessins ; et je me propose d'aborder cette question dans la suite de ma communication. À suivre... Notes 1. Il s'agit ici de Richard Hutton, issu d'une famille de fermiers installée depuis deux cents ans dans le nord de l'Angleterre et pratiquant le reboutement, au bénéfice des membres de leur communauté. Richard fut le premier membre de la famille à faire du reboutement sa profession. Il commença de pratiquer à Londres, Wyndham Place, Crawford Street et décéda à Gilling Lodge, Watford le 6 janvier 1871, à l'âge de 70 ans. Parmi les cas de guérison bien authentifiés de Richard Hutton, on trouve ceux de Spencer Ponsonby, le 27 juin 1865 et celui de George Moore, le philanthrope, en mars 1869, tous deux évoqués dans cet article. (Source Dictionary of National Biography, 1885-1900, Volume 28, by George Clement Boase - http://en.wikisource.org/wiki/Page:Dictionary_of_National_Biography_volume_28.djvu/366 (N.d.T.). Biographie originale Dictionary of National Biography, vol. XXVIII. Macmillan, 1891, p.360 Dictionary of National Biography, vol. XXVIII. Macmillan, 1891, p.360. HUTTON, ROBERT HOWARD (1840-1887), bonesetter, son of Robert Hutton, who died 16 July 1887, was born at Soulby, Westmoreland, on 26 July 1840. He was a member of a family of farmers who for upwards of two hundred years have resided in the north of England, where they have been bonesetters for the benefit of their neighbours. Robert's uncle, Richard Hutton, was the first of the family to make bonesetting a profession. He set up in practice in London at Wyndham Place, Crawford Street, London, and died at Gilling Lodge, Watford, on 6 Jan. 1871, aged 70. Among the well-authenticated cases of cures by the elder Hutton were those of the Hon. Spencer Ponsonby on 27 June 1865, and of George Moore, the philanthropist, in March 1869. The younger Hutton was from 1863 to 1869 at Milnthorpe in Westmoreland, where he farmed land, and in his leisure time set bones. About 1869 he came to London and for some time resided with his uncle Richard. He then set up for himself first at 74 Gloucester Place, Portman Square, and afterwards at 36 Queen Anne Street, Cavendish Square. He soon obtained a name and a position. He owed his reputation to his mechanical tact and acute observation of the symptoms of dislocations. His general : method of procedure was to poultice and oil the limb for a week, and then by a sudden twist or wrench he often effected an immediate cure. Hutton's extensive practice brought him a large fortune, but his tastes were expensive. He was devoted to all field-sports, and was well known as a huntsman at Melton Mowbray. He was kind to animals, and often set their broken limbs. In 1875 Miss Constance Innes, daughter of Charles Leslie, was thrown from her horse and broke her arm. After many months ; having, as she believed, a permanently stiff arm, she went to Hutton, who restored it to its use, and on 26 July 1876 she became his wife. On 16 July 1887, at 36 Queen Anne Street, London, a servant gave him some laudanum instead of a black draught. He died soon afterwards at University College Hospital. A verdict of death from misadventure was returned at the inquest. He left one child, Gladys Hutton. [J. M. Jackson's Bonesetters' Mystery, 1882 ; St. Bartholomew's Hospital Reports, 1878, pp. 339-46 ; Lancet, 1880, i. 606-8, 654, 750 ; Wharton P. Hood On Bonesetting, 1871 ; Smiles's George Moore, Merchant, 1878, pp.320- 321 ; Chambers's Journal, 9 Nov. 1878 pp. 711-713, 22 Feb. 1879 pp. 113-15, 26 April p.272 ; Times, 18 July 1887 p. 7, 19 July p. 11.] - G. C. B. Source : http://archive.org/stream/dictionaryofnati28stepuoft#page/360/mode/2up Fausse ankylose : « L'ankylose peut être vraie ou fausse. La véritable ankylose, ou synostose, implique que les tissus mous de l'articulation ont été détruits et que la soudure osseuse s'est faite entre les surfaces osseuse adjacentes ; et par fausse ankylose, on signifie que des d'adhérences membraneuses ou fibreuses au sein de l'articulation ou à sa périphérie gênent ou empêchent sa mobilité. » B. Brodhurst The deformities of the human Body J. & A. Churchill, Neew Burnlington Street London, p. 139 (N.d.T.). http://books.google.fr/books?id=5sj5hwPPNUEC Le Site de l'Ostéopathie remercie Pierre Tricot de l'avoir autorisé à reproduire la traduction de cet article. 1ère publication sur le Site de l'Ostéopathie le 12 novembre 2012
  • Carl P. McConnell (1874-1939) : Premiers temps de l'ostéopathie

    11 juillet, par Pierre Tricot — Histoire et Philosophie
    Sommaire Premiers temps de l'ostéopathie Bibliographie Notes Source des images Carl P. McConnell (1874-1939) Carl P. McConnell (1874-1939) Diplômé de l'American School of Osteopathy (1) promotion 1896. Président de l'American Osteopathic Association, 1904. Co-auteur avec C. C. Teall, DO d'un manuel d'ostéopathie, La Pratique de l'ostéopathie. Primé par l'American Osteopathic Association pour ses recherches en ostéopathie et son œuvre littéraire. Article constituant le chapitre XXIV du livre de Arthur Grant Hildreth : The Lengthening Shadow of Dr. Andrew Taylor Still. Simpson Printing Company, Kirksville, Missouri, 1942. Traduction Pierre Tricot, 2013. Premiers temps de l'ostéopathie Dr Arthur Grant Hildreth (1863-1941) J'ai rencontré l'ostéopathie en août 1894 à Red Wing, dans le Minnesota, en tant que patient du Dr Charles E. Still (2). Quelques jours plus tard, j'ai rencontré le Dr Arthur G. Hildreth (3), venu remplacer le Dr Charlie parti en vacances. Je souffrais d'un mal diagnostiqué comme atrophie débutante des nerfs optiques, consécutive à une blessure à la nuque. Ce mal m'avait obligé à abandonner mes études à l'université du Wisconsin. J'avais consulté plusieurs spécialistes, tous étant d'accord pour reconnaître que ma condition était sans espoir. Cet essai de l'ostéopathie constituait pour moi l'ultime recours. Au cours de l'été et de l'automne qui suivit, l'amélioration de ma condition fut évidente. Ce que j'ai personnellement vécu et observé à Red Wing a instillé en moi confiance et enthousiasme envers l'ostéopathie. Il y avait vraiment beaucoup de patients, aussi bien des cas aigus que des cas chroniques. Au cours du printemps et de l'été de cette année là, le Dr Charlie eut à traiter plusieurs centaines de cas de diphtérie, avec des résultats remarquables. Étant quelque peu au courant des effets dévastateurs de la maladie, cela produisit sur moi une profonde impression (4). Il m'est arrivé de l'accompagner lors de visites qu'il rendait à des patients de la campagne. Les familles des malades, m'ont rapporté le travail considérable et remarquable qu'il accomplissait pour eux. En octobre, je me rendis à Kirksville. Le Dr. H. E. Patterson était alors le secrétaire de l'institution ostéopathique. À cette époque, il encourageait peu les gens à entreprendre l'étude. L'institution était submergée de patients, plusieurs milliers, qui grevaient ses possibilités. À cela s'ajoutait la construction du nouvel immeuble ; cela ne laissait que peu de possibilités pour organiser un enseignement. Finalement nous avons été six à persuader les autorités de nous laisser commencer un enseignement. Plus tard, à l'automne, de nombreux autres nous ont rejoints. À cette époque, et pour plusieurs années encore, presque tous les étudiants qui se lançaient dans l'étude de l'ostéopathie le faisaient suite à des expériences personnelles ou familiales démontrant son efficacité. Évidemment, une telle motivation entraînait un fort enthousiasme pour la science, et instillait chez l'étudiant une détermination à la maîtriser au mieux. Cet esprit d'enthousiasme s'est avéré des plus utiles. Il nous a porté au long d'une période au cours de laquelle le travail scolaire était bien peu organisé ; il a également été d'une grande aide dans le public, à une époque où l'ostéopathie, comme tout œuvre pionnière, avait à créer son audience. Chacun se rendait pleinement compte que son succès futur dépendait de son aptitude à obtenir des résultats cliniques. Bien que l'étudiant ait toute possibilité de connaître ce que faisaient le Dr Still et les quelques uns qui avaient alors étudié sous sa direction, très peu s'éloignaient de la maison mère. On pouvait les compter sur les doigts de la main. Ils étaient confrontés aux sceptiques ; ceux qui étaient le plus convaincus à reconnaître le « cadeau » mis à leur disposition par le Dr Still et de sa famille, pensaient que la connaissance ostéopathique ne pouvait s'enseigner à d'autres. Bien que l'American School of Osteopathy ait commencé en 1892, que ses diplômés aient connu de bons succès dans leur pratique et que des milliers de patients aient été traités efficacement à Kirksville par différentes personnes de l'équipe médicale, cette question continua d'être débattue chez les profanes pendant plusieurs années encore. Peu de temps après mon arrivée à Kirksville, je suis allé voir le Dr Still à son domicile. Il allait très bien et dégustait un verre d'eau. Ce qui m'a impressionné à l'époque (et cette impression ne s'est jamais démentie), c'est sa bienveillance. Après un mot de salutation gaie et informelle, il s'enquérait sincèrement de votre bien-être. En réalité, cela a toujours été une caractéristique évidente de la famille du Vieux Docteur, de Mme Still, des garçons et de la fille. Si je parle de cela, c'est que, selon moi, cette évidente sincérité émanant de chacun a grandement contribué au développement de l'ostéopathie. J'ai très étroitement côtoyé chacun des membres de la famille, pendant plusieurs années. Chacun d'eux ressentait que le succès de l'étudiant dépendait étroitement de l'assistance de la profession. Rien ne semblait les rebuter. Ils ne demandaient qu'une seule chose, et à juste titre : la loyauté envers les principes de l'ostéopathie. Le temps passant, je crois que personne parmi nous ne se rend vraiment compte de ce que l'esprit de cette famille a réellement accompli. Leur parcours a été particulièrement difficile ; non pas à cause d'un manque de vision, mais bien plutôt à cause des caprices d'autrui. Une année, j'ai passé plusieurs mois d'été avec le Dr Harry Still (5) à Evanston, Illinois. Il était à la tête d'un gros cabinet nécessitant plusieurs assistants. Il avait une remarquable clientèle et à ce jour, j'entends encore parler du bien qu'il a fait là-bas. C'est le type d'activité qui, conjointement à celle déployée à l'institution parente, a déterminé le futur de l'ostéopathie. Il faut garder présent à l'esprit ce qu'a signifié pour l'ostéopathie le travail de pionnier exécuté par le Dr Harry à Evanston, puis à New-York (6), comme celui du Dr Charly à Red Wing. Cela signifiait qu'un individu pouvait s'éloigner du lieu d'origine, ne plus en recevoir d'aide et démontrer brillamment l'efficacité de l'ostéopathie dans le monde. Pas de faveur particulière, aucune loi pour le protéger et pas de tribunal à courtiser ; seulement un combat à découvert, reposant sur le mérite. C'est dans cet esprit combattant, montrant eux-mêmes l'exemple, que les membres de la famille Still ont entraîné leurs partisans dans leur sillage. Nous devons nous rendre compte que dans le début des années 1890, la pratique de Still s'était amplifiée au point de dépasser largement ses capacités. Des milliers de patients venaient de toutes parts et il y avait à cette époque peu de compétences pour l'aider. Le problème de l'enseignement devint donc particulièrement prégnant. Les bâtiments étaient inadaptés. De plus, n'existait alors aucune loi permettant de soutenir la pratique. En 1914, Harry et le Dr Arthur Hildreth fondèrent le Sanatorium Ostéopathique Still Hildreth à Macon, dans le Missouri. Ceux qui ont fréquemment vécu au milieu d'eux, se rappellent ces premiers temps de l'ostéopathie ; particulièrement ces dernières décennies où les problèmes relatifs à la profession ne cessent de s'accumuler. Nous qui sommes la profession d'aujourd'hui pouvons penser que nous avons des problèmes à résoudre, et nous en avons effectivement, qui nous tombent dessus régulièrement. Mais regarder en arrière vers les premiers temps de la profession constitue un merveilleux stimulus. Ainsi, ces « premiers temps » que j'ai personnellement connus ne furent que les premiers tourments de l'ostéopathie ; et ceux qui ont suivi ne sont, en comparaison, que les douleurs de croissance d'un enfant vigoureux. On ne peut guère les comparer aux premiers jours de l'indomptable esprit pionnier qui les a précédés. C'est l'époque où la mesure de l'esprit originateur a été mise à l'épreuve. Par bonheur, c'est le même génie qui a dirigé les activités organisées et les a fait progresser. Mais l'ostéopathie avait déjà été testée auparavant de manière aventureuse dans le creuset de la véritable expérience clinique. C'est dans l'arrière-plan conduisant à l'ostéopathie organisée que les premières batailles cruciales ont été menées, que les expérimentations ont été conduites et les théories testées, et que l'élément humain a affronté les épreuves auxquelles peu auraient pu résister. C'est de là qu'est sortie triomphante, l'ostéopathie. Bien que le premier chapitre de l'ostéopathie organisée ait eu à lutter abondamment, il convient de ne pas oublier l'histoire de son établissement. Pour comprendre ce que la science a eu de révolutionnaire, il convient de mieux cerner ce qu'étaient les conditions médicales de la période qui a précédé 1874, date de la découverte de l'ostéopathie. C'était une période où des drogues drastiques étaient abondamment utilisées ; la chirurgie était l'ultime recours ; les bactéries responsables des maladies étaient inconnues ; les spécialités n'étaient pas développées ; le perfectionnement des laboratoires n'existait pas. Le moindre degré de fièvre devait être énergiquement combattu. La connaissance des infections focales était pour le futur. Et le système sanitaire moderne était inconnu. Le développement actuel du savoir médical est particulièrement frappant si on le compare à ce qu'il était il y a un demi-siècle. Grâce aux connaissances en hygiène, beaucoup de maladies d'origine bactérienne sont sous contrôle. Le taux de mortalité de nombreuses maladies a considérablement diminué. L'espérance de vie a augmenté. Une plus grande connaissance des forces environnementales et des principes d'hygiène a contribué à améliorer les états de santé. Une connaissance beaucoup plus grande de toutes les sciences médicales a, en conséquence, vu le jour. L'une des caractéristiques significatives de tout cela est la confiance grandissante placée dans les ressources naturelles du corps. En d'autres termes, grâce à une meilleure compréhension des facteurs contribuant à la santé, tant au niveau de l'hygiène, du régime alimentaire que de l'environnement, l'organisme humain dispose de meilleures conditions pour se rétablir. Tout cela est très signifiant parce qu'ainsi sont reconnus l'importance de la prévention et de l'immunité et le fait que les processus réparateurs ultimes sont inhérents. The second A.S.O. building in Kirksville. Rapid growth in school enrollment soon outgrew the first building. Source : Wikipédia Cette reconnaissance est le point fondamental que le Dr Still a défendu avec acharnement : que l'on devrait donner à l'organisme la possibilité de s'affirmer le long de voies normales ; que la maladie est une condition du corps, entièrement naturelle, quoique anormale ; et que les premières considérations dont il faut tenir compte en corrigeant un mécanisme anormal consistent à s'assurer que les parties structurelles soient intactes et l'environnement harmonieux de sorte qu'il soit libre d'exprimer par lui-même la normalité. Les pratiques ostéopathiques et chirurgicales ont abondamment conforté ce point de vue. Alors comme aujourd'hui, l'innovation a été combattue par la violence et la calomnie. Alors comme aujourd'hui, les résultats cliniques ont intéressé le public, pas l'autorité autoproclamée. Ce public est, comme toujours l'ultime cours d'appel. Ces premières années ne devraient pas être sous-estimées. Elles ont véritablement constitué les années de fondation, celles au cours desquelles les principes ont été établis. Et au cours des soixante années qui viennent de s'écouler, l'application pratique a solidement reposé sur les mêmes fondements. Il s'agit des principes fondateurs, principes complets, pour le développement et le maintien desquels le Dr Still a lutté si durement. Et c'est précisément pour cela que lui et sa famille ont enduré privations et opprobre dans les premières années. Personne ne devrait commettre l'erreur de penser qu'il n'y avait aucune force pour les guider et les soutenir pendant toutes ces années. Mais le courage humain a été testé à l'extrême pour finalement émerger glorieusement du processus. Le génie du Dr Still se développant progressivement, il y eut des résultats cliniques qui inspirèrent une étude et un effort thérapeutique continus. Il est vrai, qu'il a été guidé par la lumière ; mais la dureté des coups, de l'ostracisme social fut un prix que bien peu auraient accepté de payer. Après que le cours du temps lui ait apporté quelque affluence, il n'oublia jamais une personne qui l'avait aidé dans les premiers temps. J'ai régulièrement vu cela se démontrer au cours du temps. Il m'est arrivé parfois de voyager avec lui. Il me confiait sa bourse. Les tickets de retour étaient toujours achetés avant le départ ; car avant d'être allé bien loin, il avait rencontré quelque vieil ami essuyant des revers. Et à cause de l'amitié des premières années, le contenu de la bourse diminuait rapidement. Il m'a souvent exprimé qu'il ressentait ce don comme un bienheureux privilège. Et il ressentait la même chose à propos de ses services professionnels. Il était perpétuel étudiant, observateur pénétrant et infatigable travailleur. Et quelque chose de plus : penseur original. Son génie était celui de l'esprit créatif. Il discernait clairement la complétude de la nature, qui exprime une intelligence parfaitement ordonnée. Il avait, dans le véritable sens du terme, un profond respect pour les activités et manifestations de la nature, qu'il considérait comme partie de l'intelligence divine. J'ai également pu constater qu'il maintenait dans son action mentale un équilibre entre méthodes déductive et inductive. Aucune des deux méthodes ne dominait jamais l'homme. Chacune servait un but. Intuitivement, du point de vue philosophique, le concept universel prédominait. Mais dans le développement scientifique, la méthode inductive, le particulier et l'expérimental tenaient le parfait équilibre. Il était, dans le véritable sens du terme, béni par une conscience mystique qui l'a sans aucun doute soutenu à travers plus d'une épreuve. Il est un point sur lequel je voudrais insister, c'est que l'étude et l'expérimentation continues, étaient ses moyens d'augmenter la connaissance et de la rendre pratique. Bien qu'existe une foi constante dans l'ordre et la complétude de la nature, les détails nécessaires étaient obtenus par le travail acharné. Et une grande partie de son meilleur travail a été accomplie entre ses soixante cinq et ses soixante quinze ans. The first building of the American School of Osteopathy in Kirksville, Missouri. Dr. A.T. Still taught the first classes here in 1892. Photo property of the Still National Osteopathic Museum, Kirksville, MO. Le Dr Nettie H. Bolles (7) a été notre professeur d'anatomie. Les cours se donnaient dans une petite maison, connue comme « première école d'ostéopathie » (8). C'était l'époque où la seconde école, une construction imposante, était en construction. Après quelques mois d'instruction en anatomie et en physiologie, le Dr Still nous a pris sous sa supervision directe pendant plusieurs mois. Nous le retrouvions dès six heures et demie du matin, jamais plus tard que sept heures et pendant deux heures, sans interruption, il nous martelait avec la palpation et les principes ostéopathiques. Puis, nous étions répartis dans l'équipe du dispensaire jusqu'à midi. L'après-midi était consacrée à d'autres cours. L'instruction se faisait sur le sujet vivant. Il y avait une grande variété de cas. Quasiment tous les patients, qu'ils soient de la clinique privée ou du dispensaire, étaient ravis de se présenter comme sujets, particulièrement sous la supervision du Vieux Docteur. Dr. A.T. Still and students examine a cadaver as part of a human anatomy class. Source : Wikipédia Plus je repense à ces expériences, plus je constate la sagesse du Dr Still. Il était pénétré par la pensée que le seul moyen logique d'enseigner à l'étudiant est de s'assurer que la complète signification de la philosophie ostéopathique lui soit inculquée. Il n'y avait pas de demi-mesure : il n'était aucunement question de suggérer que la technique puisse être une méthode de thérapie, ou la caractéristique de la science ostéopathique. Il insistait sur le fait que l'étudiant devait atteindre une solide compréhension du fondement biologique ostéopathique. L'aspect technique était relégué au rang de considération relativement mineure, dépendant évidemment de l'habileté mécanique, mais considérée seulement comme moyen destiné à servir un but. Il désirait avant tout nous faire accéder au concept palpatoire, incruster profondément en nous la méthode d'approche structurelle, et alors, pas besoin de routine technique, qui abrutit tant la jugeote. Il croyait qu'instruction académique et travail clinique devaient être présentés conjointement. L'abstraction sans support concret n'avait à ses yeux que peu d'intérêt. Les différents sujets du programme étaient approchés d'un point de vue ostéopathique. Il ne fait aucun doute que c'est de cette manière que l'on peut obtenir une connaissance efficace en clinique ostéopathique. Cela développe la réelle signification des potentialités du corps, de la certitude que la guérison vient forcément de l'intérieur et des mesures thérapeutiques devant être mobilisées dans le but d'obtenir le rétablissement. Il corrélait les différents sujets scientifiques de manière que l'étudiant puisse se rendre compte qu'il existe un principe unificateur regroupant tous ces soi-disant départements ; et il donnait des raisons supplémentaires expliquant pourquoi les détails structurels sont si importants et s'enthousiasmait à leur étude. Le Dr Still était un amoureux du détail. Sa considération de l'anatomie dépassait largement la structure : il y incluait l'histologie, la physiologie, la pathologie et la chimie. Aucune de ces sciences n'étaient dissociables. Elles constituaient un tout unifié. La symptomatologie entrait dans la même catégorie. Le corps vivant devait être examiné dans sa totalité. C'est à travers la coordination du cerveau et de la main que la nature du normal comme de l'anormal est ressentie. La maladie ne peut être autre chose qu'une condition. Et le moyen de remonter complètement à sa source est d'examiner vraiment le mécanisme en détail. Cela signifie une profonde connaissance du « ressenti » du tissu ; de ses réponses, des ses relations structurelles et des ses coordinations physiologiques et chimiques ; en un mot, de la signification sous-jacente des changements tissulaires. La seule manière de ressentir la structure, c'est par l'organe du toucher. La vue et le toucher sont deux sens importants, établissant un pont entre le monde extérieur et le cerveau. Jour après jour, le Dr Still martelait en nous ces vérités. Surgical pit in the third A.S.O. building. Students would stand on platforms on surrounding walls to observe surgeries. - Source : Wikipédia Un tel entraînement est inestimable. Il est quelque peu similaire au travail de l'étudiant ingénieur qui combine l'instruction académique au travail en atelier d'usinage. Après tout, les mesures ostéopathiques, dans un certain sens, sont essentiellement de l'ingénierie anatomique. Je me rappelle très nettement la grande difficulté que nous avons tous rencontrée dans l'apprentissage du ressenti des lésions. Le Dr Still était patient avec nous, mais également insistant et ferme. Il fallait traverser deux ou trois mois apparemment sans espoir avant de parvenir à quelque compréhension. De tout mon travail ostéopathique, cette période a été la plus éprouvante. Nous ne parvenions même pas à commencer de ressentir avec quelque degré de certitude ce que ceux qui étaient entraînés ressentaient apparemment si aisément. Nous savions bien que les autres avaient eu à traverser les mêmes difficultés et ils nous encourageaient, mais ce fut néanmoins une période cauchemardesque qui hantait nos jours et nos nuits. Nous vivions simplement l'ostéopathie. Ainsi, chacun de nous ne cessait de se demander s'il arriverait un jour à quelque chose. Je me rappelle un matin de cette époque où le Dr Harry entra dans la salle de classe, compris d'un regard la situation et me fit signe très solennellement de le suivre pour me parler en a parte. Nous sortîmes dans le couloir. « Alors, » dit-il, « je te vois très anxieux à propos de ta palpation. » Je répondis avec empressement que je l'étais effectivement. « Eh bien, je vais te donner une splendide formule qui rendra ton sens du toucher particulièrement aigu. Peut-être que le père te l'a déjà proposée. » Appâté, je lui ai demandé de quoi il s'agissait. « Eh bien, va donc jusque chez moi et fend du bois tout le reste de l'après-midi et tes doigts deviendront certainement sensibles. » Le Dr Hildreth a fait partie des tout premiers diplômés. Personne, autre que lui, n'a été aussi proche du Vieux Docteur et de sa famille. Sa loyauté, sa vision et sa fiabilité ont constitué un rempart contre lequel se sont acharnées beaucoup de tempêtes. Son habilité et son dévouement ont aidé à organiser et à diriger la profession au moment où elle sortait du cadre d'une affaire familiale. Et depuis lors, il a été un participant actif et un conseiller de valeur pour la profession. Il a commencé le travail au milieu des mille et un problèmes réclamant solutions. Cette période d'une dizaine d'années a été particulièrement difficile. Les patients réclamaient des soins, le travail de l'école devait être organisé et amélioré, la situation de l'activité devait se régulariser, de nouveaux plans devaient être développés et, non des moindres, la reconnaissance juridique être assurée. Il n'y avait aucun précédent auquel se rattacher. C'était en tous points un travail de pionnier. Tous les problèmes rencontrés réclamaient du jugement et de la clairvoyance. Ils ne concernaient pas que le présent ; il fallait considérer le futur. Le miracle, c'est qu'ils aient fait si bien et n'aient commis que si peu d'erreurs. Face à l'impasse législative, le Dr Hildreth a souvent été considéré comme « l'homme de la situation ». Pendant des années, il a été l'autorité en matière de législation. On réclamait ses services de près et de loin pour apporter la victoire à partir d'une apparente défaite. Et bien souvent, il a réussi. Son évidente sincérité, sa croyance en la justesse de la cause a retourné la marée dans de nombreux combats législatifs. Ses connaissances de première main des problèmes professionnels et législatifs ont été inestimables. A third building, with more classrooms and surgical areas, was constructed in 1906. - Source : Wikipédia Lutter pour l'opprimé peut être avantageux, mais dans ces combats législatifs, c'est une revendication de justice, appuyée par d'indiscutables résultats cliniques qui l'a emporté. Il est vrai que le contraste avec la violence de l'opposition a peut-être aidé à tourner les choses en notre faveur, mais néanmoins, ce qui s'est dressé comme tour imprenable c'est la simple justice et le droit de l'affirmation ostéopathique. La capacité et l'habileté déployées par le Dr Hildreth pour représenter son bord est ce qui fit souvent basculer de nombreux législateurs. Ce qui est demeuré intact, ce sont les principes de l'ostéopathie. S'il fallait parfois accepter une défaite, elle servait de base pour une future tentative plus vaste et signifiait souvent l'obtention de meilleurs résultats finaux que ceux amenés par les succès précédents. Il est une qualité de grande valeur dont peu de personnes ont, je crois, comparativement eu conscience et apprécié. C'est que ceux qui étaient proches du Vieux Docteur étaient inspirés par quelque chose ressortissant à l'esprit de croisade. Comme je l'ai laissé entendre, l'esprit de cette famille était une réalité bien vivante. Ils savaient ce qui avait été accompli et pouvait l'être. Ils n'étaient pas opportunistes, simplement désireux d'attendre leur heure. Il y avait chez eux une connaissance et une foi tirant son origine d'une évidente expérience. Ce n'était ni spéculatif, ni extravagant. Cette foi vivante fut conservée intacte et son développement alla au pas de la croissance de l'ostéopathie. Évidemment, elle fut la lumière montrant le chemin à travers plus d'une difficulté : le retour de tout effort constructif. On ne peut trouver meilleure illustration que la coopération tranquille et aimante de Mme Still. Elle était souvent consultée. Ses opinions étaient puissantes, pleines de dignité et toujours orientées vers le plus grand intérêt pour l'ensemble de la profession. Blanche Still (9) avait grandi au milieu de ces expériences. Son entraînement, son support et son avis ont largement contribué au développement de l'ostéopathie. Ces affirmations ne sont pas dites dans un sens laudatif. Elles font partie du fondement de l'ostéopathie. Une évidente cohérence sous-tendait toutes les activités impliquant la croissance de l'ostéopathie. À l'évidence, de nombreux facteurs étaient impliqués et il fallait les rassembler en un ensemble méthodique. Loin de moi le désir de transmettre l'idée qu'il n'y eut pas quelques voies de traverse mineures. En fait, il y en eut plein et il ne fait aucun doute que des erreurs temporaires furent commises. Mais les principes fondamentaux, la direction générale à suivre sont demeurés évidents. Ce sur quoi je désire insister, c'est le fait que la nature et la force de l'école ostéopathique étaient étendues. La difficulté surgissait au niveau de choses qui, proportionnellement, étaient des détails. Chacun savait que nous construisions pour le futur. Ce n'était pas un problème de bénéfice personnel, comme le montrait journellement les sacrifices consentis. La question essentielle était l'établissement d'une solidarité. C'était vrai aussi bien pour le développement de la profession que pour celui des clientèles. Les Drs Charlie et Harry, les Drs Hildreth, Alice Patterson, George Tull, Sam Landes et quelques autres étaient chargés d'assister l'enseignement des étudiants. Et cela venait s'ajouter à leur travail au sein de l'équipe. Pourtant, l'intérêt commun était fort et sympathique. Chacun donnait le meilleur de lui-même, sans rechigner. J'en garde le sentiment de la manière dont chacun réagissait à la grande aventure d'être un participant actif au développement d'un nouveau système amenant le soulagement à des milliers de gens. Ils étaient sensibles à leurs responsabilités, travaillaient et étudiaient souvent tard dans la nuit pour se perfectionner. Ce fut une période émouvante, surchargée, le temps d'une ostéopathie non frelatée. Ce ne fut pas une période de compromis ou de substitution, mais un travail ostéopathique bien net et une aspiration constante, dans l'urgence, pour appliquer les principes de manière étendue. Personne ne pensait que le dernier mot avait été dit. Le Vieux Docteur ne cessait d'insister sur le fait que « seule la queue de l'écureuil était visible. » Chacun était encouragé à creuser (10). C'était un formidable laboratoire clinique et il était ostéopathique ; et le rétablissement des patients venait certifier la validité de son développement. Le succès dépendait entièrement des résultats ; voilà qui instillait une certaine dramatisation. Le Dr Still était très actif, aussi bien du côté du travail professionnel que de l'enseignement. Ses services étaient recherchés dans tous les départements et librement accordés. Son profond savoir et sa grande expérience nous surprenaient toujours. Il parvenait à faire passer tant de choses en si peu de mot, et pouvait obtenir de tels résultats dans des cas qui semblaient à d'autre insolubles, qu'il n'est pas étonnant qu'il ait été si respecté. Ce qui transportait le praticien, c'était sa connaissance dans le détail de l'anatomie appliquée, la manière dont il sentait, la manière dont il répondait et la manière dont le l'anormal s'éloignait du normal. L'abondance et la variété du matériel clinique procurait une richesse d'expérience sur le sujet vivant. Il n'était pas question de méthode d'approche clinique. Le problème était d'être capable de découvrir, diagnostiquer et corriger les lésions anatomiques. Telle était la caractéristique essentielle sous-tendant l'activité professionnelle. La majorité des gens qui venaient à Kirksville se faire soigner avaient fait le tour des centres médicaux du pays et dans bon nombre de cas de l'Europe. Il n'est pas surprenant que les membres du personnel se soient sentis particulièrement humbles et reconnaissants de pouvoir procurer du soulagement à tant de personnes souffrantes. Dans le même temps, les gens du personnel faisaient de leur mieux pour éduquer les étudiants de manière que le monde extérieur puisse en profiter. Ce n'était pas une communauté centrée sur elle-même ; elle était au contraire parfaitement consciente des nombreux problèmes et difficultés. À cette époque et en ce lieu, elle détonnait particulièrement par rapport au cours général de l'histoire ; le prophète était très honoré dans son propre pays. Les habitants de Kirksville se rendaient parfaitement compte de la signification de l'ostéopathie et ce qu'elle signifiait pour l'humanité. Ils étaient chaleureusement accueillants et des centaines parmi eux ouvrirent leurs foyers aux patients. Ils assistaient aux conférences publiques du Dr Still et aidaient de mille et une manières à la promotion d'une meilleure compréhension de l'ostéopathie. Nombre de nos meilleurs praticiens étaient des enfants de Kirksville et de ses alentours. Relativement à l'ostéopathie, l'une des choses les plus frappantes a été sa clientèle. Il est probable qu'aucun autre système dans l'art de guérir n'a eu de parrainage aussi intelligent que l'ostéopathie. Il ne peut y avoir qu'une seule explication – les résultats. Il n'a jamais été fait pour l'ostéopathie de publicité dans le sens où on l'entend généralement. La grande majorité de ses praticiens, suivant en cela l'exemple du Dr Still, ressentaient que les résultats cliniques étaient la seule chose permettant d'obtenir la faveur du public. Le travail du Dr Still était célèbre pour cela ; au point que de nombreux patients se plaignaient du manque d'information accessible au grand public. Ce fut amplement la même chose lorsque les premiers diplômés s'égaillèrent dans le pays. Ils créèrent des cabinets et d'une manière générale eurent beaucoup de travail. Il y avait pourtant une différence. Pratiquant sans autorisation, ils encouraient le sérieux risque d'être traînés devant les tribunaux. Ceux-ci les déclaraient rarement coupables. D'ailleurs, la situation fournit souvent l'occasion au praticien et à ses amis de présenter au pouvoir législatif un projet de loi visant à la reconnaissance de l'ostéopathie. Cela montre que si une loi louable peut être présentée au public et soutenue de manière cohérente pendant suffisamment longtemps, le public se montre presque invariablement juste. Andrew T. Still et le Dr William Smith Lorsque je vins pour la première fois à Kirksville, le Dr William Smith (11), l'un des premiers enseignants, avait quitté l'institution. Il revint peu de temps après et réintégra l'équipe d'enseignement. Sa formation anatomique était des meilleures. C'était un brillant enseignant. Pendant une année ou deux, les Drs Charles Hazzard, Turner et M. F. Hulett, M. E. Clark, C. W. Proctor accomplirent un énorme travail pour l'organisation future du programme d'étude et tous demeurèrent au sein de l'équipe enseignante pendant plusieurs années. Le Dr Turner Hulett fut un solide conseiller, toujours disponible. Personne n'avait plus que lui à cœur les intérêts de l'ostéopathie. Il avait probablement une vision du futur de l'ostéopathie que peu d'autres atteignirent. Le Dr Charles Hazzard fut l'un des enseignants les plus rigoureux et les plus populaires. Son esprit compétent et studieux aida de manière marquée au développement et à l'organisation du travail du début ; au point qu'une considérable partie de notre littérature actuelle porte l'empreinte inhérente de son travail (12). Mon expérience en ostéopathie m'a depuis longtemps convaincu qu'elle est un système complet dans l'art de soigner. Comme le montrent presque toutes les descriptions, l'ostéopathie s'est à l'origine construite sur une pratique faite de cas « désespérés ». Elle n'a jamais été limitée à une catégorie restreinte de cas ou de tissus, ou à quelque région du corps. À l'évidence, ses principes embrassent les processus de toutes les parties du corps. Il est vrai que nous avons encore beaucoup à apprendre ; mais ce que le temps ajoute progressivement à l'étude et à l'expérience ne fait que confirmer sa pertinence fondamentale. À cause de la complexité du corps et de l'habileté nécessaire à l'application des principes jusqu'aux tissus les plus fins, c'est une pratique difficile. Nous avons eu beaucoup d'imitateurs qui, d'une certaine manière, ont révélé la crédibilité de l'ostéopathie mais qui ont, par ailleurs, sans aucun doute donné nombres de fausses images de ce qu'elle est. On a coutume de dire que l'ostéopathie est valable, pourvu qu'elle soit pratiquée par un praticien correctement formé. Cela est tout à fait vrai. Un point de vue cohérent et systématique est essentiel car les principes concernent toutes les sciences. La réelle difficulté réside en l'obtention des aptitudes nécessaires à une application minutieuse. D'une manière évidente, les plus grands problèmes sont ceux qui sont venus de l'intérieur de la profession. La question de la reconnaissance légale est importante. Nos collèges assurent des cours sérieux, préparant le futur diplômé à la pratique générale. Le diplômé mérite largement d'être aidé. Il devrait avoir toute liberté dans l'application de sa méthode de traitement. Le législateur devrait se rappeler que la science ostéopathique a largement dépassé l'état expérimental ; qu'elle a permis le soulagement et le rétablissement d'innombrables personnes ; et que le praticien ostéopathe est profondément conscient des principes selon lesquels il travaille, tout en restant à l'écoute du progrès scientifique. Bibliographie Comeaux, Zachary, 2008. Incendie sur la prairie. Pierre Tricot, Granville, 250 p., ISBN : 978-2-9509175-3-9. Schnucker, R. V., 1991. Early Osteopathy. The Thomas Jefferson University Press, Kirksville, Missouri, , ISBN : 0-943549-11-6. Trowbridge, Carol, 1999. La Naissance de l'ostéopathie. Sully, Vannes, 292 p., ISBN : 2-911074-16-5. Notes 1. American School of Osteopathy, ASO, premier collège d'enseignement de l'ostéopathie, fondé par Still en 1892. Devenu aujourd'hui KCOM (Kirksville College of Osteopathic Medicine) (N.d.T.). 2. Charles Edward Still (1865-1955), fils aîné d'A. T. Still (N.d.T.). 3. Arthur Grant Hildreth (1863-1941) Ami intime de la famille Still, il a fait partie des premiers diplômés en ostéopathie. Fidèle bras droit de Still dès la création du collège de Kirksville, il a également joué un rôle très important dans la reconnaissance légale de l'ostéopathie aux USA (N.d.T.). 4. En 1896, l'origine bactérienne (bacille de Löffler- Klebs) de la maladie était connue, mais le traitement par sérothérapie (découvert en 1894 par Émile Roux) encore balbutiant, probablement pas disponible dans le Middle-west américain. (N.d.T.). 5. Harry Mix Still (1867-1942), un des enfants jumeaux de Still (l'autre s'appelant Herman Taylor -1867-1941) (N.d.T.). 6. Il est intéressant de noter ce que nous dit Carole Trowbridge à propos d'Harry Mix Still : « Pendant son ministère médical itinérant dans le Missouri, le Dr Still commença d'enseigner à ses enfants les rudiments de sa technique ostéopathique de manière qu'ils puissent l'assister. Harry, frère jumeau d'Herman, fut le premier enfant à recevoir une telle éducation ; il établit finalement des cabinets prospères à Chicago, Evanston, Saint Louis, Minneapolis et New York, où il traita la famille de John D. Rockefeller. Harry retourna à Kirksville en 1907 à cause de problèmes de santé. La vie de médecin ne convenait pas à Harry. En fait, il n'aimait même pas côtoyer les malades. [...] Harry avait le chic pour démarrer de bons cabinets, mais son génie semblait résider davantage dans la bonne gestion [...]. Après avoir cessé de pratiquer activement, Harry fut président de la Citizen's National Bank de Kirksville pendant trente cinq ans. Il fut propriétaire de près de trois mille cinq cent hectares de terres agricoles dans le nord-est du Missouri. Harry investit vraiment dans le domaine commercial, dans le commerce des denrées alimentaires et fut copropriétaire du Traveler's Hotel et de la Journal Printing Company de Kirksville. Tout au long de sa vie, il fit partie de nombreux conseils d'administrations y compris, entre 1915 et 1919, de l'École Normale d'Instituteurs de Kirksville et fut trésorier de l'Église Méthodiste et du Collège d'Ostéopathie et de Chirurgie de Kirksville. En 1914, Harry et le Dr Arthur Hildreth fondèrent le Sanatorium Ostéopathique Still Hildreth à Macon, dans le Missouri. Au cours de ses cinquante années de pratique, le Vieux Docteur avait trouvé que les traitements ostéopathiques étaient très efficaces dans les cas mentaux, mais il n'avait jamais disposé de salle ou d'environnement adapté au soin du malade mental. Son expérience personnelle avait convaincu le Dr A. T. Still que l'étiquette « fou désespéré » ne devait pas être accrochée à tous les internés des asiles du pays. Le sanatorium Still Hildreth fut pionnier dans le traitement humain du malade mental et attira des patients du monde entier ». 7. « Jeanette Hubbard Bolles dite Nettie Bolles. Elle avait amené sa mère à Kirksville un an avant l'ouverture de l'école. Impressionnée par les améliorations obtenues chez sa mère suite aux traitements du Dr Still, elle lui avait demandé s'il était possible pour une femme d'apprendre ce travail. « Une femme peut apprendre et pratiquer tout ce qu'un homme peut apprendre et pratiquer » lui avait répondu Still. Bolles s'inscrivit dans la première classe et fut diplômée en 1894, recevant le premier diplôme de l'école. Puis, elle remplaça bientôt le Dr Smith pour enseigner l'anatomie, après que celui-ci ait repris une pratique en clientèle ». In Incendie dans la prairie de Zachary Comeaux, 2008, p. 70 (N.d.T.). 8. Aujourd'hui remontée et exposée (à côté de la cabane de naissance de Still en Virginie) dans le hall d'entrée du KCOM (Kirksville College of Osteopathic Medicine) (N.d.T.). 9. Martha Helen Blanche Still (1876-1959). Blanche fut l'une des cinq premières femmes qui s'inscrivirent à l'ASO et en sortirent diplômées. Elle fut éditeur du premier Journal of Osteopathy et ultérieurement, publia une colonne régulière, destinée à pousser plus de femmes vers la carrière ostéopathique. Il est notoire qu'elle fut courtisée par J. Martin Littlejohn alors qu'il enseignait à l'ASO. Autant que nous sachions, le professeur Littlejohn n'envoya pas de roses à Blanche ; il lui envoya un déluge d'encyclopédies que son fils utilisa de nombreuses années durant. En 1900, elle épousa George M. Laughlin, un jeune diplômé de l'ASO qui devint le porte parole de la philosophie de Still, demeurant un dirigeant pilier de la profession ostéopathique pendant près de trente ans. Blanche se consacra aux soins de ses parents âgés, supervisant le fonctionnement de leur maison victorienne de vingt huit pièces, presque toujours remplie par des étudiants pris en logement, des DO.s en visite, et des invités spontanément conviés par le Vieux Docteur. D'après Carol Trowbridge, Naissance de l'ostéopathie, 1999, pp. 276-277 (N.d.T.). 10. Dig On (creuser). Still insistait pour associer les deux lettres DO (Doctor in Osteopathy) aux initiales de Dig On (N.d.T.). 11. William Smith (1862-1912) Médecin diplômé de l'université d'Édimbourg en 1889, également détenteur de certificats du collège royal de médecine d'Édimbourg, du collège royal de chirurgie et de la faculté de médecine et de chirurgie de Glasgow. Il était représentant en matériel médical et était venu voir Still, à la demande des médecins locaux pour le confondre comme charlatan. Leur discussion fut telle que Smith devint finalement un inconditionnel de l'ostéopathie et fut le premier enseignant de l'anatomie à l'ASO dès sa création. Smith lui-même évoque sa rencontre avec Still dans un court texte publié dans Early Osteopathy de Robert V. Schnucker, 1991, p. 75. Consultable sur : www.approche-tissulaire.fr/component/content/article/134-osteopathie/les-fondateurs/443-source-ats-fr (N.d.T.). 12. La traduction française du livre de Charles Hazzard Pratique et Thérapeutique Appliquées de l'Ostéopathie est disponible en téléchargement (format PDF) sur le site Internet de l'Approche tissulaire à l'adresse www.approche-tissulaire.fr/telechargements/190-traductions-autres (N.d.T.). Source des images Image du Dr Arthur Grant Hildreth (1863-1941) http://www.findagrave.com/cgi-bin/fg.cgi?page=gr&GRid=50421187 Photo de Martha Helen Blanche Still (1876-1959), extraite de : Carol P. Trowbridge Andrew Taylor Still (1828-1917). Truman State Univ Press, 1991. Disponible sur http://books.google.fr/books?id=Qh7ZMDsaxHsC (consulté le 2 juin 2013). Photo de La première classe de l'ASO en 1892. source : http://soosteo.free.fr/IMG/pdf/ATStill-SOO.pdf (consulté le 2/06/2013). Voir également : www.osteopathicarchive.ac.uk/history-of-osteopathy/kirksville-missouri Source des images des écoles de Kirsville : http://en.wikipedia.org/wiki/A.T._Still_University (consulté le 2 juin 2013). Photo du Dr William Smith. Source : www.ontarioosteopaths.ca/2011/06/osteopath-month-dr-william-smith-d-o-june-2011/ (consulté le 2 juin 2013). 1ère école d'ostéopathie : Photo property of the Still National Osteopathic Museum, Kirksville, MO. Source : http://history.osteopathic.org/educate.shtml (consulté le 2 juin 2013). Le Site de l'Ostéopathie remercie Pierre Tricot de l'avoir autorisé à publier cet article 1ère publication sur le Site de l'Ostéopathie le 03-06-2013
  • Ébauche d'une distinction entre éthique et déontologie en ostéopathie

    10 juillet, par Pierre-Luc L'Hermite — Histoire et Philosophie
    Source : https://www.academie-osteopathie.fr/ L'ensemble des individus bénéficiant du titre d'ostéopathe peut aujourd'hui légitimement exister et pratiquer cet art médical conformément au droit français [1] . Pour autant, cette activité sanitaire est encore relativement jeune en comparaison avec la médecine conventionnelle ou la masso-kinésithérapie, par exemple. C'est pour cette raison que de nombreuses discussions sont engagées pour participer à la continuité de sa construction. Ainsi, son statut et son champ de compétence qui sont encore imparfaits [2] nourrissent des débats [3] notamment sur les restrictions et les interdictions d'actes, la formation des enseignants et les mécanismes de contrôle du nombre de futurs diplômés. Des tentatives se créent cherchant également à mettre en place un certain nombre de méthodes permettant d'aboutir à des régulations et des encadrements. La déontologie et l'éthique sont des éléments qui participent à sa structuration et qui contribuent à façonner l'identité de cette discipline médicale. Et naturellement, comme dans toute jeune profession, si tout le monde semble s'accorder sur le fait qu'il est indispensable d'y recourir, de nombreuses confusions existent quant à ce qu'elles représentent. L'éthique et la déontologie sont régulièrement prises pour l'une pour l'autre, en étant même parfois toutes deux envisagées comme des outils destinés à servir des intérêts politiques. En revanche, si pour les professionnels et les étudiants parfois détachés des grands enjeux politiques nationaux, l'éthique et la déontologie sont souvent confondues, l'origine de ces mélanges se situe sur un autre plan. Elle s'explique notamment par le fait que le serment d'Hippocrate mélangeait allègrement des sujets dont l'éthique a hérité et certains autres dont la déontologie s'est saisie. Même si leurs constructions historiques respectives ont maintes fois singularisé ces deux concepts, la notoriété d'Hippocrate n'a cessé d'alimenter ce mélange notionnel persistant encore aujourd'hui. En effet, le serment d'Hippocrate est toujours considéré comme un texte sacralisé, une relique tutélaire, un « Graal » suprême auquel on demande encore aux étudiants soutenant leur « thèse » de médecine de prêter allégeance. La confusion provient d'une part d'une méconnaissance de leur nature respective et d'une autre des modalités permettant à la fois de les élaborer et de les appliquer. Dans ce contexte, il convient d'essayer rapidement d'établir les différences principales entre éthique et déontologie par les fondements sur lesquels ils reposent (I) et de dissocier les institutions chargées de les faire fonctionner (II). [...] Article complet en PDF : L'HERMITE Pierre-Luc [1] Article 75 de la loi n°2002-303 du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé. [2] Sur ce point on pourra consulter en particulier le décret n°2007-435 du 25 mars 2007 relatif aux actes et aux conditions d'exercice de l'ostéopathie, et les annexes de l'arrêté du 12 décembre 2014 relatif à la formation en ostéopathie. [3] L'HERMITE Pierre-Luc, « La manipulation en santé », RDS, n°95, 2020
  • Cette douleur exquise

    10 juillet, par Fiona Ménard — K Cliniques
    Du haut de mes premières années d'expérience, je me risque pour la première fois à l'écriture d'un papier. L'envie d'écrire sur la douleur me travaille depuis quelques temps. C'est surtout le besoin de partager l'une de mes expériences qui m'y poussent, car notre métier, et nous-même - en tant qu'humain, en tant que thérapeute - avançons ainsi ; le partage, la communication, l'échange. Je tenais donc à m'exprimer, peut-être avoir un retour de ceux qui liront. La douleur est un sujet vaste et quasi central dans notre domaine (ne rentre pas dans ce cadre les demandes de “corrections” de défauts physiques, telle la prognathie, empêchant une confirmation mais n'entraînant pas de douleur) : sa gestion se fait à tout niveau, qu'elle soit d'ordre aiguë, chronique, sourde, articulaire, musculaire, émotionnelle et j'en passe encore. J'ai très souvent entendu durant mes études - et même encore maintenant - “Si durant un traitement l'animal se détend, mâchouille, lâche-prise en fait, c'est que vous êtes dans le vrai”. Et ce, quelle que soit la technique utilisée. Mais d'autres questions me sont venues à l'esprit il y a quelques temps : “L'expression d'un inconfort, d'une douleur pendant une séance est-il un non-sens ostéopathique ? Faut-il systématiquement passer par une phase d'apaisement durant un traitement ?”. Je veux dire par là, est-ce qu'un animal qui s'agite, hurle en séance est systématiquement un signe de non vérité ostéopathique ? Je peux imaginer les yeux de certains devenir ronds d'étonnement, il me faut expliquer et illustrer cette question pour tâcher de mieux me faire comprendre. Pourquoi en suis-je venue à me poser de telles questions ? Et bien tout simplement parce que mes mains m'ont parfois guidée vers des “chemins” sinueux ! Je vais prendre un exemple, celui qui me paraît être le plus marquant. Voyou est un chien des rues de maintenant 10 ans que j'ai rencontré la première fois en mars 2019. Voyou, chien croisé d'on ne sait trop qui, avec on ne sait trop quoi (les mystères de la vie des sans-toits) a présenté en février 2019 des douleurs au niveau de l'arrière-train, des difficultés à tenir les kilomètres qu'il faisait avec son humain et une perte d'appétit. Son humain, que j'appellerai K, fait partie d'une association qui vient en aide aux sans-abri, afin que leur moitié (car oui, les chiens et leur humain “punk” ne font qu'un pour la majorité) puisse avoir un minimum de nourriture et de soins (vermifuges, vaccins, stérilisation, vétérinaire). Une première visite chez le vétérinaire de l'association est faite, un premier protocole médicamenteux est mis en place (métacam pendant une semaine). Mais ce premier traitement ne suffit pas, un second rendez-vous est pris : rallongement du traitement et première injection de cortisone. Les signes cliniques sont moins présents quelques jours après cela. Mais très vite, son état se dégrade de nouveau. Pire, Voyou n'a plus besoin d'être contraint pour ne pas sortir, il ne veut pas et bouge très peu ! Son humain, K, personnage très sensible (et très émouvant également), pense déjà au drame : la fin de la vie de son compagnon, la fin d'une aventure. Magalie, la présidente de l'association, s'organise une nouvelle fois pour emmener le duo à un troisième rendez-vous vétérinaire. Cette fois, une radio est préconisée : imaginez la conséquence d'une telle somme dépensée pour un humain sans toit. Mais K aime trop son chien, il mendiera un peu plus pour aider à couvrir les frais radio que l'association lui avance. Radios faites, le verdict tombe : becs de perroquets et sacralisation de la charnière lombo-sacrée. Voyou est mis sous tramadol pendant 15 jours. Le traitement n'est pas une réussite, Voyou ne bouge presque plus, son appétit est au plus bas, mais il reste encore proche et tendre avec son humain. C'est là que la décision est prise d'essayer l'ostéopathie, et c'est à moi que revient cet honneur (et cette responsabilité !). Un mois s'est écoulé depuis le début de la maladie de Voyou, un mois de médicament qui n'ont eu que peu d'effets positifs. Lors de notre première rencontre - K habite une modeste pièce : une porte, une fenêtre et des parpaings toujours visibles, quelle chance par rapport à d'autres ! Mais K n'est pas porté sur l'appartenance. C'est donc à 3 ou 4 avec 2 ou 3 chiens qu'ils partagent son 9m2. Au moins l'hiver, ils se portent chaud - Voyou n'était donc pas au meilleur de sa forme, ni son humain d'ailleurs. Son examen dynamique (fait au mieux) montre un bassin figé, un rachis peu mobile. Il reportait un maximum de poids sur l'avant-main pour soulager l'arrière. À noter que son postérieur droit était plus en difficulté encore. La palpation met en évidence une zone lombo-sacrée/base de la queue gonflée, chaude et sensible. La masse musculaire des postérieurs s'est drastiquement réduite (à ce moment, j'apprends que Voyou a perdu 7 kilos, mais pas 7 kilos de graisse non). Ne sachant pas vraiment par quel bout prendre le problème, je pose simplement mes mains, là où ça ne fait pas mal. Très vite mes mains me disent qu'il faut aller vers la colonne, elles remontent progressivement, en prenant soin d'éviter l'arrière-train et les dernières lombaires : trop douloureux même avec un simple contact. Me voilà partie dans un travail d'axe, de communication des tissus au sein même de la colonne. Une nouvelle fois, les tissus m'attirent vers l'arrière, cette zone que je redoute car douloureuse. Mais que puis-je faire si ce n'est que d'écouter ce que ce corps me dit ? Cela pourrait paraître étrange, car on ne travaille que très peu sur les zones inflammatoires, en tout cas, c'est ce que j'avais appris. Alors je glisse progressivement ma main gauche vers les dernières lombaires, je passe la zone gonflée, et trouve un espace sur le sacrum avec lequel j'arrive à prendre contact cellulaire. Ma main droite est calée entre les deux scapulas, c'est à ce moment que la relance de communication commence. Je sens que le contact est rompu vers cette zone gonflée, je sens aussi la chaleur qui en émane. Voyou, qui a voulu se coucher (non sans gémir de douleur) me laisse faire, il semble n'avoir aucune crainte à mon égard, il a l'air de me faire pleinement confiance (ma pratique de la communication animale était encore très primaire, j'aurais pourtant voulu échanger, ou du moins avoir conscience de ce qu'il a pu me dire à ce moment-là). Je sens chaque partie méningée se connecter avec ma main droite, la main gauche n'ayant qu'une infime partie du sacrum en communication avec elle. Les tissus marquent un moment d'arrêt en arrivant entre la 4e/5e lombaire, quelques secondes, puis l'on reprend notre chemin plus doucement. J'ai la sensation que les cellules avec lesquelles j'interagis doivent se frayer un chemin - suis-je toujours sur les méninges ? Je crois que oui, mais je pense être plus large que l'intérieur du rachis - ce qui ne semble pas être une mince affaire. C'est à ce moment que les premiers gémissements se font entendre, mais Voyou reste toujours allongé, à l'écoute. Les tissus marquent de nouveau une pause, nous sommes vers la sixième lombaire, bientôt la fameuse charnière. Les tissus reprennent de nouveau leur chemin, et là, ce ne sont plus de simples gémissements, mais de véritable hurlements que Voyou prononce ! Quelque peu surprise, je romps le contact, par réflexe de retirement. Mais Voyou est toujours allongé, il a certes un peu relevé la tête pour hurler, mais je le vois toujours “ok”, comme s'il savait qu'il devait passer par la case douleur pendant cette séance. Je repose mes mains, très délicatement, et reprends le contact. La communication s'est simplement arrêtée là où nous en étions. Une fois bien “amarrée” aux cellules, la communication reprend de nouveau, je m'attends à de nouveaux hurlements, ce qui ne manque pas. Je laisse donc les tissus faire, ils semblent absolument vouloir faire cela. Voyou souffre, mais il accepte cette reprise de communication : il ne se retournera aucune fois sur moi, aucun regard inquiet, aucun retrait. Il semblerait qu'il ait conscience de la nécessité que ses propres cellules aient à faire ce chemin douloureux. Situation inhabituelle pour ma part (aussi bien de par ma petite expérience du terrain que du fait que je continue une technique malgré les hurlements de mon patient. Qu'auraient dit mes enseignants s'ils avaient vu une telle chose ?!), je laisse faire mes mains avec ses tissus. Mon regard se porte sur K, assis face à moi, à pas plus de deux mètres (difficile de faire plus loin si l'on se remémore les 9m2 de sa pièce). Je devine des yeux brillants, je le crois aux bords des larmes, voyant son chien souffrir ainsi. Il me dit combien ça lui coûte de voir son chien comme ça, qu'il ne veut pas qu'il souffre, que si cela devient nécessaire, il l'euthanasiera ! J'écoute seulement dans un premier temps, car même si je n'agis pas délibérément sur la séance, je me dois de rester avec mon patient. Au bout de quelques minutes (qui ont semblé être longues) je sens enfin la connexion avec ma main gauche, ça y est ! Mais ça y est quoi en fait ?! À part que Voyou ait montré à quel point cette zone était douloureuse, que j'ai senti à quel point les cellules étaient en souffrances, la zone n'est pas moins chaude, au contraire ! L'œdème est moins proéminent, c'est déjà ça de gagner. Ma main droite est maintenant attirée vers le crâne, je comprends donc que le travail doit encore se poursuivre. Nouvelle étape : passer du crâne jusqu'au sacrum et inversement. Le chemin me semble long et semé d'embûches ! J'ai presque peur que ce ne soit trop pour lui. Mais si l'on m'attire ici, c'est qu'il doit y avoir quelque chose à y faire. Je pose ma main sur le sommet de son crâne, la communication reprend, mais cette fois, elle est plus rapide, semble plus “sûre” et la zone de douleur est moins difficile à traverser. D'ailleurs les hurlements sont moindres. Puis au bout de quelques minutes, Voyou arrête la séance, il tourne la tête et se lève (non sans peine encore). Il commence à marcher avec un peu plus d'assurance, son bassin a repris un peu de mouvement, de souplesse. Son postérieur droit est plus franc et moins raide, mais de petits couinements montrent qu'il s'agit encore de mouvements sensibles. Voyou semble “tester” les mouvements possibles/non-possibles. Je propose une second séance d'ici une semaine, car je pense que c'est nécessaire, il reste du boulot (très franchement, je ne sais pas comment il va évoluer, cette séance m'a perturbée et j'espère avoir pu aider son organisme). Le jour de la second séance, Voyou est sorti, c'est lui qui m'accueille, la queue battante, marchant avec plus d'entrain, il est mieux, on peut le voir tout de suite. Je suis donc contente de constater que la première séance, pouvant s'apparenter à de la torture (de mon point de vue) a fonctionné. K est également plus serein. À la palpation, je sens qu'il a repris du poids et du muscle, son humain m'a confirmé que oui, l'appétit est bel et bien revenu. L'œdème et la chaleur ont disparu, je peux passer ma main sans soucis, mais si je titille un peu, la sensibilité est encore présente. Le traitement tramadol est arrêté depuis trois jours. Naturellement, ou instinctivement, je ne saurais vraiment dire, je pose mes mains sur les mêmes zones que lors du premier travail : sacrum et entre les deux scapulas. Tout de suite la communication se lance, Voyou gémit, mais n'hurle plus. Il reste quelques embûches vers cette charnière lombo-sacrée, mais le chemin est tout de même moins compliqué. La communication est plus puissante, plus rapide, plus facile, mais les gémissements, à chaque passage persistent. Rapidement ma main droite est de nouveau attirée vers le crâne, je m'exécute aussitôt. Cette fois-ci, les membranes intracrâniennes demandent à être soulagées des tensions qui s'y sont accumulées. Voyou ne change pas d'attitude, acceptant le travail ostéopathique, il ne montre pas plus de décontraction, mais n'est pas tendu non plus. La séance est plus conventionnelle, une fois le relâchement des tensions et l'harmonisation des structures, les tissus me demandent une nouvelle fois la communication crâniosacrée. Je m'exécute, en positionnant une main au sacrum, gardant l'autre au crâne. La communication fut courte, mais claire et forte, presque sans embûche vers l'articulation lombo-sacrée. Une nouvelle fois Voyou arrête la séance. Cette fois, j'ai plus confiance dans les mots que je prononce à K, j'ai pu sentir et voir le mieux-être. Je pense donc que la situation va aller encore un peu mieux, que nous sommes sur le bon chemin - celui de la mal-a-die entendue, très certainement comprise par plus que mon conscient, plus que mes mains, mais qu'importe, une solution semble mise en place et appréciée de cette maladie - je dis à K de me tenir informée, on avisera en fonction de Voyou. C'est environ une semaine après que j'apprends par le biais de Magalie que tout va bien, que Voyou, la mascotte de l'association pète le feu et qu'il a même repris ses balades solo. Il irait tellement mieux qu'il mangerait comme quatre ! Attention toutefois à cette prise de poids, qu'elle ne devienne pas néfaste pour son dos. Voilà l'histoire de Voyou que je voulais partager, cette histoire, l'une des plus marquantes que j'ai pu connaître pour l'instant, n'est pas la seule que j'ai pu vivre. Parmi tous les Voyou que j'ai pu rencontrer, qu'ils soient grands, petits, gros, maigres, chiens, chevaux, je me suis retrouvée à me questionner sur ce type de consultation que j'ai pu vivre. Pourquoi accepter autant de douleur et d'inconfort de leur part ? J'ai pensé comme un humain, forcément, et j'ai tenté de me mettre à leur place. J'accepte les souffrances endurées lorsqu'elles sont nécessaires à une vraie guérison. Vous savez, ce fameux “couteau dans la plaie”, celui que l'on devrait vite enlever, celui que l'on remue, celui qui peut rester en place des jours, des mois, des années. Celui dont le corps et l'esprit doivent faire avec, celui avec lequel il faut “cicatriser”. Mais un jour, on en a marre de ce couteau, il nous bloque sans cesse, certains mouvements arrêtés par cette lame, qui est plus ou moins profondément ancrée dans la chair physique et/ou mentale. Alors oui, je suis partisane de retirer un jour où l'autre ce couteau pour réellement guérir. La première fois, on se rend compte que les chairs qui tentent de cicatriser avec cette lame sont fragiles, sensibles et donc très douloureuses. Bouger la lame fait mal, retirer cette lame peut être atroce, car en partant, elle enlève en partie, ou presque totalement tout ce que notre corps/esprit à mis en place pour vivre avec. Alors on déstabilise ce système, bien qu'il soit souvent déjà bancal, car oui, le couteau faisait toujours mal. Forcément, plus cette lame est plantée profondément et longtemps, plus la retirer peut être difficile et long. Mais une fois cette lame dehors, on aurait presque envie de crier victoire ! Certes c'est le cas, le plus dur est (pourrait ?) être fait. Mais les chairs mises à vif souffrent de nouveau de cette plaie béante. Il faut de nouveau reconstruire, sans lame à laquelle s'accrocher, il existe un vide qu'il va falloir combler. Cela mettra un peu de temps, les mouvements toujours limités, car cela fait toujours un peu mal. Toutefois, cette lame ne nous manque pas, au contraire, même si l'on sent la pulsation sanguine et la chaleur émaner de notre plaie, on peut aussi ressentir ce soulagement, celui du corps étranger et dérangeant qui quitte enfin nos chairs. On sait qu'une vraie reconstruction sera possible, on se demande également quelle sera la cicatrice et les éventuelles séquelles. Qu'importe, un pas de géant vient d'être fait ! Il nous faudra un peu de repos pour que notre corps/esprit puisse guérir. Il faudra aussi bien écouter nos chairs, savoir quels mouvements seront autorisés, puis amplifiés. Connaître la douleur, pour savoir celle qui est acceptable et passagère, de celle qui est trop intense et persistante. Bien manger également, car la reconstruction, cela prend du temps et de l'énergie ! Je sais que je guérirais mieux si je parviens à écouter tout cela. Il faut tout simplement laisser du temps au temps. Le temps de la cicatrice vient rapidement, celui des adhérences aussi. On reprend les mouvements, mais pas encore entièrement notre vie. Il faut travailler certains aspects des chairs (reprise de communication pour reprendre de la souplesse et donc de la vie), la cicatrice est encore sensible, mais la douleur est presque un vieux souvenir, maintenant, font place la raideur et les tiraillements, bien différents de cette pulsation et de ce bouillonnement. Il faut rééduquer, réapprivoiser nos chairs, sans trop brusquer, au risque de nouvelles lésions : quelle intérêt aurai-je à aller trop vite ? Nous touchons au but, un retour à la vie normale, à une vie sans couteau. On reprend des perspectives que l'on avait abandonnées, à cause de ce couteau. On se sait encore un peu fragile, mais on se sent plus fort, on sait que l'on peut enfin aller de l'avant. Au final, il est bien possible que certains mouvements, plus ou moins petits ou grands, nous rappellerons que nous devons faire attention, mais c'est bien là tout. Et cette cicatrice, elle ne sera pas forcément belle ou bien placée, pas forcément simple à accepter, mais la douleur n'est plus là, la vie a repris et nous avançons enfin sans ce couteau ! Cette cicatrice, on la regardera sous toutes ses coutures, pour voir comment elle évolue, pour voir si tout va bien. On peut décider de l'accepter ou non, on peut décider de la cacher par différents moyens. On pourra nous dire qu'elle n'est pas si laide, qu'elle est impressionnante, qu'elle laisse béat, ou qu'elle laisse indifférent. Cette marque nous rappellera toujours le parcours fait pour l'obtenir. Puis vient le temps où nous acceptons enfin cette cicatrice, nous en sommes (presque) fière, car elle valorise notre courage, notre détermination, notre avancée. Cette ancienne blessure, c'est notre MOI à l'heure actuelle. Aurais-je transmis ce genre de message bien malgré moi ? Ont-ils cette même vision ? Je ne suis pas capable de répondre à ces questions, pas pour le moment en tout cas. Et c'est peut-être mieux ainsi pour laisser mûrir ce sujet. Existe-t-il seulement une seule réponse ? Je pense que ces êtres sont bien mieux et bien plus connectés à eux-mêmes ; que leurs chairs corps/esprit conscientes communiquent davantage avec leur chairs inconscientes. Et ces patients qui disent “oui/non” durant une séance (se posent dans les mains, repartent et reviennent plusieurs fois avant de potentiellement accepter une séance) pourraient donc connaître un déséquilibre de cette communication ? D'où viendrait-il ? De nous certainement ?! Ne sont-ils pas prêts tout simplement ? Ou pas complètement ? Car dans ce cas, pourquoi les tissus me demandent d'y aller ? Il existe donc bon nombre de question que nous pouvons soulever et approfondir. Aborder le thérapeute dans son intégrité (ancrage, approche, compétence, expérience, outils utilisés, présence, attention, intention et j'en passe) est également un sujet à traiter. J'ai choisi ici de laisser le personnage central à Voyou, car c'est d'eux dont il s'agit. Notre vouloir (bon, hasardeux, déterminé, maladroit, débutant, etc…) à les aider est noble, mais pas primordial à mon sens, voire peut être gênant parfois ?... Fiona Ménard Ostéopathie Animale OA 56